
En effet, ces derniers jours (mardi 22 octobre 2008), le quotidien le Monde publiait une interview par les internautes de l’eurodéputé Alain Lamassoure portant sur les questions européennes : un échange qui se révèle être surtout un fort soutien à l’égard du président de la République, M. Nicolas Sarkozy…
Mais ce n’est pourtant pas là le plus consternant. En effet, à l’une des questions de Sylvain Savier, à savoir « Sarkozy est-il un européen fédéraliste ? », l’eurodéputé interviewé répondait cela :
« Un européen, oui. Un grand européen, oui. Un fédéraliste, non. L’Europe dont nous avons besoin n’est pas une Europe fédérale du modèle des USA.
Car nous aspirons à la fois à l’unité des règles économiques au sein de l’Union européenne et à l’unité d’action sur la scène internationale, tout en maintenant notre identité, notre indépendance et notre souveraineté sur tous les sujets qui ne nécessitent pas une action commune. C’est donc une forme politique originale.
Si la construction européenne exige tellement de temps, c’est justement parce qu’il nous faut inventer et parce que nous nous obligeons à n’avancer qu’avec l’accord unanime de tous les Etats membres. »
Des propos assez concis et ramassés mais à propos desquels il est tout de même possible d’émettre quelques critiques…
Autogoals en série…
D’abord parce qu’il est - une fois encore - très contestable à chaque fois qu’on évoque le terme fédéralisme dans le débat européen (vu par le petit bout de la lorgnette franco-français…) d’en renvoyer - comme un fait exprès - à l’épouvantail bien pratique d’un fédéralisme américain prétendument centralisé à l’extrême et en fait si mal connu et si mal compris en France.
Sur la réalité fonctionnelle de ce fédéralisme américain là et sur tous les fantasmes dont sont nourris certains esprits chagrins à ce propos en France, M. Lamassoure est pourtant fort bien informé… Mais en favorisant là une lecture si floue, M. Lamassoure commet donc là un premier but contre son camp…
Combattre le fédéralisme à l’aide d’une lecture profondément inexacte de son application concrète, on aurait tout de même pu rêver mieux.
Première erreur rapidement suivie d’une deuxième autre lorsque M. Lamassoure laisse lourdement entendre que le fédéralisme serait donc antithétique avec la possibilité de maintenir « notre identité, notre indépendance et notre souveraineté sur tous les sujets qui ne nécessitent pas une action commune ». Or qu’est-ce là donc sinon une énième définition de ce fameux principe de subsidiarité au cœur même de tout pacte fédéral ?!
Pour quoi donc dénigrer le fédéralisme à l’aide des principes de base mêmes du fédéralisme ?
Et le troisième but marqué par l’eurodéputé contre son camp suit de près lorsqu’il relaie complaisamment l’idée fausse selon laquelle il serait pertinent de vouloir l’efficacité de l’Union sans en accepter jamais les rigueurs : idée pernicieuse selon laquelle on pourrait fort bien obtenir donc tous les avantages de la supranationalité sans jamais en accepter les disciplines et les pertes de souveraineté qui, pourtant, la nécessitent et forcément l’accompagnent.
Une « originalité » dont on se passerait bien…
Et le score se complète d’un nouvel autogoal quand notre eurodéputé justifie tous les actuels atermoiements de l’actuelle européenne en évoquant le caractère prétendument « original » d’une telle construction dont il relève à peine l’anachronisme - et complètement surréaliste - d’un fonctionnement « à l’unanimité » ! Si « nous nous obligeons à n’avancer qu’avec l’accord unanime de tous les Etats membres », on se demande encore bien pourquoi ?!
Où l’on retrouve donc cette prétendue « originalité » qui n’est en fait - comme bien souvent - que le début de tous les renoncements et qui fait le lit des promoteurs d’un conservatisme frileux - et prétendument « réaliste » - qui n’ose pas même dire son nom.
Pourtant, nous sommes nombreux à estimer que peu nous importe franchement de vivre dans une Europe « originale », si cette prétendue « originalité » vraiment détestable qu’est l’intergouvernementalisme n’est en fait qu’un pâle synonyme « euphémisant » des termes « Conservatisme » et « Frilosité ».
Puisque la question à se poser aujourd’hui est pourtant simple (et la réponse, évidente…) : la situation et le fonctionnement de l’Europe actuelle sont-ils satisfaisants ? Non. Répond-elle efficacement aux aspirations populaires à plus de démocratie, plus de transparence, plus de lisibilité politique, plus de justice sociale, plus de solidarité ? Non, mille fois Non. Et est-il donc possible de faire mieux : Oui !
Mais en fait, cela, nos dirigeants le veulent-ils vraiment ?! Car c’est en fait là que réside encore à ce jour tout le suspense… Et, à ce seul titre, le ton employé par M. Lamassoure est-il vraiment à la hauteur des enjeux ?! Et bien non, justement. Et cela n’est guère encourageant pour l’avenir. Et c’est précisément ce qu’on peut lui reprocher…
Une Europe de peu…
On attendait d’un Lamassoure qu’il secoue le cocotier et qui dise clairement les choses : qu’il demande clairement un gouvernement économique européen et la fin de l’unanimité paralysante, qu’il nous parle plus d’intégration que de coopération (contrairement à ce qui est dit dans la suite de l’interview…), voire qu’il défende l’option d’un noyau dur et l’éventualité de coopérations renforcées (puisque la question lui est en effet posée…).
Au lieu de quoi on se retrouve donc là avec une défense du statu quo actuel au nom du résigné et sempiternel « que voulez-vous, c’est comme ça, ma bonne dame : faut faire avec… », sans élan. Comme ce qui suit :
« Personne n’envisage qu’il y ait une seule politique économique européenne. Il y en a vingt-sept. Ce qu’a toujours souhaité la France, depuis les présidents Giscard et Mitterrand, c’est que les pays européens coordonnent leurs politiques nationales. C’est le sens de la formule du »gouvernement économique européen« qu’avait employée pour la première fois François Mitterrand, et que Nicolas Sarkozy reprend à son compte ».
Ultime autogoal sur lequel il serait donc sage de clore le score avant que ça ne tourne vraiment à la débâcle européenne générale et au triomphe total des eurosceptiques « souverainistes » sans doute beaucoup trop contents qu’on reconnaisse ainsi - quasi officiellement - la validité et la pertinence de leurs thèses…
Car que nous importe vraiment l’hyperactivité de certains (on pensera ici à celle de l’actuel président Sarkozy…) si les structures intergouvernementales européennes interdisent qu’elle ne se traduise en action véritable ; ou permettent que ne lui succède - en janvier prochain - une « présidence » tchèque sans doute aussi paralysante que celle-là n’aura été médiatiquement agitée, sinon véritablement politiquement productive…
Un Européisme qui n’est pas flamboyant…
En tout cas cette interview aura eu le grand mérite de confirmer l’état d’esprit absolument catastrophique qui semble aujourd’hui animer la classe politique « européiste » : complètement aveugle (autiste ?!) à l’égard de certains problèmes rencontrés (notamment à propos de la nature de la « crise irlandaise »), sur la défensive dans tous les compartiments du jeu, caractérisée par un manque d’ambition à l’évidence contagieux et tout juste bonne à faire de la surenchère dans la tiédeur.
Un état d’esprit inquiétant qui semble d’ores et déjà la préparer (faute d’adopter un ton plus offensif et plus réformateur encore…) aux pires déconvenues lors des élections européennes de juin prochain.
Bref, que M. Lamassoure exprime un soutien affiché à l’action du Président de la République, c’est une chose… Mais rien de l’oblige pourtant - néanmoins - à s’aligner ainsi sur les thèses les plus euro-conservatrices actuellement à l’UMP…







