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2013 : Année européenne de la citoyenneté, l’Europe contre les nationalismes

, par Valère Castamagne

Face au phénomène d’émergence des nationalismes de 2012, on peut voir dans l’année de la citoyenneté une réponse forte de l’Europe pour 2013. Conséquence de la crise économique mais peut-être avant tout d’une crise plus profonde de la citoyenneté, la montée des nationalismes en Europe doit nous interroger sur la place réelle de la société civile dans les mécanismes de gouvernance européenne : que faire pour remettre le citoyen au cœur d’un projet clair et participatif et pour redynamiser la construction de l’Europe d’ici 2014 ?

Membres du parti d'extrème droite hongrois, Jobbik – Auteur : Leigh Phillips - Certains droits réservés

Auteurs

L’établissement d’une paix durable entre les Etats d’Europe aura été l’une des réalisations majeures de la construction européenne. La remise du prix Nobel de la Paix à l’Union européenne le confirme. L’Europe est une réponse aux conséquences dramatiques des nationalismes. Pour notre génération, cette situation de paix semble aller de soi.

Pourtant l’année 2012 aura été marquée par la recrudescence des nationalismes radicaux en Europe comme on l’a vu en Hongrie, Serbie et Grèce ou encore en Norvège, Suède, Belgique, Pays-Bas, Italie ou France. Il est important de rester vigilant face à ce regain d’activité. Ceci ne peut pas nous laisser indifférents car le cœur du projet européen est attaqué : l’Europe a rapproché les citoyens, le nationalisme les oppose. L’année 2013 est justement « l’année européenne des citoyens » (vingtième anniversaire de la création de la citoyenneté européenne dans le cadre du traité de Maastricht, 1er novembre 1993). Cette thématique nous rappelle avec force l’importance du militantisme européen en faveur de la promotion de la citoyenneté.

Lutter contre les nationalismes, c’est savoir entendre la voix des citoyens

Deux causes sont souvent évoquées par les politologues pour expliquer cette recrudescence des nationalismes en Europe : la crise économique et la défiance envers des partis traditionnels qui ont du mal à répondre aux angoisses des citoyens. Ce deuxième facteur me semble bien résumer l’opinion majoritairement entendue lors des actions que j’ai menées sur le terrain. Je crois en effet que la cause de cette défiance repose sur un problème plus large : une crise de la citoyenneté. Que ce soit au niveau national ou au niveau européen, l’année 2013 doit nous interroger en profondeur sur ce qui me semble être le cœur du problème : une crise de l’engagement politique liée à une crise de la représentation.

La citoyenneté n’est pas une idée abstraite, elle est un projet. Or, les médias nous montrent des citoyens, principaux acteurs de ce projet, exaspérés voire désespérés par la manière dont ils perçoivent l’avancée de la construction européenne. Fait objectif ou sentiment, l’impression trop souvent partagée par de nombreux citoyens de ne pas être entendus ou suffisamment représentés dans la construction européenne ne doit pas être pris à la légère. Ce désintéressement et cette défiance de la société civile doivent nous alerter. Face à la crise économique, faute d’un projet clair et porté par les citoyens, l’Europe est trop souvent perçue comme le problème, alors qu’elle porte en elle les germes de la solution.

Je ne fais pas d’angélisme, tout ne me semble pas parfait en Europe. Les limites du système actuel de représentation ne doivent pas servir de prétexte aux individus pour justifier leur désintéressement et leur manque d’engagement politique : des mécanismes de représentation démocratiques ou associatifs existent et ne sont pas suffisamment utilisés. Toutefois, ce désengagement de beaucoup ne doit pas non plus servir d’alibi aux représentants politiques pour ne pas tenir compte de la voix des citoyens qui expriment ce sentiment d’une Europe qui se ferait sans eux et sur laquelle, ils n’ont plus aucune prise.

En effet ce sentiment n’est pas à minorer car il est selon moi une clé pour comprendre l’émergence des nationalismes. Parce que les citoyens ne comprennent plus le fonctionnement de l’Union, ils ont le sentiment d’être dépassés. Faute d’un projet clair, ils ne peuvent pas y adhérer et se l’approprier. Faute de voix politiques fortes le soutenant et l’explicitant, ils ont le sentiment de ne pas être représentés. Parce qu’ils ne peuvent plus s’approprier l’idéal européen, ils doutent de la légitimité de ces mécanismes de gouvernance. Les uns s’en désintéressent, les autres se tournent vers des solutions plus radicales. Les premiers préfèrent abandonner leur souveraineté et leurs voix aux divers spécialistes politiques, seul capables de comprendre quelque chose aux mécanismes de gouvernance de l’Union alors que les autres se rangent derrière ceux qui proposent des solutions simplistes donnant l’illusion de régler les problèmes mais surtout de les avoir entendus.

Remettre la société civile et le citoyen au cœur de la construction européenne, tant sur un plan institutionnel qu’au niveau du débat politique, sera donc selon moi le principal enjeu de l’année de la citoyenneté.

Lutter contre les nationalismes, c’est remettre le citoyen au cœur au cœur d’un projet politique fort et clair pour l’Union européenne.

C’est pour cela que le militant européen doit informer mais avant tout savoir entendre. Il ne me semble pas possible de rejeter par quelques arguments rhétoriques les angoisses et les critiques exprimées par de nombreux citoyens. Au contraire, il faut les prendre à bras le corps. Il faut entrer dans un dialogue véritable.

Savoir répondre aux objections ne suffit pas et ne doit en aucun cas, me semble-t-il, passer par des réponses toutes faites. Il n’y a pas d’Europe clé en main. La construction de l’Europe doit reposer sur une dynamique de concertation, de cohésion et de projet afin que les citoyens se sentent partie prenante de cette construction. Faute de quoi, convaincus, parfois à juste titre, d’être exclus de ce processus, ils se désintéresseront de la cause européenne.

En ce tout début 2013, nous devons avoir en ligne de mire 2014 et les élections européennes. La place des élus dans la construction de ce projet est donc centrale. Pour préparer 2014, le militantisme devra selon moi jouer un rôle moteur auprès des élus pour les amener à proposer un projet européen clair aux citoyens.

En effet, lors des actions de terrain, j’ai entendu beaucoup de personnes en appeler à plus citoyenneté, plus de démocratie, plus de participation à la vie politique et dans le processus de la construction européenne. Mais paradoxalement, l’engagement ne suit pas. Les responsables politiques, tant locaux que nationaux ont d’ailleurs leur part de responsabilité dans ce phénomène. Le manque de visibilité des élus européens, le déficit de projets européens clairs des élus territoriaux et nationaux ou simplement le manque de proximité avec les citoyens ne favorisent pas le sentiment d’écoute et de reconnaissance. En effet, ce positionnement est rarement clair. Souvent même, les partis politiques difficilement capables de répondre à leurs propres difficultés de gouvernance au seul niveau étatique ont stigmatisé l’Europe, pour des raisons électoralistes. L’émergence de la crise et la difficulté à proposer un projet européen les a pris au piège.

L’année de la citoyenneté devra permettre de retisser ou de densifier les liens entre le citoyen et les élus et par delà ce lien, entre le citoyen et l’Union européenne. Le militantisme européen a donc un rôle à jouer pour aider les partis – encore beaucoup trop nationaux – et les élus – souvent peu à l’aise sur les questions européennes – à mettre au point une vision collective à l’échelle locale, nationale et transnationale pour favoriser une Europe plus démocratique et la proposer aux citoyens. Cela implique aussi de lutter contre les dysfonctionnements mêmes de l’Union européenne.

C’est en s’appuyant sur des valeurs telles que la promotion des actions citoyennes, l’écoute de la société civile et la cohésion entre les individus que le projet européen sera dynamisé et pourra s’engager vers des politiques plus ambitieuses. C’est pour cela qu’il me semble important d’engager localement les élus à définir un projet européen clair à chaque échelon de l’action politique. Ceci pourrait constituer une piste pour anticiper 2014, tant au niveau des élections municipales qu’à celui des élections européennes.

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Vos commentaires

  • Le 24 janvier 2013 à 11:38, par Paul En réponse à : 2013 : Année européenne de la citoyenneté, l’Europe contre les nationalismes

    La citoyenneté est aussi je pense, la concorde, la cohésion entre les habitants d’un même pays, d’une même union. Ce n’est pas nécessairement assimilable à l’engagement politique. Par exemple, agir dans une association ou réfléchir à la Concorde dans la diversité permettent l’engagement citoyen.

  • Le 24 janvier 2013 à 15:46, par Pierre Dieumegard En réponse à : 2013 : Année européenne de la citoyenneté, l’Europe contre les nationalismes

    Dans la demi-douzaine de langues européennes que je connais, l’intitulé officiel de l’année 2013 est « année européenne des citoyens », ce qui n’est pas tout à fait la même chose que « année européenne de la citoyenneté ». Lorsqu’on cherche sur Google « 2013 année européenne des citoyens », on tombe en premier lieu sur http://europa.eu/citizens-2013/fr/home En dehors de l’affiche « L’enjeu c’est l’Europe, il s’agit de Vous, participez au débat », tous les événements indiqués sont décrits en anglais. Comment un citoyen moyen peut-il participer à un débat lorsque ce débat est uniquement dans une langue étrangère ?

    J’ai peur que cette opération de com’ de la Commission Européenne n’ait guère d’influence sur l’euroscepticisme des citoyens moyens, qui se sentent loin, très loin de ce bla-bla.

  • Le 24 janvier 2013 à 18:28, par Paul En réponse à : 2013 : Année européenne de la citoyenneté, l’Europe contre les nationalismes

    @ Pierre Dieumegard

    Sur quatre événements prévu en France, il y en a un en français.

    Mais je suis tout à fait d’accord à vous sur le fond de votre argumentation même si ce sujet du multilinguisme qui est à la base de l’Europe concerne également les députés européens élus par nos soins.

    Car, et je trouve ça scandaleux, les députés européens ont voté la fin d’une traduction dans toutes les langues des débats parlementaires. Si on veut suivre par écrit les débats, ce qui je pense est un droit, on est obliger de lire ce que disent les francophones.

    Ce changement est invoqué par le fait que la technologie permet de se passer de l’écrit puisqu’il y a la vidéo. Mais quand on se retrouve face à des personnes qui ne savent pas s’exprimer, c’est incompréhensible. Alors que par écrit on peut saisir leur pensée. Et puis il y a l’argument massue, c’est la crise, il faut faire des efforts financiers. Mais on peut s’amuser à trouver d’autres coupes budgétaires.

    Dans l’explication des votes, il y en a qu’un qui a voté contre, je ne préfère pas le nommer. Ceci parmi les francophones. A cause de la réforme on ne peut pas savoir qui a voté contre et pourquoi parmi les autres députés européens.

  • Le 28 janvier 2013 à 12:21, par Angèle En réponse à : 2013 : Année européenne de la citoyenneté, l’Europe contre les nationalismes

    @ Paul

    Oui tu as raison, même si les interprètes des institutions européennes sont très professionnels, limite plus que ceux qu’ils interprètent.

    Et puis la possibilité de lire les compte-rendu dans une seule et même langue d’où la traduction dans toutes les langues, permet de saisir l’enjeu et les idées forces d’une séance beaucoup plus rapidement que de regarder et voir les débats. C’est un gain de temps. Même si certaines idées passent à l’oral et ne se distinguent pas à l’écrit par le fait du jeu oratoire. Limite de l’art oratoire.

    Aussi, je pense qu’il serait bénéfique que les interventions du président Van Rompuy soit, à défaut d’être traduite par doublage, traduite par des versions originales sous-titrées. VOST

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