Accueil > Opinions > 50 ans du Traité de l’Elysée : et dans 10 ans ?

50 ans du Traité de l’Elysée : et dans 10 ans ?

, par Christelle Savall

Dans le cadre de la conférence : « “50 années d’amitié franco-allemande : Quel avenir pour l’Union européenne, ensemble, à plusieurs ou à deux ?” organisée par les Jeunes Européens-Sciences-Po en collaboration avec l’Association du Master Affaires Européennes (AMAE), l’Asso’PSIA et l’association franco-allemande de Sciences Po Vasistas, Nicole Fontaine, présidente du Parlement Européen de 1999 à 2002, Jean-Louis Bianco, secrétaire de l’Elysée de 1982 à 1991 et Evelyne Gebhardt, eurodéputée allemande, nous ont donnés leur vision des relations franco-allemandes et de leur place dans l’Union européenne dans 10 ans.

© Jeunes Européens-France

Auteurs

Pour Nicole Fontaine, le couple franco-allemand restera au cœur de la construction de l’U.E. :

La déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 fut l’acte fondateur de l’Union européenne, mais son assise était bien la réconciliation franco-allemande. C’est à partir de là que le « couple franco-allemand » fut considéré tout naturellement comme le moteur de l’Europe, et nos autres partenaires européens ont admis, sans réticence, que rien ne pouvait se décider sans la concertation et l’adhésion de la France et de l’Allemagne agissant de concert. Cette dynamique a permis à la construction européenne de franchir des sauts qualitatifs majeurs.

Malheureusement, aujourd’hui, la France et l’Allemagne semblent dans l’incapacité de se mettre d’accord sur l’avenir de l’Europe. La perspective reste à définir entre une Europe plus intégrée, d’inspiration fédérale, que semble vouloir les Allemands, et la position des Français, plus réservée, car profondément divisés entre eux. Il faudra pourtant impérieusement s’accorder sur la finalité de l’Union européenne avant les prochaines élections de 2014.

Bien sûr, Allemands et Français, nous sommes différents ; mais ces différences peuvent contribuer à nous enrichir mutuellement, en nous inspirant de ce que l’autre a de meilleur et a su réussir. Mais surtout, elles ne sauraient occulter deux réalités fondamentales. La première est l’interdépendance de nos deux économies. Si les principaux partenaires commerciaux de l’Allemagne, que sont les autres pays européens, et principalement la France, s’effondraient, c’est sa propre économie qui s’effondrerait elle aussi.

Une seconde réalité s’impose : nos deux pays portent ensemble la responsabilité première du devenir de l’Europe, d’une Europe bousculée par la montée dans de nombreux pays européens des partis de repli identitaire, et de cela, ils ont une conscience élevée. Car si d’aventure, l’Allemagne et la France décidaient un jour d’aller chacun leur chemin, il en serait fini de la construction européenne. Le couple franco-allemand, sans volonté hégémonique sur les autres Etats de l’Union, reste irréversiblement lié pour le meilleur de la construction européenne, et ceci sera toujours d’actualité dans dix ans, ou même vingt ans, au sein d’une Union élargie mais, nous l’espérons, confortée.

Pour Jean-Louis Bianco, les relations franco-allemandes doivent tendre vers une confédération, base de la construction européenne :

Aujourd’hui, l’incertitude est grande. L’Europe est en panne d’espoir et de projet. Prévoir à dix ans relève donc du pari. Alors, faisons le pari de l’optimisme !

Dans dix ans, je souhaite qu’on ait jeté les bases d’une confédération franco-allemande, mettant en commun les dépenses d’avenir, l’innovation, la recherche. La France et l’Allemagne continueront à être un moteur irremplaçable, mais pas exclusif, de la construction européenne.

Les citoyens européens, sur la base des listes présentées par les partis européens, choisiront directement leur candidat pour la Présidence de la Commission. L’Europe sera dotée de ressources propres et d’un budget beaucoup plus important qu’aujourd’hui. Et peut-être se préparera, après de longs débats, une Constituante pour l’Europe.

Pour Evelyne Gebhardt, l’amitié franco-allemande sera le pilier de l’union politique de l’Europe :

La France et l’Allemagne sont liées par une relation unique en Europe. De par leur histoire commune, ces deux pays constituent le cœur de l’Union européenne, son moteur. C’est de leurs affrontements passé qu’est née l’Europe politique que nous connaissons aujourd’hui. C’est de leur alliance que l’Europe a été capable de tracer un autre chemin que celui de l’affrontement perpétuel. Dans cette période d’instabilité politique et économique que l’Europe traverse, il incombe donc au couple franco-allemand de dessiner de nouvelles perspectives d’avenir. C’est sa responsabilité.

Pour ce faire, je crois que l’Allemagne et la France doivent aller vers une plus grande intégration politique et économique. C’est plus généralement ce vers quoi nous devons tendre en Europe. Dans cette nouvelle architecture, le Parlement européen aurait un rôle clef, un rôle de contrôle fort en tant qu’organe démocratique des Institutions européennes. Je crois également que nous devons remettre la question sociale au centre de nos préoccupations. Les citoyens doivent être au centre de nos préoccupations. Pour ce faire, nous devons renforcer la dimension sociale de l’action politique européenne en l’intégrant encore plus fortement dans le droit européen. Le marché intérieur doit être au service des citoyens, de la croissance et de l’économie réelle et non au service des marchés financiers.

Mais ces réorientations politiques majeures ne seront possibles que si la France et l’Allemagne travaillent de concert. A cet égard, la relation entre le Président de la République et le Chancelier allemand doit être la plus étroite possible. Les élections allemandes qui se tiendront à l’automne 2013 seront décisives pour définir un nouveau cap en Europe. Je le réaffirme, l’amitié franco-allemande est le pilier central de l’Union européenne. Mais cette relation ne saurait être exclusive, elle doit être capable de s’ouvrir aux autres Etats membres et ce pour faire évoluer l’Union européenne vers une union politique forte au service des 500 millions européens.

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom