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Buy European Act : « L’Europe doit être ouverte mais pas offerte »

, par la Rédaction du Taurillon

Le Taurillon a interrogé Xavier Fournier, secrétaire national de l’UMP en charge de la mobilité des jeunes en Europe, pour nous présenter le programme de Nicolas Sarkozy dans le cadre de cette présidentielle.

Nicolas Sarkozy © European People's Party

Le Taurillon : Les Français se sont prononcés à plus 30% pour un parti ouvertement eurosceptique le 22 avril dernier, comment l’expliquez-vous ? N’y-a-t-il pas une responsabilité de l’UMP et du Parti Socialiste qui ne défendent pas assez le projet européen lors de cette campagne ?

Xavier Fournier : En France, trop souvent les questions européennes sont relayées au second plan : les médias n’évoquent que très peu les actualités européennes, la formation de nos jeunes collégiens et lycéens ne traite que superficiellement de l’Europe… La construction européenne est d’ailleurs parfois pensée comme une politique étrangère alors que je suis profondément convaincu qu’au contraire, les affaires européennes sont pleinement des politiques nationales tant leurs implications et leurs conséquences sur la vie quotidienne de chaque citoyen sont fortes et déterminantes.

Les crises successives de ces dernières années sont autant d’avertissements violents pour la construction européenne. De plus en plus d’Européens s’interrogent sur l’avenir même de l’Union et sur celui de sa monnaie. Cette inquiétude, c’est aussi celle qu’ont voulu exprimer certains citoyens en votant fortement pour les extrêmes au premier tour de l’élection présidentielle. Ils souhaitent être protégés, être entendus. Ceux qui craignent pour leur identité et leur mode de vie doivent concevoir et comprendre que la construction européenne est un formidable levier pour renforcer nos valeurs, notre économie et mieux encore notre modèle de société et de civilisation au contraire de ce que certains leaders populistes veulent bien leur faire croire.

Le Parti socialiste n’a pas fait le choix de la clarté sur le discours européen et s’est contenté de postures floues qui, je le crains, nuisent à l’idée européenne : le PS n’a pas fait sa mue européenne depuis les profondes divisions liées au vote du traité constitutionnel.

Au contraire, tout au long de son mandat et dans son projet, Nicolas Sarkozy a fait de l’Europe un axe central de son action : les réformes ne doivent plus seulement être pensées au niveau national mais bien au niveau européen. L’UMP est un parti clairement européen, je peux en témoigner en tant que Secrétaire national en charge de cette thématique.

Le Taurillon : Nicolas Sarkozy propose de renégocier les accords relatifs à l’espace Schengen et en cas d’échec de suspendre unilatéralement la participation de la France, cette mesure ne remet-elle pas en cause le principe indispensable de liberté de circulation pour les citoyens européens ?

Xavier Fournier : Nicolas Sarkozy a en effet proposé de faire évoluer les accords relatifs à l’espace Schengen, accords qui ont été signés en 1985, il y a plus de 25 ans…

La libre circulation des personnes et des biens est un fondement de l’Union Européenne. Malheureusement, l’accord Schengen est de plus en plus dévoyé et la porosité de certaines frontières extérieures (exemple de la frontière gréco-turque) exaspère de nombreux compatriotes et rend vulnérables les puissances publiques qui ne peuvent résoudre ces problèmes migratoires. Nous parlions précédemment des votes extrêmes ; c’est par notre incapacité à résoudre, entre autre, cette question que nous faisons le lit de l’extrémisme.

Pendant la Présidence française de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy a fait adopter un Pacte européen sur l’asile et l’immigration. Ce pacte renforce notre cohésion : il va vers plus d’intégration. Aujourd’hui, malheureusement l’UE et l’agence Frontex n’ont pas la possibilité financière et humaine de surveiller efficacement nos frontières.

Les États membres doivent donc prendre à bras le corps cette question. Nicolas Sarkozy a eu le mérite de la poser clairement : si aucun accord n’était trouvé, il y aurait des contrôles aléatoires aux frontières comme cela est permis par l’actuel traité, ne remettant pas en cause la liberté de circulation pour les citoyens européens.

Le Taurillon : Votre candidat propose un "Buy European Act", pouvez-vous détailler l’utilité de cette mesure ?

Xavier Fournier : Nicolas Sarkozy propose la création d’un "Buy European Act" qui a pour objet d’inciter les Etats-membres à acheter, lors de commandes publiques, des produits fabriqués au sein de l’espace communautaire.

L’Union européenne a ouvert une très grande partie de ses marchés au commerce mondial, mais nos partenaires économiques n’ont pas toujours suivi cette orientation et ont choisi de protéger une partie de leur marché intérieur bridant ainsi la concurrence et empêchant nos entreprises de s’y implanter.

L’Europe doit être ouverte mais pas offerte et nous devons être très prudents lorsque nous signons des accords internationaux sur les conséquences directes pour les citoyens européens : par exemple, l’accord UE-MERCOSUR risque de fragiliser durablement notre agriculture. L’Union européenne doit être protectrice.

Le Taurillon : François Hollande critique avec fermeté l’absence du volet croissance dans le dernier traité négocié par le président Sarkozy, quelles sont les propositions de l’UMP pour redynamiser la croissance au niveau européen et en particulier pour nos partenaires d’Europe du Sud et de l’Europe Centrale lors du prochain quinquennat ?

Xavier Fournier : François Hollande a fait preuve d’une méconnaissance totale des questions européennes et cherche à caricaturer ce qu’il ne maîtrise pas. L’Europe mérite mieux. Nul ne peut penser que la croissance n’est pas nécessaire. Le candidat socialiste propose de créer des emprunts européens et ainsi d’endetter l’UE au rebours de l’histoire, niant la crise actuelle. Son choix de ne pas voter le Mécanisme européen de stabilité, qui a pour objet d’aider les pays européens qui voient leur situation financière fragilisée et son souhait de renégocier un traité qui nous a permis un renforcement de la cohérence économique européenne indispensable dans la crise que nous traversons, sont révélateurs de son inexpérience : ce n’est pas en inscrivant le mot croissance dans un traité que nous l’obtiendrons. Nous devons la chercher, la créer.

Nicolas Sarkozy propose de consolider le rôle de la BCE, propose la création d’un "Buy European Act" comme nous venons de l’évoquer et le renforcement de la place des PME par le développement du Small Business Act. Il a la volonté d’imposer la réciprocité commerciale entre l’UE et ses partenaires externes pour défendre nos économies, nos marchés face à une concurrence déloyale qui trop souvent ne respecte même pas les droits de l’homme. L’Union européenne a un atout maître dans la concurrence internationale : son marché unique. Les propositions faites par Nicolas Sarkozy nous donnent les moyens de créer de la croissance en Europe.

Le Taurillon : On parle beaucoup en Europe du leadership du couple Merkel-Sarkozy, est-ce normal de voir seulement deux pays impulser toute la politique européenne au détriment par exemple de la Commission ?

Xavier Fournier : Dans la succession de crises que nous connaissons, les États ont pris un rôle prépondérant. La Commission européenne engluée dans des négociations complexes n’a pu avoir la réactivité suffisante pour faire face aux assauts, entre autre, des spéculateurs.

L’excellent tandem Sarkozy-Merkel a permis par ses initiatives conjointes de sauver la zone euro et de renforcer la solidarité européenne, de mettre en place une véritable gouvernance économique ; en Europe, la France et l’Allemagne ont toujours joué un rôle moteur mais nous ne pouvons et ne devons pas oublier le travail mené en parallèle par la Commission européenne pour la modernisation du marché commun européen.

Le Taurillon : Vous êtes responsable de la mobilité des Jeunes en Europe au sein de l’UMP, cette mobilité est encore bien trop faible, quelles sont les propositions de Monsieur Sarkozy pour l’augmenter s’il était réélu dimanche ?

Xavier Fournier : J’ai remis au Président de la République ainsi qu’au Ministre des Affaires étrangères et européennes un rapport sur la question de la mobilité. Pour moi cette question est centrale. Le renforcement des mobilités est un choix de société qui dépasse les individualités pour construire les relations entre les générations et nous interroger sur la place laissée à la jeunesse. La mobilité entraîne un changement dans l’appréciation d’autrui mais complète également le regard que l’on porte sur son propre chez soi.

Aujourd’hui malheureusement, il existe de nombreux freins à la mobilité : des freins financiers, éducatifs, administratifs…seulement 2% des jeunes de 15 à 29 ans ont profité de cette chance.

J’ai proposé plusieurs pistes pour amplifier la mobilité : le renforcement des fonds alloués aux programmes pour permettre à plus de jeunes de profiter de ces derniers, l’uniformisation des programmes pour leur donner une plus grande lisibilité, la création d’un guichet unique de la mobilité (comme le préconise par ailleurs le CESE) pour faciliter les démarches. Il faut également lier plus fortement le niveau des bourses au niveau du coût réel de la vie dans les pays d’accueil et approfondir plus encore l’apprentissage des langues étrangères à l’école.

Depuis plusieurs années, Nicolas Sarkozy travaille activement pour la jeunesse de notre pays dans ce sens. La mise en place de la loi LRU pour l’autonomie des Universités, le service civique et le développement des passerelles entre les universités et les grandes écoles ont permis un renforcement de la mobilité. Nicolas Sarkozy a également proposé la création d’une « banque de la jeunesse » pour financer des études ou des projets de création d’entreprise qui peuvent entièrement s’inscrire dans ce cadre.

Le Taurillon : Lors du dernier débat télévisé, votre candidat s’est explicitement opposé à une évolution de l’organisation de l’Union vers un type fédéral, ce maintien du statut quo et de la méthode inter-gouvernementaliste permettra-t-elle à l’Europe de sortir de la crise ? quelle est votre vision à long terme pour l’organisation politique de l’Europe ?

Xavier Fournier : Rappelons tout d’abord que dès son élection à la présidence de la République en 2007, Nicolas Sarkozy s’est attelé à négocier un nouveau traité pour sortir l’Union européenne de l’impasse institutionnelle dans laquelle elle avait été plongée par le refus de la France et des Pays-Bas de voter en faveur de la Constitution européenne. Cette volonté a donné naissance au traité de Lisbonne, véritable bouffée d’air pour les instances européennes.

De plus en plus de politiques sont maintenant gérées au niveau européen et le renforcement de la cohésion de l’Union est continuel : il ne faut cependant pas aller trop vite dans l’intégration. Nous devons nous atteler à renforcer la démocratie et la lisibilité des instances européennes : le Parlement européen doit, par exemple, obtenir l’initiative parlementaire pour renforcer son pouvoir et son influence ; les présidences du Conseil et de la Commission doivent être fusionnées comme l’a proposé le Commissaire Michel Barnier pour donner plus de lisibilité à l’Union européenne…

Les résultats des enquêtes d’opinion sur la popularité des institutions communautaires ou les résultats des référendums proposés dans de nombreux pays montrent une méfiance, parfois même une défiance vis-à-vis de l’Europe. Je pense que c’est par la mutualisation progressive de nos politiques que nous arriverons à renforcer l’Union européenne y compris d’un point de vue de l’organisation politique.

La construction européenne ne broie ni les peuples ni les identités : dans ce nouveau siècle, il faut considérer que face à des pays « continents » comme la Chine, l’Inde, les Etats-Unis, le Brésil… ce n’est qu’au niveau européen que nous pourrons exprimer notre voix : en 2050, plus aucun pays européen ne sera membre du G8, alors que l’Union européenne en sera un partenaire incontournable, puissant et actif.

Partisan d’une Europe fédérale, je soutiens fermement Nicolas Sarkozy qui, aussi bien dans son bilan que dans son projet, ne fait pas de l’Union européenne une question subsidiaire.

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