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Pologne

Bronislaw Geremek : portrait d’un polonais ’’européen’’

Du ghetto de Varsovie au Parlement européen...

, par Jean-Baptiste Mathieu

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Le 20 juillet 2004, le socialiste catalan Josep Borrell était élu président du Parlement européen en obtenant une majorité de 388 voix ; cette élection étant, une fois de plus, le résultat d’un ’’compromis technique’’ conclu entre les Conservateurs du PPE et les Eurodéputés socialistes du PSE.

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Cependant, malgré l’influence de ces deux plus gros groupes politiques du parlement européen, une autre candidature ’’alternative’’ avait alors pu émerger et obtenir le score plus qu’honorable de 208 voix.

Et ce, bien que ne bénéficiant initialement que du seul soutien des Verts (44 sièges) et des centristes & libéraux de l’ALDE (88 députés).

Parmi celles-ci, celles de députés frondeurs ne voulant pas suivre le consensus mou dicté par leur groupe politique, préférant alors voter pour une personnalité de plus grande envergure : Bronislaw Geremek, historien et homme politique polonais, grande figure morale dont nous allons ici brosser un rapide portrait.

Du ghetto de Varsovie à l’Université

C’est à Varsovie qu’est né Bronislaw Geremek - en mars 1932 - dans une famille juive polonaise originaire des confins orientaux du pays.

Ses jeunes années seront marquées par le second conflit mondial. En effet, en 1943 après avoir vécu une partie de son enfance dans le ghetto de Varsovie il parviendra à le quitter, en compagnie de sa mère. Néanmoins sa famille ne sera pas épargnée par le conflit : ainsi son frère aîné - déporté à Bergen-Belsen - allait en réchapper mais, en revanche, son père allait mourir à Auschwitz.

En 1948, à 16 ans il revient vivre dans sa ville natale, y achève son cycle d’enseignement secondaire et entame des études d’histoire à l’Université de Varsovie. Étudiant il a alors eu l’occasion de se rendre à plusieurs reprises à Paris en 1956, 1957 et 1962 pour y étudier à l’Ecole pratique des hautes études.

De l’historien médiéviste…

C’est ainsi qu’il entamera une brillante carrière universitaire : diplômé de l’université de Varsovie en 1954, et bientôt titulaire d’un doctorat de l’institut d’histoire de l’Académie des sciences polonaises en 1960. Et directeur du « Centre de civilisation polonaise » de l’Université de Paris, entre 1960 et 1965.

Médiéviste, ses recherches vont alors s’orienter dans un domaine peu connu à l’époque : l’étude de la pauvreté, se spécialisant dans l’histoire de la délinquance, de l’exclusion et de la marginalité. Il soutiendra sa thèse en 1972 (sur le thème des marginaux parisiens aux XIVe et XVe siècles : travaux publiés en France en 1976).

Universitaire brillant et polyglotte reconnu ayant entammé sa carrière dans le sillage de Fernand Braudel (la fameuse ’’Ecole des Annales’’ fondée par les Historiens renommés Lucien Febvre et Marc Bloch) et aux côtés de Jacques Le Goff et Georges Duby, ses publications dans ce domaine sociologique et historique vraiment très spécifique allaient faire de lui un spécialiste de réputation mondiale de la civilisation européenne au Moyen Age.

Reconnu dans le monde de la recherche il enseignera dans de nombreuses universités de par le monde, devenant même docteur "honoris causa" de plusieurs d’entre elles. Titulaire de la chaire internationale du collège de France « Histoire sociale : exclusions et solidarités » en 1992-1993, le « Grand prix de la francophonie » lui sera attribué en 2002 pour l’ensemble de son œuvre en langue française.

…à l’homme politique

Le début de son engagement politique se fait tout d’abord dans le cadre du parti ’’communiste’’ PZPR (i. e : « Polska zjednoczona partia robotnicza » ou « Parti ouvrier unifié polonais », parti unique au pouvoir depuis 1948) auquel il avait adhéré en 1950. Mais il quittera cette formation lors des purges antisémites de l’année 1968, à la suite de la répression du printemps de Prague.

Il reviendra à la politique au tout début des années 1980 : dans le cadre de l’opposition démocratique où son implication dans le combat pour la liberté, scellant ainsi l’alliance des intellectuels avec les ouvriers des chantiers navals de Gdansk, lui vaudra d’être l’un des cosignataires des Accords de Gdansk fondant le syndicat libre « Solidarnosc ». Devenu conseiller politique de Lech Walesa, il connaîtra par la suite les prisons du régime communiste (en 1981-1982).

Au moment de la marche vers la démocratisation (et de la fameuse « table ronde » - de février-avril 1989 - qui se tient alors entre les représentants du pouvoir communistes et de l’opposition démocratique) Bronislaw sera présent lors de ces négociations en tant qu’expert de l’opposition démocratique. Ce qui lui vaudra d’être, en 1989, élu au Parlement polonais comme député de sa région de Suwalki (Mazurie).

Un incontestable tropisme européen

Très impliqué dans les questions internationales, président de la commission des affaires étrangères de la Sejm, Bronislaw Geremek sera ministre des affaires étrangères de la Pologne de 1997 à 2000 puis, en 1998, président de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), se prononçant alors pour une adhésion rapide de la Pologne à l’Union européenne.

Modéré de conviction et d’engagement, en juin 2004 c’est à la tête du parti centriste « Union des libertés / Parti démocratique » (i. e : « Unia Wolnosci / Partia Demokratyczna » : UW/PD) - dont il est le leader depuis 2001 - qu’il mènera la campagne des élections européennes, devenant alors député européen, bientôt candidat malheureux au poste de président du parlement européen.

Et c’est dans le cadre du parlement européen qu’il agit aujourd’hui : comme Eurodéputé ALDE et notamment comme membre de la commission des affaires étrangères, des affaires constitutionnelles et de la délégation à la commission de coopération parlementaire « UE-Russie ».

Démocrate et européen exemplaire, Enseignant au Collège de Bruges, cofondateur en 2002 de son équivalent polonais de Natolin (près de Varsovie) Bronislaw Geremek est ainsi l’une des hautes figures intellectuelles et morales de l’actuel Parlement européen.

Et c’est à ce titre qu’il a, en 1998, très justement obtenu le « Prix international Charlemagne », prix annuel décerné par la ville d’Aix la Chapelle à des personnalités remarquables engagées pour l’unification européenne.

Pour précision auprès de nos lecteurs, cet article a déjà été publié le 16 novembre 2006.

Voir en ligne : Le site personnel de Bronislaw Geremek, en polonais

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P.-S.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une photographie de M. Bronislaw Geremek : document tiré du site de sa formation politique « Unia Wolnosci » www.uw.org.pl.

- A lire :

Une courte biographie de Bronislaw Geremek, sur Wikipédia.

Une biographie de Bronislaw Geremek, sur MSN Encarta.

Sa fiche personnelle de présentation sur le site du Parlement européen.

Vos commentaires

  • Le 16 novembre 2006 à 12:50, par Ronan Blaise En réponse à : Et Danuta Hübner ?

    Autre polonaise ’’européenne’’ (et pour cause...) : Mme Danuta Hübner, actuelle Commissaire européen à la politique régionale (depuis mai 2004).

    Mme Danuta Hübner : ancien secrétaire d’État (2001-2003) puis ministre aux affaires européennes (2003-2004) du gouvernement polonais social-démocrate de Leszek Miller et ancienne Conventionnelle (Convention pour l’avenir de l’Europe).

  • Le 23 janvier 2008 à 00:18, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Bronislaw Geremek : portrait d’un polonais ’’européen’’

    Bernard Guetta et Dominique Reynié ont parmi d’autres pensés à lui comme étant un excellent profil pour la présidence du Conseil européen.

    Sans doute une excellente idée. Bien meilleure que celle de Tony Blair par exemple...

  • Le 5 avril 2009 à 10:51, par EuroCitoyen Baptiste En réponse à : Bronislaw Geremek : portrait d’un polonais ’’européen’’

    Je n’ai entendu parlé de Bronislaw Geremek que récemment dans un discours de François Bayrou qui évoquait sa mort tragique, et je suis outré qu’il n’a pas été élu en 2004 à la Présidence du Parlement Européen à cause d’une collusion entre le PSE et le PPE ! Un héros de la Pologne et de l’Europe battu par un tel magouillage, c’est une honte pour la démocratie européenne.

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