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Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

, par Marc-Antoine Coursaget

Le Parlement européen, nouveau lieu de villégiature des ministres en disgrâce. Après Rachida, voici donc Brice. Mais quid des deux sièges à pourvoir, issus du Traité de Lisbonne ? Eric Woerth, MAM ? Fleuron de la démocratie européenne, législateur aux côtés du Conseil, Le Parlement européen est le meilleur symbole de l’Union européenne. Un symbole trop souvent méprisé par les cadres politiques nationaux, en France notamment, par Brice Hortefeux aujourd’hui.

Auteurs

  • Ancien rédacteur en chef du Taurillon et membre du bureau national des Jeunes Européens-France.

L’ancien ministre de l’Intérieur, en appel de jugement pour injure raciale, réclame cyniquement un mandat d’eurodéputé qu’il a rejeté voici deux ans. Il ne s’agit évidemment que d’argent. On peut difficilement parler de vocation européenne pour Brice Hortefeux.

Brice Hortefeux ne siégera pas à Strasbourg, titrait lemonde.fr le 8 juin 2009. Troisième de liste pour les élections européennes et sillonnant l’Auvergne avec les régionales de 2010 en tête, le ministre du travail ne songeait vraiment pas retourner à Strasbourg.

Il fut pourtant élu, bien malgré lui. « les candidats de la Majorité Présidentielle s’engagent à être présents au Parlement européen à Strasbourg et à Bruxelles » avait promis l’UMP. Ennuyé, Brice Hortefeux se décrivit alors « victime » de son succès.

Bref, une dérogation présidentielle plus tard, le ministre se débarrassait d’une promesse de campagne gênante et d’un mandat encombrant, en faveur de la quatrième de liste Catherine Soullie, aujourd’hui sur la sellette.

Brice Hortefeux a renoncé à son mandat en 2009 !

Brice Hortefeux a été élu démocratiquement. Le fait qu’il a été et qu’il sera de nouveau un mauvais député européen n’est pas un argument en soi. Qu’en 6 ans et deux mandats il n’ait jamais rédigé la moindre déclaration écrite, pas été rapporteur une seule fois, prouve son désintérêt complet pour une fonction chargée d’arrondir ses fins de mois – de 7000 euros, sans parler des frais de déplacement, de logement, des 21000 euros mensuels pour ses collaborateurs, etc. C’est odieux, mais c’est comme ça. « Allez poser votre question à Marine Le Pen, eurosceptique et pourtant eurodéputée ! », vous répondrait l’eurodéputée PPE Françoise Grossetête.

Mais contrairement à Marine et Jean-Marie, Brice Hortefeux a immédiatement renoncé à son mandat. Ce qui pose problème aujourd’hui : n’ayant jamais siégé, il ne peut pas réclamer de mandat. Mais pourquoi diable n’avoir pas endossé brièvement l’habit européen, ne serait-ce qu’une seule journée, comme cet eurodéputé belge avant lui ? Par respect pour ses électeurs, le ministre n’aurait-il pas dû siéger une fois, par principe ? Sa précipitation visant à se défaire de ce mandat européen s’explique simplement : il avait promis, avec tout son parti, de siéger s’il était élu. Sa défense : élu par erreur, « victime de son succès ».

L’imbroglio juridique actuel est donc entièrement justifié. Brice Hortefeux n’a jamais siégé et n’a donc pas été représentant du Parlement européen sous la présente législature. C’est à ce prix qu’il a pu rester au gouvernement, faisant mentir son parti, se rendant discrètement coupable d’un mensonge électoral.

Le Parlement européen n’est pas une garderie politique !

La prétention de Brice Hortefeux à un mandat européen est illégitime et illégale. Mais l’obstacle est surmontable. Comment aurait-il pu siéger le 14 juillet, jour de fête nationale ! Un mot d’excuses présidentiel suffira.

Disgrâce présidentielle, CV falsifié, lapsus grivois, eurodéputé malgré lui, a priori tout rapproche Brice Hortefeux de Rachida Dati. En fait non. Elle l’appelle « gros raciste », et lui… On préfère ne pas savoir. Si Hortefeux n’est plus au gouvernement, ni en passe de devenir conseiller de Nicolas Sarkozy, c’est en partie le résultat de ses dérapages racistes (1, 2, 3, 4, 5), et de ses deux condamnations, pour injure raciale, et pour atteinte à la présomption d’innocence, toutes deux en appel. Ecarté du gouvernement et de l’Elysée, l’auteur de la circulaire visant les Roms serait encore bon pour le Parlement européen. Beau symbole…

Eurodéputé six ans, Brice Hortefeux n’a pas fait grand-chose de son premier mandat, peu présent, se fendant d’une question parlementaire tous les trois mois, ne proposant rien, distingué en 2004 – avec de nombreux français – par les Amis de la Terre Europe pour ses prises de position contre des avancées en matière de santé et d’environnement. S’il récupère un mandat, ce n’est pas pour parler d’Europe : le revenu suffira. Son temps est déjà pris par l’UMP et la préparation des élections présidentielles. Dans un an à peine, lors des élections législatives françaises, il briguera un mandat national. Le mandat européen n’est qu’une transition, le temps que ses affaires judiciaires se tassent.

Le problème d’Hortefeux, c’est qu’il n’est pas le seul, à ne rien voir d’autre dans un mandat européen qu’une rente et un passe-droit, dans une ambition exclusivement nationale. Ils sont plusieurs, à droite comme à gauche, ayant pour seul horizon 2012 et les Présidentielles.

Ils utilisent leur mandat comme un pavillon de complaisance, s’octroyant légitimité, revenu, collaborateurs, décrédibilisant le travail difficile d’une majorité de leurs pairs. Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes…

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Vos commentaires

  • Le 10 mars 2011 à 07:58, par Valéry En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    Bravo pour cet excellent article et ta vigilance.

    Quand on démissionne on est plus député et on est remplacé par la personne suivante sur la liste. Si cette dernière devait se retirer c’est la personne suivante qui à nouveau prendrait sa place. Espérer contourner cette règle me semble hallucinant.

    Naturellement le gouvernement UMP a fait passer en France dans la dernière réforme constitutionnelle le droit à un parachute doré permettant aux ministres virés e retrouver le mandat de député qu’ils auraient abandonnés pour entrer au gouvernement, revenant sur l’une des rares innovations positives de la Ve République.

    Encore une fois j’observe que la saine réaction de Daniel Cohn-Bendit qui dénonce une tentative « absolument scandaleuse » d’organiser « un emploi fictif » confirme qu’il est l’un des élus français les plus indispensables du Parlement européen.

  • Le 10 mars 2011 à 09:18, par Cédric En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    Bravo pour cet article !

  • Le 10 mars 2011 à 09:28, par HR En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    @ Valéry

    Tout ceci est une conséquence du mode antidémocratique des élections des députés au parlement européen.

    Et saluer le rôle de daniel Cohn-Bendit ! Alors qu’il est l’exemple même de ce que dénonce l’article. Il a vu la « fenêtre d’opportunité » qui s’offrait à lui en France. Son mandat de député européen, acquis grâce à la manoeuvre politique de la création d’Europe Ecologie, lui a servi principalement à intervenir dans la débat franco-français. D’abord avec les élections régionales, puis avec la manoeuvre politicienne qui consiste à piloter la candidature d’Eva Joly en 2012 pour s’offrir son dernier grand tour de piste devant les caméras avec la campagne présidentielle où il sera un des principaux ténors.

    Il faut en finir avec les élections anti-démocratiques en Union Européenne où nous avons l choix entre deux modes d’élections : quand la candidature est individuelle, (président de la Commission), il n’y a qu’un seul candidat. Quand il s’agit d’élire les représentants des citoyens, on interdit les candidatures individuelles, le meilleur moyen qu’a trouvé l’héritage de l’Ancien Régime et du nationalisme pour combattre le démocratie en Europe.

  • Le 10 mars 2011 à 09:39, par HR En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    @ Marc-Antoine Coursaget

    Ce n’est qu’indirectement que les électeurs élisent les députés européens. Fondamentalement, ce sont les bureaucraties des partis politiques qui désignent les gens qui seront députés européens. Ce que vous décrivez avec Brice Hortefeux en est l’exemple même.

    Le mandat de député européen, pour un parti politique national, c’est véritablement un « emploi fictif ». Tout le monde sait que Sarkozy, grâce à son poids politique, a toujours réussi à faire élire son second au parlement européen pour lui procurer un revenu, un fief, un bénéfice, pour reprendre les termes corrects de cet héritage de l’Ancien Régime. Ce fief, ce bénéfice permettant à Brice Hortefeux de servir la carrière politique de Sarkozy en retour.

    C’est le cas de l’immense majorité des députés européens. Le parlement européen, c’est ça, et c’est tout. C’est ce qui explique l’échec du traité de Lisbonne avec les espoirs qu’avaient placé en lui les fédéralistes.

  • Le 10 mars 2011 à 20:09, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    @HR : naturellement je ne suis absolumentpas d’accord. La politique est un sport collectif, le principe d’une candidature individuelle est absurde quand il s’agit délire une assemblée, il est scandaleux quand il consiste en un système électoral venant fermer la porte des assemblées aux représentants 60% de l’électorat en construisant artificiellement la confiscation du pouvoir par deux partis.

    Quand à Daniel, c’est celui qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas et remet à sa place nos gouvernants timorés et hypocrites. Il donne un sens à son mandat. Il en faut beaucoup plus comme lui.

  • Le 11 mars 2011 à 09:16, par HR En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    « la confiscation du pouvoir par deux partis. »

    @ Valéry

    Au moins, on se trouve ainsi clairement de part et d’autres de ce que signifie démocratie. Vous continuez l’héritage de la conception de l’Ancien Régime de ce qu’est un parti : des dirigeants, souvent autoproclamés, qui désignent eux-mêmes, souvent, les candidats aux élections, dans le but de défendre les intérêts d’un ordre, d’une corporation, d’une caste, bref d’un « parti » tel qu’on le concevait dans l’Ancien Régime. Il est donc naturel que pour vous, on ne vote pas pour un candidat, mais pour un parti.
    - « Avez-vous renversé le parti huguenot, que j’avais affaibli ? » (Fénelon, Dialogues des morts).

    Ce n’est pas ça la démocratie, notamment à l’intérieur du parti. Par exemple je considère le Modem, dont le seul programme est, un : porter Bayrou à sa présidence. deux : porter la candidature de Bayrou à la présidentielle de 2012, comme un parti profondément anti-démocratique, totalitaire. Jean-Luc Mélenchon, qui ne pouvait qu’être « élu » au parlement européen, est un autre exemple.

    Pour moi un parti n’est pas une organisation où les chefs imposent leurs point de vue à leurs membres, y compris leurs élus ou leurs candidats. Que dire par exemple du député européen Henri Weber, imposé en tête de liste du PS à la Région Centre, alors que tout le monde sait que l’électorat de gauche n’en voulait pas. Que dire de la présence de Rachida Dati en tête de liste UMP aux élections européennes, et donc élue avant même que les élections aient lieu.

    Or, c’est ça que « représente » le parlement européen. La grande majorité des citoyens européens, eux, sont très très loin de tout ça.

    On voit le résultat aujourd’hui, avec notre députée européenne emblématique Marine le Pen, parce qu’elle représente un « parti », devenue députée par la grâce de cette élection antidémocratique. Alors qu’aucune des 74 circonscriptions à population égale pour des élections européennes démocratiques en France n’en voudraient pour les représenter.

    On voit aussi la conséquence de cette conception antidémocratique de la politique, où on aura en France la honte d’une candidate néo-fasciste en position d’être élue présidente de la République. Pourquoi ? Parce que les innombrables « partis », avec leurs camarillas de « chefs, responsables, secrétaires généraux, présidents » et autres titres qu’on donne aujourd’hui à cet héritage des apannages, fiefs, et autres bénéfices de l’Ancien Régime, refusent catégoriquement, à droite comme à gauche, d’organiser des primaires générales auprès des électeurs de droite comme de gauche pour désigner le candidat de droite et de gauche qui représente la majorité de son électorat.

    Résultat ? Le vrai pouvoir, en Europe, notamment le seul pouvoir qui conditionne tous les autres, le pouvoir sur la force armée, est « confisqué » en Europe alternativement par « deux partis » démocratiques, le Parti Républicain et le Parti... Démocrate.

    Bravo.

    Aux frontières sud de l’Union Européenne, dans cette période où tous les espoirs mais aussi tous les dangers sont présents, des opérations militaires sont déjà en cours.

    Il ne restera plus qu’à faire comme si elles avaient été décidées « démocratiquement » par les Européens.

  • Le 15 mars 2011 à 15:50, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    ça y est, cette misérable manoeuvre a démarré : Catherine Soullie a démissionné de son poste de députée européenne pour permettre à Brice Hortefeux de s’installer à sa place nous informe @quatremer : http://twitter.com/quatremer/status/47671104646553601

  • Le 12 juillet 2011 à 21:46, par IG En réponse à : Carton rouge à Brice Hortefeux : « député européen » n’est pas une rente ni un passe-droit !

    Je trouve injuste ce tabassage. Quand à son prétendu racisme, vous ne savez pas ce que c’est le racisme : ce sont des injures, des humiliations, de la délation, les incitations à la haine... . On voit bien aujourd’hui que les révolutions « démocratiques » confirment que la supériorié du grand nombre. n’est pas un atout :

    B.Hortefeux s’impliquait avant le NON des français qui nous met tant dans l’embarras aujourd’hui. Et je me souviens bien qu’il a bien été question d’une cooptation, Je ne vois rien d’anormal à cela. c’est vrai que la place est chère pour les jeunes loups !

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