
Parmi les propositions, l’élection au suffrage universel direct d’un président européen. Personnellement, je suis très sceptique quant à l’opportunité d’une telle mesure, mais ce n’est pas là le point que je souhaitais aborder. Les réponses des deux candidats sont finalement assez symptomatique de la façon de procéder des deux camps.
Ségolène Royal répond longuement en expliquant qu’elle est favorable à l’institution d’une présidence stable du Conseil européen sur le modèle imaginé par le Traité Constitutionnel Européen, c’est à dire sans élection directe. Elle ne peut donc pas souscrire à la proposition d’Europanova. Nicolas Sarkozy répond lui beaucoup plus laconiquement en expliquant :
« Si je suis élu, ma première initiative sera de prendre contact avec Angela Merkel pour présenter nos propositions d’élaboration d’un traité simplifié, reprenant notamment l’élection d’un Président du Conseil européen, les pouvoirs législatifs et budgétaires du Parlement de Strasbourg, la généralisation du vote à la majorité qualifiée, ainsi que la transposition des valeurs contenues dans la Charte des droits fondamentaux »
Il apparaît dès lors évident, à la lecture de cette seule réponse, que le candidat de la droite ne souscrit pas à l’idée d’une élection du président au suffrage universel direct mais propose la même solution que Ségolène Royal. Or, malgré cette affirmation claire, le candidat affirme que cette déclaration répond à l’ensemble des propositions d’EuropaNova. Cela est évidemment totalement faux.
En outre, au sujet de la Charte des droits fondamentaux, M. Sarkozy ne prévoit pas qu’elle acquiert une valeur contraignante mais que le mystérieux mini-traité transpose « les valeurs de la charte ». Une telle affirmation ne saurait être interprétée comme une réponse à la proposition d’EuropaNova. En effet, les valeurs de la dite Charte sont en réalité des valeurs qui sous-tendent l’ensemble de la construction européenne. Réaffirmer ces valeurs et rendre un texte juridique précis contraignant sont deux choses bien différentes et il est étonnant qu’une telle formulation n’ait suscité aucune réaction de la part de ceux qui ont proposé le Pacte.
Ainsi, par un joli tour de passe passe, le président de l’UMP voudrait faire croire que son programme serait plus européen que celui de la candidate de gauche. Cette façon de procéder est hautement critiquable car elle fait preuve d’une volonté de dire une chose et son contraire et donc de plaire aux uns, sans heurter les susceptibilité des autres, tout en se gardant bien de prendre un quelconque engagement précis.
Enfin, il est permis d’exprimer de sérieux doutes quant à la démarche elle-même. En effet, il est relativement surprenant, connaissant la richesse du tissu associatif européen en France et les excellentes ramifications d’EuropaNova de constater que cette initiative a été réalisée en catimini, sans associer d’autres organisations.
L’interprétation très partiale dont EuropaNova a fait preuve à la lecture des résultats et le manque de discernement et d’esprit critique de la part d’une association qui se proclame indépendante et qui affirme oeuvrer pour la construction d’une Europe politique explique sans doute en partie cette volonté de parler au nom d’une société civile européenne sans pour autant se soucier de la consulter.
La moindre des choses eut été de réagir de façon critique aux réponses des deux candidats, sans parti pris et sans a priori. La propension des organisations pro-européenne à ne pas vouloir prendre au sérieux leur indépendance vis à vis des partis politiques apparaît encore une fois comme une limite sérieuse à la crédibilité de ces mêmes organisations et de leur combat.





