
Pour lutter contre cette idéologie de rejet de l’autre, qui a mené à la guerre nos Nations européennes durant tant de siècles il y a besoin d’ériger des actes symboliques.
Et l’un des outils que nous possédons pour ce faire, c’est le Parlement européen. Encourageons donc nos représentants politiques à agir contre l’extrême droite !
Etat des lieux de l’extrêmisme politique en Europe
En avril 2002, la France a connu un « séisme » politique inédit : Jean-Marie Le Pen, candidat de l’extrême-droite nationaliste, arrivant là au deuxième tour de l’élection présidentielle, élection la plus importante de la vie politique de notre pays. Et, depuis lors, nous avons toujours l’inquiétude que ce triste précédant se répète en 2007…
Au Royaume-Uni, l’extrême droite perce dans la société britannique au-delà même des seuls cercles fermés du Hooliganisme (parmi lesquels on pourrait citer le trop fameux groupe les « HeadHunters de Chelsea » infiltré par le bloc raciste « C18 »). Et le parti nationaliste et xénophobe « BNP » (i. e : « British National Party ») vient encore récemment d’effectuer une percée aux élections municipales du printemps dernier…
En Belgique et aux Pays-Bas, le discours politique est actuellement ponctué par de très récurentes bouffées xénophobes et populistes, menaçant ainsi jusqu’à l’équilibre social néerlandais et allant jusqu’à remettre en question l’unité de la fragile Belgique. [1]
En Autriche, l’extrême droite ne se cache guère pour mener de grandes campagnes anti-européennes, allant jusqu’à demander l’organisation d’un référendum sur la sortie de l’Union Européenne. De la même manière qu’en Italie, la Ligue du Nord avait profité des « nons » français et néerlandais pour demander la sortie - pour l’Italie - de l’Euro…
En Allemagne, l’extrême droite est présente dans les parlements de certains Länder. Et elle ne se cache guère pour manifester son existence et proférer des propos négationnistes en diverses occasions, notemment l’an passé à l’occasion des commémorations du bombardement de Dresde.
Pareillement, dans les pays scandinaves, la récente « Affaire des caricatures » a été relayée de manière nauséabonde par les tenants du « blancs et chrétiens, restons entre soi » (i. e : « The West against the rest »), attisant par cela même les tensions existant aujourd’hui entre Europe et Islam.
Enfin, dans l’Europe de l’Est, après un demi siècle de communisme dictatorial et une décennie ans de dérégulation économique et sociale, de nouvelles coalitions gouvernementales se fortement, incluant désormais des partis se situant à l’extrême droite de l’échiquier politique. En Pologne (depuis un an déjà…) [2]et en Slovaquie (depuis juin dernier) [3] notamment.
Et juste souligner que dans ces deux derniers cas, les partis en question ont même obtenu que leur soit confié les postes ministériels concernant certains domaines ’’sensibles’’ comme la justice ou l’éducation…
Et si l’on fait rapidement le tour du continent de la situation, on remarquera que tous les poncifs du discours nationaliste classique y sont empoyés sans fard ni dissimulation. Avec, comme point d’orgue de cette rhétorique nationaliste très clairement exprimé, le rejet explicite de tout ce qui ne ’’ferait pas partie’’ de la Nation, surtout s’il s’agit de minorités ethniques (comme actuellement, en Slovaquie, les Tsiganes…).
Et la multiplication de tels faits condamnables n’a de cesse d’inquiéter. Précisément parce que nous avons déjà vécu au tournant du millénaire, avec l’Autriche, un précédant historique et un cas similaire dont nous aurions pû tout de même davantage nous inspirer…
Autriche 1999, quelles leçons ?
Souvenons-nous. En 1999, quand le parti nationaliste mené par Jorg Haider est entré au gouvernement autrichien, toute la classe politique européenne s’est alors unanimemment soulevée pour exprimer indignation face à cette alliance entre des partis de gouvernement et une formation populiste.
Mais au final, en dehors de la mise au banc médiatique de l’Autriche, il ne s’est finalement pas passé grand chose. En effet, malgré une presse déchainée nous n’avons finalement vu à l’époque, dans toute l’Europe, que des manifestations bien peu nombreuses.
Et en fait, cette alliance politique alors si peu stigmatisée s’est finalement liquéfiée d’elle-même : l’extrême-droite autrichienne - davantage habituée à éructer dans l’opposition - montrant alors au peuple autrichien son incapacité chronique à gouverner.
Aujourd’hui, en Autriche, la droite de gouvernement semble désormais être vaccinée contre toute alliance politique avec les formations d’extrêm-droite (comme le FPÖ ou le BZÖ, ancien et nouveau partis de Jorg Haïder). Mais l’extrême droite autrichienne n’a pas pour autant disparu.
En effet, elle vient même de lancer dans ce pays une grande campagne europhobe. Une campagne qui a eu un succès très limité, mais dont le seul fait qu’elle ait disposé de tant de moyens pour la mener est une preuve de la persistance du malaise actuel dans la société autrichienne.
En effet, les événemments de 1999-2000 et la mise au banc de l’Autriche par les autres Nations européennes a été plutôt mal vécue par les Autrichiens. Lesquels y ont surtout vu l’action de grands pays (comme la France…) voulant se donner bonne conscience en critiquant ainsi un ’’plus petit qu’eux’’.
De plus, à cette occasion - malgré les réactions officielles indignées des pouvoirs dans les médias et face aux micros - nous avons là encore bien vu les limites de l’Intergouvernementalisme dans de telles situations. Car qu’en est-il advenu des menaces brandies par le Conseil ? Rien. Quant aux mises en garde de la Commission européenne, elles n’auront pas eu davantage d’effets.
Cela venant d’un des fondements même de l’Union européenne : dans le Conseil européen chaque Etat a une voix équivalente à celle des autres pays. Et certaines décisions ne sont adoptées qu’à l’unanimité. Et là nous voyons bien à quel point il est illusoire d’espérer que les gouvernements puissent même se sanctionner entre eux (alors qu’ils ont tant besoin les uns des autres au sein du Conseil…).
Ouverture d’un nouveau front au Parlement européen
Pareillement nous avons récemment vu les partis d’extrême droite (« Ligue du nord », « Ligue des familles polonaises », « Front National » et « BZÖ » de Jorg Haider, etc) se regrouper et se réorganiser au Parlement européen dans le cadre des groupes parlementaires « Indépendance et Démocratie » et des Souverainistes d’extrême-droite.
Heureusement, ces différentes organisations politiques ont aussi d’indéniables faiblesses : par essence, elles défendent avant toute chose leurs seuls intérêts nationaux et mènent le plus souvent des stratégies particulières et sans coordination véritable entre elles.
Mais, le ’’ver étant dans le fruit’’ il est donc aujourd’hui plus que nécessaire de mener symboliquement le combat au sein même du Parlement européen : cette institution censée représenter les peuples. Car si nous laissons se regrouper et s’organiser ensemble de telles formations d’extrême droite, nous leur laisserons là une tribune et des moyens considérables, bref : de quoi proclamer et diffuser leurs thèses.
La Jurisprudence « Smer »
Néanmoins nous avons aujourd’hui une solution pour répondre sur le fond à de telles formations politiques.
Déjà, sur le plan des principes, nous avons le fédéralisme : pensée humaniste universelle prônant l’union politique des peuples dans le respect de leurs identités. Un projet de construction politique et de solidarité entre les peuples qui va à l’encontre de l’idéologie de rejet défendue par les différentes tendances nationalistes.
De plus, plus concrètement, l’actualité récente nous a fourni quelques motifs de satisfaction : en effet l’alliance gouvernementale récemment conclue - en juin-juillet dernier- en Slovaquie entre le parti politique (soit disant social-démocrate) « Smer » et les formation nationalistes et populistes de ce même pays [4] a enfin obligé le Parti socialiste Européen à réagir.
En effet, à cette occasion le PSE (Parti socialiste européen) a pris, le 4 juillet dernier, une décision importante : décidant alors d’exclure le parti « Smer » de ses rangs [5]. Ainsi nous avons enfin trouvé là l’expression claire et le signe fort d’un refus de toute compromission avec l’extrême droite.
C’est pourquoi on pourrait estimer qu’il serait intéressant, voire très utile, que tous les partis européens de ’’sensibilité démocrate’’ (i. e : PSE, ADLE-ELDR & PPE-DE) adoptent cette nouvelle « jurisprudence Smer ».
En refusant de garder en leur sein des partis politiques qui conclueraient des alliances ’’locales’’ avec des formations d’extrême-droite. Et en ayant, à l’image du PSE récemment à l’égard de Smer, une attitude ferme similaire avec tous partis qui, en leur sein, se compromettraient néanmoins dans de telles alliances avec l’extrême droite.
Voilà un engagement fort qui serait l’une des nouvelles pierres permettant de construire l’Europe que nous appelons de nos voeux. Car la construction politique de l’Europe passe aussi par l’affirmation claire des valeurs humanistes qui sont à l’origine même du projet européen…




