Actualité

Belgique : un pays, de crises en crises…

L’Histoire d’un divorce sans cesse conjuré.

, par Ronan Blaise

Belgique : un pays, de crises en crises…

En ce mois de décembre 2007, la Belgique s’est enfin dotée d’un gouvernement intérimaire après environ six mois de ’’vacance’’ officielle du pouvoir (record à battre...). Six mois d’une grave crise politique provoquée par les très graves tensions politiques existant aujourd’hui entre les deux plus grandes communautés linguistiques, historiques (et nationales ?) du royaume de Belgique : Flamands (néerlandophones) et Wallons (francophones).

Une crise politique qui a pour objet jusqu’à l’existence même de la Belgique : Etat ’’multi-national’’ sinon ’’binational’’ [1] aujourd’hui menacé par la montée des séparatismes communautaires et du nationalisme flamand.

Une crise politique ’’belge’’ dont les différends politiques entre communautés linguistiques (et dont les racines...) puisent cependant dans un passé bien plus ancien que la création même du royaume de Belgique : puisque remontant jusqu’au Moyen âge...

A tous ceux qui s’interrogeraient donc aujourd’hui sur cette crise politique qui secoue actuellement la Belgique, juste préciser qu’elle ne date malheureusement pas d’hier. Car la Belgique est un pays en ’’état de crise (communautaire) stabilisée’’ - Etat de crise aiguëe et quasi permanente - depuis au moins la seconde guerre mondiale, sinon depuis l’origine...

La naissance - équivoque - d’un Etat ambiguë

Ainsi quand naît la Belgique [2], en 1830-1831, on est alors bien embarrassé pour qualifier ce nouvel Etat hétérogène regroupant francophones (wallons) et néerlandophones (flamands) - mais tous catholiques - des anciens Pays-Bas autrichiens, anciennes provinces méridionales (séparatistes) de l’éphémère Royaume des Pays-Bas.

Faute de mieux (et pour ne déjà vexer personne...), on choisit donc alors le nom ’’neutre’’ de Belgique : en référence aux Gaulois ’’belges’’ décrits par Jules César dans sa « Guerre des Gaules » [3] [4].

Quoi qu’il en soit, les Belges - flamands comme wallons - semblaient alors unis autour de leur roi, le prince allemand Léopold 1er de Saxe-Cobourg. Et la proclamation du français comme seule et unique langue administrative officielle du nouveau royaume ne rencontre alors apparemment, dans l’immédiat, aucune opposition politique visible...

Toutefois, des problèmes commencent déjà à apparaître entre les deux communautés et, dès 1856, une commission des griefs flamands est créée. Cela dit, il faudra tout de mettre attendre l’année 1873 pour que l’usage du flamand soit officiellement introduit dans les tribunaux ; et 1898 pour qu’il ait vraiment rang de ’’langue officielle’’ du royaume.

La naissance d’une rancoeur

Et, pendant ce temps, les populations flamandes - dirigées et commandée presque exclusivement en français - vivent dans un climat d’écrasement culturel et de rancœurs politiques à l’égard de ces élites francophones dont, à tort ou à raison, elles s’estiment méprisées (sinon se perçoivent colonisées).

Enfin, pour faire bonne mesure et part belle à l’Histoire, juste rappeler que les nationalistes flamands font appel à la très vieille - depuis le moyen âge - tradition d’autonomie nationale de la Flandre et d’identité nationale de son peuple : depuis au moins la fin du XIIIe siècle et ses ’’guerres d’indépendance’’ menées, entre 1280 et 1340, par ses milices communales et urbaines contre les armées féodales du royaume de France [5].

Lors de la première guerre mondiale, la Belgique sera donc occupée par des armées allemandes qui ’’travailleront’’ au corps le sentiment de ’’laissés pour compte’’ des populations flamandes et attiseront au maximum le nationalisme flamand naissant, leur faisant même déjà miroiter l’éventualité de la création d’un Etat ’’thiois’’ (i. e : flamand) indépendant placé, après la victoire finale allemande, sous la protection du nouveau grand Reich vainqueur [6].

Néanmoins, au lendemain du premier conflit mondial, la Belgique - épuisée par quatre années d’occupation - s’est rassemblée autour de son ’’roi-chevalier’’ Albert 1er. Or celui-ci, touché par le décalage existant entre la hiérarchie militaire francophone et le gros des troupes (néerlandophones), promet l’égalité linguistique.

Mais ce n’est que vraiment dans les années 1930 que de réels progrès s’accomplissent avec une première grande réforme de l’Etat. Ainsi, le caractère ’’unilinguistique’’ de chaque ’’province’’ est reconnu à la Flandre (néerlandophone) et en Wallonie (francophone), tandis que Bruxelles est soumise à un régime de bilinguisme administratif.

Une crise économique, une nouvelle guerre mondiale : une nouvelle crise identitaire pour la Belgique

Mais, malgré les réformes de l’entre-deux guerres, la crise économique des années 1930 vient bouleverser ce fragile équilibre. Et, déjà, des voix se font entendre parmi les Flamands les plus extrémistes pour remettre en cause le principe même d’une Belgique unitaire.

La Belgique doit alors faire face à la montée des extrêmismes : nationalistes flamands du « VNV » (i. e : « Vlaamsche Nationaal Verboend », Ligue nationale flamande) et fascistes du mouvement autoritaire et antidémocratique « Rex », emmené par le fasciste francophone Léon Degrelle, ce ’’fils spirituel d’Adolf Hitler’’ (sic).

La seconde guerre mondiale (et l’attitude ambiguë - voire coupable - du roi Léopold III] à l’égard des nazis pendant l’occupation allemande, de même que ses amitiés appuyées envers des personnalités ’’flamandes’’ que l’on sait notoirement acquises au séparatisme) seront l’occasion, pour les nationalistes flamands et pour les fascistes wallons, de tenter de faire disparaître la Belgique [7].

La fin de la guerre n’arrange rien car - en pleine ’’crise royale’’ sur l’attitude à adopter envers Léopold III, ce ’’roi indigne’’ villipendé par les wallons, mais soutenu par les Flamands - de nouvelles revendications linguistiques et, désormais, politiques se font entendre des deux côtés de la frontière ’’inter-communautaire’’.

Tant du côté des Wallons (chez qui un « Mouvement autonomiste » rejette la forme unitaire de l’Etat belge et réclame non seulement la ’’scission’’ de la Belgique en deux Etats séparés mais également le rattachement de la Wallonie à la France…) que du fait des Flamands ’’néerlandophones’’ (qui réclament jusqu’à l’interdiction de l’emploi du français sur leur territoire).

Une tentative pour essayer de sortir du conflit communautaire : la mise en place du fédéralisme

Au tout début des années 1960, les tensions linguistiques (exprimant également des revendications d’autonomie politique, économique ou culturelle...) s’exacerbent entre les deux grandes communautés linguistiques du royaume de Belgique. Ainsi, en 1963, des émeutes éclatent dans la commune flamande (à majorité francophone) des Fourons [8] qui refuse alors cependant l’unilinguisme flamand officiel. De même, la bien triste affaire de l’université de Louvain [9] - en 1968 - va gravement venir durcir la querelle linguistique belge.

Ces affrontements inter-communautaires vont alors conduire le gouvernement belge à organiser des élections et à préparer une profonde réforme de l’Etat. Ainsi, en février 1970, le premier ministre d’alors (i. e : le chrétien-démocrate Gaston Eyskens) annonce la fin de la « Belgique de Papa ». Cette réforme en profondeur de l’Etat belge mettant alors en place le ’’fédéralisme’’ : une solution alors imaginée pour essayer de résoudre une bonne fois pour toute la querelle linguistique et communautaire.

Dès lors, la Belgique est désormais découpée en trois grandes ’’régions administratives autonomes’’ (i. e : la Flandre, la Wallonie et la région de Bruxelles) et en trois grandes ’’communautés culturelles autonomes’’’ (i. e : communautés culturelles française, flamande et allemande) : soit six nouvelles ’’entités’’ politiques et administratives dont les compétences vont progressivement s’étendre dans les années 1970, 1980 et 1990.

Et, selon les nouvelles institutions fédéral de la Belgique (où la répartition des compétences est définie selon le principe politique de ’’subsidiarité’’), l’Etat central ’’belge’’ s’occupe des questions d’intérêt national (comme la politique étrangère et la justice) alors que ces différentes régions et différentes communautés s’occupent de l’action sociale et économique, par exemple.

Depuis 1993, la Belgique est donc officiellement un Etat fédéral, régional et communautaire. Le découpage des années 1970 ayant depuis lors été complété (en 1988, pour répondre aux revendications des ’’communautaires’’ wallons et flamands…) par la création d’une région nouvelle autonome (bilingue) de dix huit communes : la région de « Bruxelles-capitale », seule et unique région à ’’peuplement (vraiment) mixte’’ de toute la Belgique.

La ’’guerre’’, pour Bruxelles ?!

Et c’est d’ailleurs le statut ’’linguistique’’ et politique définitif de la région administrative « Bruxelles-capitale », cette enclave ’’francophone’’ située en plein territoire flamand (enclave francophone, certes - et capitale du Royaume de surcroît - mais également capitale de la Flandre où vient travailler une main d’œuvre en grande majorité flamande…) qui est toujours, à l’heure actuelle, au cœur des différends existant entre Flamands et Wallons.

C’est ainsi que la crise ’’belge’’ s’est cristallisée autour du sort de Bruxelles et de sa région, notamment à propos de l’arrondissement bilingue de « Bruxelles-Hal-Vilvorde » (arrondissement « BHV » pour les intimes de la ’’question belge’’) : un arrondissement judiciaire et circonscription électorale également (comprenant la capitale et sa périphérie à majorité ’’néerlandophone’’...) qui est aujourd’hui sous la menace d’une scission réclamée par certains extrémistes flamands : une ’’scission’’ qui lèserait alors de leurs droits les membres de la minorité francophone.

Avec des craintes d’ordre démocratique : si les Néerlandophones refusent tout ce qu’ils considèrent comme étant une tentative de ’’colonisation linguistique’’ de territoires où ils sont effectivement souvent aujourd’hui majoritaires, les Francophones qui y sont minoritaires revendiquent également le respect de leurs droits les plus élémentaires - même s’ils sont minoritaires - à une libre expression dans la langue de leur choix, où qu’ils vivent.

De même, s’inscrivant déjà par anticipation dans l’éventualité d’une séparation politique entre Flandre et Wallonie, de nombreux francophones rejette toute perspective de ’’perte territoriale’’ : perte de Bruxelles (’’encerclée’’ par ses banlieues désormais très fortement néerlandophones...) et/ou ’’colonisation’’ flamande de l’ancien Brabant (par l’afflux massif de populations flamandes laborieuses récemment venues résider à proximité immédiate de la capitale...).

L’impasse actuelle :

Le 13 décembre 2006, c’est ainsi une émission de la RTBF (chaîne publique de radiodiffusion belge francophone) qui fit alors sensation, interrompant les programmes initialement prévus pour annoncer - dans un flash spécial - que la Flandre venait de proclamer son indépendance - unilatéralement - mettant ainsi fin à la Belgique. Un canular destiné à faire réfléchir l’opinion publique belge (et francophone) qui déclencha alors des réactions de stupeur et d’incrédulité d’une extrême violence.

Au départ, ce canular avait pour objectif de sensibiliser l’opinion belge francophone quant à la montée en puissance du nationalisme flamand et quant aux risques d’une éventuelle future scission du pays. Alors, ce canular avait suscité beaucoup d’incrédulité mais force est de constater aujourd’hui, à peine un an plus tard, que l’éventualité d’une scission politique de la Belgique en relève désormais plus de la politique-fiction.

Ainsi, les élections générales du 10 juin 2007 ont très clairement mis en lumière les lignes de fracture qui séparent les deux communautés : le principal vainqueur de ce scrutin (le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, ancien président de la région « Flandre »...) ayant très clairement annoncé un programme de réformes institutionnelles visant à accélérer la transformation de la Belgique fédérale d’aujourd’hui en une future confédération bi-nationale ’’Flandre-Wallonie’’ où serait très clairement mis à mal le principe de solidarité économique entre Flandre et Wallonie [10]

Inutile donc de préciser que les tentatives d’Yves Leterme pour former une coalition gouvernementale se sont toutes vouées à l’échec : les partis politiques francophones se refusant, par principe, d’approuver son programme de réformes et de participer à un gouvernement ayant pour objectif - à peine dissimulé - de ’’détricoter la Belgique’’. Et c’est ainsi, après six mois d’échec des négociations, de provocations flamandes en rebuffades wallonnes, que la Belgique s’est retrouvée sans nouveau gouvernement pendant près de six mois…

Si bien que le 10 septembre 2007, profitant du vide politique provoqué par cette crise, le parti politique nationaliste et séparatiste flamand « Vlaams Belang » [11] a déposé au Parlement régional flamand une motion politique demandant l’indépendance de la Flandre. Motion alors rejetée par le Parlement flamand. Mais jusqu’à quand ?!

Toujours est-il que l’actuelle situation belge nous expose - à ce jour, de manière particulièrement aigüe - de nombreux problèmes auxquels devra, très certainement, sans doute faire face l’Europe de demain.

Notamment - comme actuellement en Flandre - la montée de nationalismes ’’ethno-linguistiques’’ s’appuyant sur un passé riche en conflits... mais se fondant, sans doute davantage encore, sur l’égoïsme économique et une lecture dévoyée d’un principe de subsidiarité n’ayant décidément plus aucune dimension de solidarité.

Garantir la paix et rendre possible le ’’vivre ensemble’’ en temps de prospérité comme en temps de crise, malgré les tensions et contentieux ’’historiques’’ hérités du passé, tel était la nature même du projet européen. Et tel semble également être le défi qui lui revient à relever dans le siècle à venir : unir les peuples, malgré les aléas de l’Histoire passée, présente et à venir... Un défi, et tout un programme.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est un ’’drapeau belge uni’’, drapeau symbolisant l’alliance ’’amoureuse’’ du lion flamand et du coq wallon : un document tiré du site internet www.comlive.net(La-Fin-De-La-Belgique).

- Sources :

Entre autres lectures sur ce sujet, on se reportera à l’excellent article de synthèse de Véronique Dumas publié dans le dernier numéro de la revue mensuelle « Historia » de ce mois de décembre 2007 (n°732, pp. 12-17).

Par ailleurs, pour suivre la très riche actualité de la ’’crise belge’’, on consultera régulièrement le fil ’’Belgique’’ du Blog de Jean Quatremer (correspondant à Bruxelles du journal français « Libération »).

Notes

[1Nb : Il serait fort commode - ne serait-ce qu’à cause de l’antagonisme ’’Flamands-Wallons’’ - de parler de la Belgique comme d’un seul ’’Etat binational’’ mais cela serait néanmoins incorrect, puisqu’il existe en Belgique une communautée ’’germanophone’’ - ayant un statut politique officiel...

[2Naissance de la Belgique, en 1830-1831, à la suite d’une révolution ’’libérale’’ menée contre le règne ’’néo-absolutiste’’ du souverain des Pays-Bas (royaume auquel ces territoires sont rattachés depuis les Traités de Vienne de 1814-1815.

[3In « De Bello Gallico / La Guerre des Gaules » (I,1 : ’’La Gaule et ses habitants’’ ; phrase 3) : ’’Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples (des Gaules), parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d’ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux.’’comme étant ’’les plus braves des Gaulois.’’

[4En fait il semble que ces Gaulois dits ’’belges’’ soient là une population ’’mixte’’ de ’’transition ethnique’’ entre Gaulois (ici, déjà passablement ’’germanisés’’...) et Germains ’’proprement dits’’. D’ailleurs voilà une ’’Gaule Belgique’’ qui ’’déborde’’ très largement des frontières de l’actuelle Belgique : regroupant alors tous les territoires du Nord des Gaules, situés entre Seine et Rhin.

[5Et juste rappeler que la ’’fête nationale’’ flamande (très exactement : fête de la ’’communauté flamande’’) (et pélerinage annuel, aujourd’hui toujours commémoré par les nationalistes flamands) du 11 juillet correspond à la fameuse bataille dîte ’’des éperons d’or’’ où - en 1302, près de Courtrai, sous les murs de la ville - les ’’Klauwaerts’’ (milices flamandes dénommées ainsi - ’’parti de la griffe’’ - en référence appuyée au lion héraldique symbolisant la Flandre) massacrèrent la fine fleur de la chevalerie française du roi de France Philippe IV le Bel : environ sept cents éperons dorés pris aux chevaliers français tués venant, par la suite, orner l’Eglise N-D de Courtrai.

[6Des promesses similaires d’un Etat ’’thiois’’ (i. e : flamand) indépendant placé sous la protection de l’Allemagne victorieuse, auront également été faites aux nationalistes flamands, par les nazis, durant la seconde guerre mondiale...

[7Une seconde guerre mondiale à l’occasion de laquelle des unités SS flamandes (division SS Langemark) mais aussi wallonnes (division SS Wallonie, fondée puis commandée par Léon Degrelle...) iront combattre, séparemment, sur le front de l’Est, dans la guerre germano-soviétique.

[8’’Fourons’’ ou, en flamand, ’’Voeren’’ : commune de la province flamande du Limbourg - i. e : dans le Sud-Est de la Flandre).

[9L’affaire de l’université de Louvain, en 1968 : crise ’’inter-communautaire’’ lors de laquelle les étudiants flamands de l’université catholique de Louvain, soutenus par leurs enseignants, demandent et obtiennent - aux cris de ’’Walen buiten !’’ (i. e : ’’les Wallons dehors !’’) - la ’’flamandisation intégrale’’ de leur université - bilingue depuis l’entre-deux-guerres - et le départ définitif en Wallonie de la section francophone de leur faculté...

[10Il est vrai que la Wallonie a perdu son lustre et sa prospérité économique d’antan, autrefois lié au développement de ses industries lourdes (sidérurgiques et métallurgiques, notamment) : en cette première moitiée du XXe siècle où, à la veille de la première guerre mondiale, la Belgique était (notamment grâce à ses dynamiques industries lourdes de Wallonie et à son Empire colonial d’Afrique noire, riche en ressources naturelles et minérales) la quatrième puissance commerciale du monde.

Depuis lors les industries lourdes de Wallonie (dont la prospérité avait alors pourtant participé au développement de TOUTE la Belgique, Flandre comprise...) ont très gravement décliné. Et la Flandre, autrefois dépendante mais aujourd’hui plus prospère que la Wallonie (notamment grâce à une économie dynamique basée sur le développement des services, de hautes technologies et d’industries à fortes valeur ajoutée), conteste aujourd’hui son devoir de solidarité et de participation au renflouement économique d’une Wallonie connaissant, aujourd’hui, une reconversion post-industrielle douloureuse, la dépendance financière et, ce faisant, un très fort taux de chômage...

[11« Algemeen Vlaams Belang / AVB » (i. e : « Intérêt flamand ») : parti politique d’extrême droite, nationaliste et séparatiste flamand ; un parti politique extrémiste qui ne fait aujourd’hui guère mystère de son intention d’ ’’euthanasier la Belgique : malade en phase terminale’’... (sic).

Vos commentaires

  • Le 26 décembre 2007 à 16:10, par Oxygène En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Bon article !

    Il faut préciser qu’au départ si l’état belge ne reconnaissait que le français comme langue nationale c’était simplement du au fait que la bourgeoisie (flamande, wallonne et bruxelloise) parlait le français. Le peuple wallon parlait des dialectes wallons à l’époque, les flamands parlaient des dialectes néerlandais.

    J’ajoute aussi que Bruxelles est peuplée de 85 à 95% de francophones (on ne sait pas très bien puisque les Flamands refusent un recensement), donc ce n’est pas une crise qui oppose « Wallons et Flamands » comme on le lit souvent dans les médias étrangers, mais plutôt « francophones et Flamands ».

    Et pour terminer, il y a quelques communes de la périphérie de Bruxelles (en région flamande donc) qui sont habitées par une majorité de francophones (jusqu’à 90%). Une des revendications francophones en contrepartie de la scission de BHV est l’élargissement de Bruxelles à ces communes.

  • Le 26 décembre 2007 à 19:02, par Ronan En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Suis assez d’accord avec l’ensemble de vos remarques sur la genèse de la ’’controverse linguistique’’ actuelle et sur l’état numérique des forces aujourd’hui en présence...

    Cela dit, juste préciser quelques détails :

    (1) Aujourd’hui, les Flamands (plus de 6 millions) sont numériquement majoritaires en Belgique sur les Wallons (environ 3.5 millions).

    Et le PM belge est - fruit d’une règle non écrite - systématiquement nommé parmi eux : que ce soit le chrétien-démocrate (issu d’un ’’couple mixte’’ - puisque de père francophone - et parfaitement bilingue) Yves Leterme ou le libéral démocrate Guy Verhofstadt).

    (2) Ne pas confondre - effectivement - les Flamands (puisqu’il en est de Gauche, de Droite et du Centre, des communistes et des nationalistes, des cléricaux et des laïcs, des grands et des petits, des gros et des maigres, des apolitiques et des indifférents, etc.) et les ’’Flamingants’’ :

    Terme désignant très précisément les nationalistes flamands, volontiers séparatistes, autrefois très monarchistes (notamment lors de la ’’querelle royale’’ de l’après seconde guerre mondiale...), aujourd’hui beaucoup plus souvent républicains, mais le plus souvent ’’extrême-droitistes’’ xénophobes.

    (3) Quant à la "racine" des soucis qui nous occupent ici, juste rappeler qu’ils ne datent décidément pas d’hier : à ce titre, souvenons-nous de la "fameuse" « Lettre au roi » de l’homme politique belge (et intellectuel wallon) Jules Destrée, en août 1912 :

    « Laissez moi vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : il n’y a pas de Belges, mais des Wallons et des Flamands (...) Sire, vous régnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges ».

    D’ailleurs il faut également savoir que le roi de l’époque - le roi Albert 1er - avait discrétement fait savoir qu’il partageait le fond de cette analyse mais qu’il considérait que la ’’séparation administrative’’ (alors demandée par Jules Destrée) entrainerait sans doute plus d’inconvénients et de dangers que la perpétuation du statu quo.

    (4) Quant à la racine de la controverse ’’politico-linguistique’’, juste rappeler qu’au moment de la révolution française (et de l’annexion momentannée des ’’plats pays’’ à la RF), la langue française (langue du pouvoir féodal et des classes aisées depuis le Moyen Âge) fut alors, en pays flamand, imposée dans l’administration, au grand dam du petit peuple flamand.

    Par la suite le choix de la langue française pour langue officielle de la jeune ’’nation’’ belge semblait naturel : bien que ni le peuple wallon, ni le peuple flamand ne le parlent (Flamands et Wallons s’exprimant en fait dans de nombreuses variantes dialectales...), la bourgeoisie belge en était coutumière. (Il paraissait par ailleurs malcommode de choisir comme langue nationale ’’belge’’ celle des Pays-Bas, la révolution belge de 1930 étant précisément dirigée contre ce pays...).

    Cela dit, juste reconnaître qu’il est parfaitement anormal que les flamands aient été ainsi si longtemps ’’maltraîtés’’ et ’’infériorisés’’ dans leur propre pays. Ainsi, si la Constitution belge proclame bel et bien ’’depuis toujours’’ que la Belgique est un « royaume uni » (sic) et que tous les Belges sont « égaux devant la loi » (resic), il n’en reste pas moins que cette Constitution ne sera en fait pas traduite en langue flamande avant... 1967 !!! (et en allemand, en 1991 !!!). Et la ’’réaction (nationaliste) en retours’’ en est - malheureusement aujourd’hui - d’autant plus brutale...

    (5) Pour le reste, soulignons également qu’il existe aussi un mouvement d’affirmation identitaire en pays wallon : ’’mouvement wallon’’ dont le Jules Destrées de tout à l’heure est l’un des grands précurseurs et qui couvre un vaste champ politique :

    Puisque allant de l’affirmation autonomiste et/ou régionaliste effectivement wallonne (mais ’’dans-le-plus strict-respect-de-l’unité-de-la-Belgique’’...) jusqu’aux sympathisants belges francophiles (éventuellement rattachistes). Soit un sujet qui mériterait, à lui seul, un article de plus sur ce webzine...

  • Le 26 décembre 2007 à 23:59, par Till En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Merci Ronan pour cet article clair, concis et bien documenté comme toujours et pour te prendre le soin de réagir de façon aussi complète aux commentaires.

    La partie moins exhaustive de ton article régarde probablement ce qui est le fédéralisme belge dans les faits. Les compétences décentralisées ont été attribuées à deux entités différentes, les régions et les communautés linguistiques, qui se superposent partiellement.

    Les institutions politiques de la Région Flandre et de la Communatué flamande ont été fusionnées dans une seule entité qui cumule toutes les compétences des deux entités en Flandre et exerce les compétences attribuées à la communauté pour la population néerlandophone de Bruxelles. La conséquence en est que le gouvernement et le parlement flamand ont la représentation exclusive de la population flamande, mais ne trouvent pas d’interlocuteurs équivalents. Du coté francophone, la représentation est partagée entre la Communauté française de Belgique, la Région Wallonie et - en moindre mesure - la Région Bruxelles-Capitale. La conséquence en est que les interlocuteurs privilégiés restent les représentants des partis francophones sur le plateau fédéral.

    Dans l’éventualité - peu probable - d’un véritable éclatement de la Belgique, la Flandre disposerait de toutes les caractéristiques pour former un Etat-nation à l’exception d’une capitale. Les francophones se trouveraient soudainement dans un Etat sans continuité territoriale ni d’héritage historico-culturel commun à l’exception de l’expérience belge. Le scénario décrit par le canular de la RTBF serait ainsi celui d’une Flandre amputé de sa capitale et d’une Belgique « restante » amputé de la Flandre. On aurait ainsi deux Etats amputés d’une composante essentielle ce qui justifie l’existance de la Belgique mais en rend la gestion très complexe.

    La proposition de scission de l’arrondissement BHV peut etre interprété comme un changement de stratégie du coté flamand. La séparation nette de Bruxelles de sa banlieue flamande implique d’une certaine façon un pas vers la cession complète de la capitale aux autorités francophones en contrepartie d’une fixation définitive des frontières de la Flandre.

    Ce qui est décrit comme du « confédéralisme » en Belgique pourrait cacher une simple simplification du fédéralisme belge. Les grandes forces politiques flamandes ne souhaitent pas la sécession de la Flandre mais l’avènement d’un Etat flamand fédéré avec une ou d’autres entités à l’intérieur de la Belgique.

    Du coté francophone le cadre de référence semble rester la Belgique unie et indivisible. En effet, ni la Wallonie, ni Bruxelles, ni la Communauté française semblent constituer un élément identitaire assez fort pour faire de contrepoids au nationalisme flamand. Pourtant, l’attribution à la Wallonie de l’ensemble des compétences décentralisées pour son territoire (en gardant l’exception de la communauté germanophone) pourrait la doter d’un plus grand marge de manoeuvre pour se sortir du déclin économique. L’attribution à Bruxelles d’un statut spécial avec des dispositions en faveur de la minorité flamande pourrait renforcer ses atout de capitale flamande, belge et européenne. La Flandre enfin aurait la possibilité de représenter le peuple flamand en tant qu’entité politique à part entière dans une Belgique fédérale et non pas multi-communautaire.

  • Le 27 décembre 2007 à 11:40, par Ronan En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Le parti-pris de cet article était effectivement d’aborder la ’’question belge’’ sous son angle exclusivement historique. Quant à la question strictement institutionnelle, elle avait déjà été partiellement ’’traitée’’ dans ce webzine lors d’une parution précédente (récemment republiée en date du 25 août 2007) : « Fédéralisme à la belge, le début de la fin ».

    Pour le reste je partage l’ensemble de tes remarques et analyses sur l’actuelle ’’ethnogenèse’’ flamande : de sa récente ’’fusion’’ institutionnelle (i. e : Communauté + Région) à la querelle ’’frontalière’’ du « BHV » (et la perspective historique et territoriale que tu lui apportes).

    Et juste noter effectivement que si le Parlement de Flandre a bien rejeté (en septembre dernier : le 10/IX/2007) une motion séparatiste d’ ’’indépendance unilatérale’’ alors proposée alors par le « Vlaams Belang », en revanche - le 7 novembre dernier - c’est bien tous les députés flamands (de l’extrême-droite à l’extrême gauche) de la « Chambre des députés » du Parlement ’’national’’ belge (lors d’un vote en commission...) qui se sont quasi unanimement mis d’accord (à l’exception notable des « Groen », écologistes flamands...) pour voter - en bloc - une motion - du 7/XI/2007 - réclamant - la scission du « BHV ».

    Reste néanmoins que bon nombre de ’’nationalistes flamands’’ refusent d’accepter (ce dont tu parles...) les contreparties territoriales (demandées par les francophones) à cette fameuse scission (demandées par les Flamands) : soit l’élargissement de la région de « Bruxelles-capitale » aux communes de Flandre comptant en effet une majorité de francophones (ce qui assurerait au passage une continuité géographique entre la Wallonie et Bruxelles). Une revendication d’autant plus inacceptable pour la Flandre, puisqu’elle devrait alors - dans l’opération - abandonner aux ’’wallons’’ une partie de « son » territoire.

    Quant aux Wallons, visiblement inconsolables à la perspective de l’éventuelle disparition de ’’leur’’ Belgique (Cf. manifestation bruxelloise du 18/XI/2007), certains d’entre eux semblent avoir décidément bien du mal à s’imaginer un ’’destin propre’’ dans une éventuelle ’’Wallonie-petite-Belgique-Etat-croupion’’ indépendante. Et certains d’entre eux de se tourner alors vers la France ; comme ici ou . Ce dont on reparlera...

  • Le 27 décembre 2007 à 12:34, par Bruxelles-francophone En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    C’est entièrement exacte, et énormément de Francophones Bruxellois ou de la périphérie se sentent de plus en plus souvent agressés par les revendication flamandes :

    - Il faut savoir que le gordel organisé chaque année est de la pure provocation.
    - Que les flamands sont sur-représentés aux niveau politique à Bruxelles (1 vote flamand vaut + qu’1 vote francophone), vous parlez de démocratie ?
    - 50% de l’argent pour la culture va au 10% de flamands de Bruxelles.
    - Bruxelles compte plus de 20% de chômeurs alors que c’est la région qui fournit les plus d’emploi !

    etc....

    Et tout cela avait lieu AVANT les élections de juin 2007, maintenant ils ont encore durci le ton en retirant les facilités des communes de la périphéries, ils ont voté AVEC les nazis du Vlaams-Belang (brisant le cordon sanitaire instauré contre l’extrême droite) la scission de BHV, isolant Bruxelles pour l’empêcher de se réunir avec la wallonie, ils interdisent aux francophones d’acheter des maisons sur leur territoire si ils ne parlent pas parfaitement flamand... Et j’en passe car la liste est trop longue.

    Les droits de l’homme y sont donc de plus en plus bafoués, mais qu’attend l’Europe pour intervenir ?

    Bien à vous, Mike

    PS : excellent article, je me suis permet de faire un lien vers celui-ci.

  • Le 28 décembre 2007 à 22:20, par Ronan En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Pièce de plus à verser au dossier : un article de ce jour, 28 XII 2007 - dans le « Figaro » (Cf. lien, ci-dessous) - sur les vertus réconciliatrices (ou pas) du football au pays des « Diables rouges ».

  • Le 16 avril 2008 à 10:34, par belge En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Ceci n’est pas une brabançonne (quoi que...)

    http://fr.youtube.com/watch?v=R4wPjpQ1YgU.

    « Ceci n’est pas une brabanconne » (Bel & G)

    Si bas, si plat, si gris, Si vague et si petit, Ces brumes à venir, Avec infiniment de pluie,

    Et puis tellement de vent, Ces arbres qui se plient, Tous ces pavés qui brillent, Mais pour combien de temps ?

    Tu vivras toujours fière et belge, Dans ton invincible unité, Het woord getrouw, dat ge onbevreesd moogt spreken Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht.

    Jij grijze vlakke land Zo achteloos en klein Waar zijn we in beland Met stormen zonder eind

    De bomen langs de baan Zijn aan het land verknocht Het doet zo edel aan Maar hoelang duurt dat nog ?

    Tu vivras toujours fière et belge, Dans ton invincible unité, Het woord getrouw, dat ge onbevreesd moogt spreken Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht.

    Si bas, si plat, si noir, Nous reste un peu d’espoir, Retrouver le chemin, Dans ce pays qui est le mien.

    Jij zwarte lage land Gaat onze hoop voorbij De weg te vinden naar een band ? Je bent toch ook van mij ?

    Tu vivras toujours fière et belge, Dans ton invincible unité, Het woord getrouw, dat ge onbevreesd moogt spreken Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht. (Bis)

  • Le 16 avril 2008 à 10:41, par belge En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Mouais... En même temps, la Belgique (actuellement 48’ au classement mondial - mensuel - de la FIFA) (et 71’ en juin 2007 !!!), ce n’est tout de même plus la « belle » équipe des années 1980 (1/4 finaliste de la Coupe du monde en 1982 ; 1/2 finaliste en 1986)...

  • Le 16 juillet 2008 à 15:55, par ? En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    En ce moment de crise, après la demission du PM, Yves Leterme, la nuit du 14 au 15/07/2008, 13 mois de crise sans issu. Naturalisé Belge, en lisant des articles comme celui-ci me permet de comprendre et de ne pas comprendre ce qui se passe en Belgique. J’entendais souvent des problèmes Basques, Corses, Catholiques et Protestants en Irlande pendant mon enfance, étant en Belgique, je suis étonné que la guèrre linguistique ressemble fort à la guèrre éthnique dans l’afrique noire !!! Comment peut-on croire à l’Europe si ces 2 petites communautés de 10 millions de populations ne savent pas co-habiter ? Imaginons les 27 pays membres de l’UE, avec leur propre langue chacun, est-ce-possible de vivre ensemble si des minoritaires comme la N-VA de Bart De Wever dicte sa loi, et bloque tous projets socio-économique ?

  • Le 25 septembre 2008 à 22:40, par ? En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Ne me quitte pas ... la Brabançonne toujours deux fois !!

  • Le 26 janvier à 16:13, par Le blagueur En réponse à : Belgique : un pays, de crises en crises…

    Superbe article,

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