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2016 : l’heure de la contre-attaque idéologique pour l’Europe

, par Robin Huguenot-Noël

Si l’on peut être soulagés d’avoir vu l’Europe tourner, toujours unie, la page d’une année 2015 particulièrement éprouvante, il est toutefois fort à parier que 2016 ne le sera pas moins. Des attentats de Marseille à ceux d’Istanbul, en passant par les crimes commis à Cologne, ce début d’année semble confirmer le retour des questions régaliennes partout en Europe – et, avec elles, la remise en cause potentielle de nos libertés. Témoins d’attaques analogues et de remises en cause similaires de leurs libertés, les progressistes européens doivent aujourd’hui s’engager ensemble sur le terrain des valeurs, des idéologies, et de l’identité – sans quoi le risque sera grand de voir l’Union se faire déborder par le retour des nationalismes.

La Commission Juncker peut-elle changer l’Europe ? - © European Union 2015 - European Parliament (CC/Flickr).

Auteurs

« Homme libre, toujours tu chériras la mer. » (Charles Baudelaire)

Retour des questions régaliennes sur le continent européen

Consciente des défis posés par les forts taux de chômage dans de nombreux pays européens, la Commission Juncker a fait le pari de faire des questions économiques sa priorité. Ceci correspondait alors aux priorités de la plupart des États membres de l’Union et de ses voisins, focalisés sur l’adoption de l’euro (Lettonie, Lituanie), les questions budgétaires et la remise en cause de l’austérité (Grèce, Espagne, Portugal), les réformes du marché du travail (France), les négociations commerciales transatlantiques (Allemagne, Royaume-Uni), ou encore l’ouverture au libre-échange (Ukraine, Moldavie, Géorgie). Or, le conflit territorial en Ukraine, les attentats survenus en France, et la question de la répartition des réfugiés syriens ont ramené le débat politique vers les questions régaliennes. Tandis que le groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Pologne) et le Royaume-Uni se focalisent sur les questions migratoires, pendant que la France se concentre aujourd’hui sur la réforme de l’état d’urgence, l’Espagne tente, quant à elle, de préserver son unité territoriale.

Des violences, restrictions et résistances similaires dans toute l’Europe

Cette résurgence des questions régaliennes sur l’ensemble du continent survient en réponse à une dynamique globale, de remise en cause de valeurs dites libérales. En s’attaquant à la liberté d’expression, à « l’hédonisme urbain », ou à la sécurité et l’indépendance de la femme, les attentats perpétrés sur le territoire européen visaient des sociétés plurielles, cosmopolites, et surtout, fondamentalement libres – bien davantage que la devise ou tradition politique spécifique à tel ou tel pays. Conséquence ou non, on constate par ailleurs une dynamique similaire dans la restriction de libertés fondamentales par les gouvernements européens : fut-ce en Pologne où l’indépendance de la justice et des médias est actuellement remise en cause, en France, où l’état d’urgence s’est vu prolongé, ou en Suède et au Danemark où les contrôles aux frontières ont été rétablis. On constate enfin que les mouvements populaires formés en France, en Allemagne ou en Pologne ont prouvé que des citoyens partout en Europe était prêts à fouler les pavés pour défendre ces libertés.

Porter ensemble l’alternative idéologique

On ne saurait nier qu’une autre dynamique, nourrie par le repli sur soi, est en évolution concomitante au sein de nos sociétés. Lassée du mépris de ses élites, exposée chaque jour au fossé se creusant avec quelques électrons-libres mondialisés, une partie de la population s’est tournée vers des mouvements populistes, capables, à défaut de l’aider concrètement, de lui faire croire à un projet alternatif dont le corpus idéologique inclut notamment le rejet de l’autre. En 2016, c’est la diffusion de cette peste rampante, liberticide, que l’Europe doit redouter. Mais au-delà du piétinement des droits de l’Homme sur son territoire, elle doit aussi mettre en garde vis-à-vis d’autres conséquences. Si elle laisse se créer plusieurs catégories de citoyens sur la base de leurs origines, se propager les amalgames entre réfugiés et criminels ; si elle tolère les tentatives d’homogénéisation de ses sociétés à coup de fermetures frontières et de renvois précipités ; l’Europe pourrait faillir à un devoir plus grave encore : celui d’assurer la paix entre les peuples qui la composent.

Envoutés par la dynamique progressiste et convaincus par l’élan libérateur de la méthode Schuman, les premiers bénéficiaires de l’intégration européenne ont pu perdre de vue des résistances qu’ils jugeaient trop émotionnelles ou idéologiques. Or, aujourd’hui, le « laissez-faire » ne saurait suffire et c’est de la capacité de cette communauté de valeurs à proposer un discours alternatif crédible et audible que dépendra la préservation de ces libertés.

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P.-S.

Cet article est issu du blog européen In Varietate et est à retrouver en ligne.

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