
Dans sa biographie officielle, il y est décrit comme un Homme de ’’forte personnalité’’ et un sportif émérite, connu pour son goût immodéré du hockey sur glace et ’’jouissant aujourd’hui d’une très forte côte de popularité dans son pays’’ (sic).
Le moins qu’on puisse donc dire d’un tel personnage, c’est décidément qu’il ne laisse pas indifférent…
Surnommé par certains de ses compatriotes biélorusses du doux terme affectueux de « batka » (papa), le Président biélorusse « Sacha » Loukachenko est néanmoins, aujourd’hui, mis au ban de l’Occident pour son autoritarisme, pour son contrôle unilatéral exercé sur les médias, pour son exercice autoritaire du pouvoir et pour son attitude arbitraire vis à vis de l’opposition.
Mais cet apparatchik et autocrate moustachu est aussi admiré par certains, dans son pays, pour son sens du maintien de l’ordre et pour avoir conservé presque intact un système économique étatisé à la soviétique. Et, en effet, tout chez le président bélarusse Loukachenko (le style, l’idéologie et la biographie…) vient rappeler qu’il a été (et reste…) un pur produit de l’ère soviétique. Et l’homme est à la fois haï - ou aimé - pour tout cela.
Né le 30 août 1954 dans le village de Kopys, près de la ville de Chklov (dans la province de Vitebsk, au nord-est de la Biélorussie), Aleksandre Grigorievitch Loukachenko a suivi des études d’histoire et sciences sociales (puis d’économie agro-industrielle), à l’Université de Moguilev (dans l’est de la Biélorussie).
Membre actif du Parti communiste de l’Union soviétique, il fait son service militaire (de 1975 à 1977) comme Commissaire politique dans le corps des garde-frontières soviétiques, à Brest-Litovsk : sur la frontière soviético-polonaise.
1990 : une entrée en politique fracassante
Parallèlement à sa carrière dans l’agriculture d’Etat, Loukachenko fera aussi une très rapide ascension au sein du parti communiste biélorusse : tout d’abord nommé (en 1987) en tant que dirigeant de plusieurs sovkhozes (i. e : fermes d’Etat) dans la région de Moguilev.
En 1990, il franchit enfin le pas et se lance définitivement en politique : se faisant élire au « Soviet suprême » (Parlement) de la Biélorussie soviétique où il dirigera avec efficacité (à partir de la fin 1993) une Commission parlementaire de lutte contre la corruption, n’hésitant pas à dénoncer les abus jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir…
Avec avoir occupé ce poste très en vue grâce auquel il se fait connaître par l’opinion, il saura profiter à merveille du désarroi d’une population déboussolée par l’éclatement de l’URSS (en 1991) pour accéder aux sommets du pouvoir, jouant à fond la carte nostalgique post-soviétique et promettant de s’en prendre enfin, efficacement, à la corruption.
Une popularité qu’il va asseoir dans les campagnes sur le maitient des structures collectives héritées de l’ancienne URSS et sur la méconnaissance flagrante des systèmes économiques pour l’immense majorité d’une population biélorusse violemment soumise aux chocs de l’après-soviétisme.
1994 : une élection de maréchal… soviétique
Et c’est sur cette ligne du ’’chevalier blanc’’ redresseur de torts aux postures viriles et au discours volontiers démagogique, voire populiste, qu’Aleksandre Loukachenko (le candidat ’’qui donne des ordres aux taux d’intérêts’’) se présentera aux élections présidentielles biélorusses de 1994.
Quasiment inconnu avant même le premier tour, Alexandre Loukachenko sera ainsi, en juillet 1994, triomphalement élu à la présidence de la Biélorussie avec plus de 80% des suffrages exprimés.
Mais, rapidement, l’opinion biélorusse allait se détacher de son nouveau président fraichement élu…
1996 : Un Président désormais fortement contesté
En effet, l’opposition accuse le président Loukachenko de vouloir saper l’identité du pays voire de vouloir brader son indépendance tout récemment acquise au profit de l’ancienne puissance tutélaire russe…
Et pour cause, puiqu’il s’avère effectivement que le président Loukachenko ne parle - dit-on - la langue biélorusse qu’avec d’extrêmes difficultés (et uniquement pour les ’’grandes occasions’’, lors des jours fériés…).
Visiblement bien plus fasciné par Moscou et par le souvenir ’’idéalisé’’ de l’ancienne Union soviétique d’autrefois, ce héraut de l’ ’’unité slave’’ s’est ainsi battu pour (référendum de mai 1995) élever le russe au rang de langue officielle en Biélorussie, obtenir le retour de certains symboles liés à l’époque soviétique (drapeau, armoiries, hymne…) et pousser les feux d’une intégration économique renforcée avec la Russie.
Ainsi, après de nombreuses déclarations à ce propos et la signature (en avril 1996) d’un accord bilatéral dit ’’Traité d’union’’ entre les deux pays (confirmé en avril 1997 puis en décembre 1998), on le soupçonne très fortement de vouloir instaurer une union de la Biélorussie avec la Russie : première étape devant préparer la voie à une éventuelle ’’réunification’’ entre les deux Etats (même si -de la part de Moscou elle même- l’éventualité symbolique de celle-ci reste plus qu’hypothétique…).
Depuis 1996 : la ’’guerre’’ du pouvoir avec l’opposition
Deux ans à peine après son accession aux affaires, le président Loukachenko voit donc sa politique extérieure vis à vis du grand voisin russe très fortement contestée par une alliance informelle conclue entre libéraux et nationalistes biélorusses.
Dès lors il doit donc faire face à de très nombreuses manifestations ’’monstres’’ de protestation rassemblant plusieurs milliers de manifestants contre cette politique ’’pro-russe’’ du pouvoir (en avril 1996, en octobre 1996 puis en octobre 1999, à Minsk) mais aussi contre une pratique du pouvoir de plus en plus autoritaire.
En effet, devant l’ampleur de la contestation Loukachenko fait passer en force des réformes lui permettant de renforcer son pouvoir présidentiel personnel, lui donnant (par exemple…) la possibilité de déclarer l’état d’urgence et de dissoudre le Parlement, d’intervenir dans le travail législatif, de convoquer à sa convenance des référendums ou de renvoyer, toujours à sa convenance, le chef du gouvernement (voire de prolonger son mandat de cinq ans, alors en cours, par deux nouvelles années supplémentaires…).
Soumis à l’approbation du peuple par référendum, ce scrutin du 24 novembre 1996, qui voit alors le « oui » l’emporter très largement (avec 70,5% des voix exprimées), sera - selon de multiples observateurs indépendants - entaché par une fraude massive.
Barbouzes ’’présidentiels’’ et escadrons de la mort
Pire, bientôt on découvre avec stupeur que plusieurs opposants politiques au régime (comme les Opposants Guennadi Karpenko et Viktor Gontchar) ont disparu dans des circonstances bien mystérieuses. L’opposition affirmant alors qu’ils ont été éliminés par des « escadrons de la mort » à la solde du pouvoir (ce que confirmeront d’ailleurs d’anciens responsables de la sécurité ayant fuis le pays, même si le chef de l’Etat dément tout…).
Ainsi, on citera le cas emblématique du journaliste et caméraman russe Dmitri Zawadski, mystérieusement disparu en juillet 2000.
Ou, plus récemment encore (en novembre 2005), on se remémorera le cas du journaliste Vassili Grodnikov, collaborateur du bien connu journal d’opposition ’’Narodnaïa Volia’’ retrouvé mort chez lui, le crâne fracassé et le corps couvert d’hématomes… (les enquêteurs officiels ayant conclu à une simple chute accidentelle pour abus d’alcool et le parquet de Minsk ayant, jusque là, obstinément refusé d’ouvrir une enquête plus poussée sur cette affaire…).
Gouvernant par oukases, l’opposition étant ainsi muselée, la presse et les médias ’’indépendants’’ étant systématiquement harcelés ou placés sous contrôle (et la justice, aux ordres…), le Président « Sacha » contrôle de toute façon ainsi tous les leviers du pouvoir.
Ainsi, visiblement inquiet à l’idée qu’une ’’révolution de couleur’’ sur le modèle ukrainien ou géorgien puisse conduire à son renversement, le président Loukachenko semble, depuis peu, vouloir vraiment tout faire pour durcir la législation biélorusse dans le sens d’une restriction drastique des libertés fondamentales.
Menaces sur les libertés, violations répétées des droits de l’Homme
Tout au long de la dernière année écoulée, le pouvoir biélorusse semble ainsi s’être acharné à réduire tourte forme d’opposition : réduisant la liberté de la presse par l’interdiction de nombreux titres (comme ’’Narodnaïa Volia’’, ’’Joda’’, ’’Solidarnasts’’, etc) ou s’en prenant violemment à la minorité polonaise de Biélorussie (percue par le pouvoir comme étant la ’’cinquième colonne’’ de l’Union européenne dans le pays…) et ce, notamment par l’arrestation de plusieurs dirigeants de l’association locale des Polonais, la « Fédération des Polonais de Biélorussie » (ZPB).
Dernier grand épisode en date attestant d’un tel durcissement des autorités biélorusses et de leurs atteintes aux libertés fondamentales, le récent vote par le parlement biélorusse (en décembre 2005) d’une loi prévoyant des peines de prison pour quiconque ’’nuirait aux intérêts nationaux’’ ou ’’porterait atteinte à l’image du pays’’.
Un texte dont l’une des conséquences est d’introduire désormais dans le code pénal biélorusse ainsi amendé la possibilité de, par exemple, condamner à des peines de prison (allant de six mois à trois ans) toute personne convaincue d’avoir ’’diffamé le pays’’ en présence d’étrangers ou d’avoir eut des contacts avec des Etats étrangers et/ou organisations internationales ’’au détriment de l’intégrité territoriale, de la sécurité et de la souveraineté de l’Etat’’.
Et c’est ainsi que le président Loukachenko n’a eut de cesse, ces dernières années et ces derniers mois, que de renforcer son pouvoir arbitraire. Obtenant même par référendum, en 2004, les pleins pouvoirs et la possibilité d’être réélu président sans aucune limitation de durée ni de mandat.
Isolement international
Ces très nombreuses affaires ont marqué, dès novembre 1996, le début de l’isolement international de « papa Loukachenko ». A la suite de quoi de très nombreuses voix se sont émues, dans l’opinion et dans la communauté internationales, d’une telle situation et de telles violations répétées des droits de l’homme.
Ainsi, en janvier 1997, la Biélorussie a été officiellement suspendue de son statut d’invité spécial du Conseil de l’Europe pour ’’non respect des principes de la démocratie’’. Ce qui sera suivi (en juin 1998) par le rappel ’’pour protestation’’ d’une vingtaine ambassadeurs étrangers.
Mais cela n’empêchera néanmoins finalement pas le président Loukachenko de réussir à se faire réélire - en septembre 2001 - à la présidence biélorusse, certes dans la contestation (avec près de 75,6% des voix au premier tour…) mais pour un second mandat de cinq ans…
Toutefois, les observateurs internationaux avaient alors émis de très sérieuses réserves quant à la validité du décompte des voix. Et l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et le Conseil de l’Europe ont même parlé de fraudes électorales massives.
Ce pourquoi, depuis novembre 2002, quatorze pays de l’Union européenne ont formellement interdit l’entrée de leur territoire au Président biélorusse.
Et, ce 19 mars 2006, le président Loukachenko brigue un nouveau mandat présidentiel de cinq ans. Or il paraît déjà clair que tant qu’un tel dictateur se maintiendra au pouvoir, seul maître à bord d’un pays aujourd’hui malheureux et à la dérive, la Biélorussie n’a décidément aucune chance d’avancer sur la voie de la liberté, de la démocratisation, ni de l’Europe…




