
Suite à la réception récente de quelques courriels enflammés sans doute plus amusants que réfléchis (et parfois plus bêtes que méchants…), nous rappellons tout d’abord à nos éventuels lecteurs que la rubrique ’’Carton rouge’’ du webzine « Taurillon » n’a bien évidemment pas pour objet de demander arbitrairement l’exclusion de la vie politique des personnes ainsi ’’stigmatisées’’ par le dit ’’carton’’. Mais juste à manifester et signifier notre simple désaccord politique avec la dîte personne (et rien de plus…).
Et ce, de façon aussi fondée que possible et pour des raisons politiques précises, détaillées et argumentées que nous estimons être -nous aussi- en droit d’exposer librement sur la scène publique dans le cadre d’un débat toujours courtois, mais aussi libre et -bien évidemment- pluraliste.
Une fois cela dit, autant passer aux choses sérieuses.
En effet, nous tenons donc à manifester ici notre profond désaccord politique avec M. Lech Kaczynski, Président de la République de Pologne depuis les élections d’octobre dernier.
De très nombreux motifs de désaccords :
En effet, il y a de nombreuses ’’petites choses’’ pour lesquelles nous sommes aujourd’hui en profond désaccord politique avec le nouveau résident du Palais du Belweder.
Ainsi, nous aurions très bien pu évoquer l’alliance électorale récemment conclue par le parti de Lech Kaczynski (PiS / ’’Droit et Justice’’ / Droite conservatrice) avec des partis politiques cléricaux ultra-catholiques et populistes nationalistes LZPR (’’Ligue des familles polonaises’’) et Samoobrona (’’Autodéfense’’) dont les dirigeants (les hommes politiques Roman Giertych et Andrzej Lepper) s’affirment eux-mêmes ouvertement eurosceptiques et national-souverainistes, viscéralement hostiles à tout éventuel projet d’intégration politique européenne.
Une Alliance électorale qui semble aujourd’hui ouvrir la voie à la mise en place d’une nouvelle ’’IVe République polonaise’’ d’Ordre moral, fondée sur un Etat fort et au service -unilatéral- des seules valeurs chrétiennes et traditionnelles les plus conservatrices. Une alliance parlementaire qui a récemment fait l’objet d’un article de la part de nos amis et partenaires des « Euros du village » (document publié dans nos colonnes, ce lundi 20 février 2006…).
Mais, sans même parler de ces projets d’orientation politique strictement intérieure, ce n’est malheureusement pas tout ce que nous pourrions éventuellement reprocher au nouveau président polonais comme en témoigne sa récente proposition de campagne électorale de rétablir la peine de mort en Pologne.
Nationalisme, Populisme, Germanophobie, Russophobie, etc
Des propos populistes et excessifs de surrenchère électoraliste qui l’ont aussi conduit à de très nombreuses déclarations publiques empreintes de germanophobie et de russophobie.
Instrumentalisant ainsi les souvenirs douloureux et mal cicatricés de la seconde guerre mondiale (allant jusqu’à évoquer la possibilité de demander à l’Allemagne libérale, pacifique et démocratique d’aujourd’hui de nouvelles réparations de guerre pour la destruction partielle de Varsovie, pendant le conflit…). Et jouant pareillement avec la crainte infondée de quelque hypothétique ’’droit au retour’’ (cause de quelque nouvelle spéculation foncière et immobiliaire…) pour les descendants des anciens résidants germanophones de Silésie et de Poméranie.
Quand il ne s’agit pas d’actes ou de propos ouvertement homophobes (puisque l’homosexualité étant, à ses yeux, ’’contraire à la nature’’, sic…). Par exemple, on se rappellera qu’au printemps dernier, en tant que Maire de Varsovie, il avait alors pris sur lui d’imposer en tant que premier édile de la ville la décision arbitraire - et pas franchement très libérale, on voudra bien en convenir - de faire interdire la ’’Gay pride’’ alors pourtant prévue de longue date. Et l’on aurait aussi pu évoquer les récents et ridicules propos échangés sur l’éventuelle interdiction de la fête ’’non-chrétienne’’ d’Halloween !
Bref : autant de propos démagogiques et populistes où on l’aura vu - par pure stratégie politicienne - exploiter les peurs, attiser les tensions, diviser pour régner et spéculer sur les rancoeurs : pour se hisser ainsi plus facilement jusqu’au sommet du pouvoir.
De nombreux propos eurosceptiques :
Mais aussi, sans même parler de tout cela, nous pourrions très bien adresser l’un de nos fameux cartons rouges à M. Lech Kaczynski. Ne serait-ce que pour son Euroscepticisme déclaré, tout récemment encore exprimé.
En effet, lors d’un sommet ’’polono-tchèque’’ qui s’est récemment tenu à Prague, ce vendredi 17 février 2006, les présidents de la République tchèque et de la Pologne ont souhaité -à l’occasion d’une conférence de presse commune- que l’Union européenne élabore un nouveau projet de Constitution qui soit en fait plus conforme à leurs aspirations que l’actuel TCE encore en discussion ici ou là (la Belgique et l’Estonie ayant finalement adopté ce document, ces tous derniers jours…).
Lors de cette fameuse conférence de presse, le Président tchèque Vaclav Klaus (dont nous avions déjà parlé lors d’un ’’carton rouge’’ précédant…) avait déclaré à propos du TCE : « Aucun d’entre nous n’est un fan de ce document ». Soulignant qu’après son rejet dans les référendums aux Pays-Bas et en France on devrait finalement le remplacer par un autre document. Et plaidant alors pour - qu’à la place du TCE - soit élaboré un nouveau texte qui « définisse mieux, et de façon plus réfléchie, l’avenir du continent européen ». Et Lech Kaczynski alors de surrenchérir ainsi qu’ « Il est nécessaire de commencer à travailler sur un nouveau projet, et plus tôt sera-t-il prêt, mieux ce sera ».
Jusque là apparemment rien de bien grave en l’occurrence, sauf si l’on se penche attentivement sur les propos des deux présidents tchèques et polonais : propos hostiles par principe à toute union européenne un temps soit peu supranationale. Et qui vont tous, malheureusement, dans un sens bien évidemment eurosceptique et antifédéraliste, bien entendu…
Haro sur le TCE !
En effet, le Président polonais a alors émis l’opinion comme quoi le TCE était une idée beaucoup trop avant-gardiste pour notre temps (puisque se référant à une communauté politique européenne à ses yeux inexistante, voire non souhaitable…).
De même, le Président polonais a pareillement déploré le fait qu’avec ce TCE, risquait d’être mise en place une structure supranationale dont il a cherché à souligner le caractère prétendument despotique en la qualifiant de ’’super Etat’’ (puisque projet politique imposant aux citoyens beaucoup plus d’intégration qu’ils ne sauraient jamais être en état d’accepter…).
Enfin, quitte à parler d’intégration européenne, juste souligner que le Président polonais ne semble l’envisager que dans certains domaines limités mais qu’il juge lui-même secondaires (comme une éventuelle politique commune de l’énergie ou de la recherche scientifique, par exemple).
Préconisant ainsi la mise en place d’une ’’Europe à la carte’’ où l’Union européenne n’aurait plus guère que des compétences extrémement limitées et serait mise à la remorque d’Etats membres gardant en fait toutes cartes en main (et, bien entendu, toute souveraineté…) sur l’essentiel des sujets jugés par eux seuls comme étant les plus importants.
Des raisons très claires et très précises d’être -donc- en désaccord :
Bref, il nous a semblé juste et fondé de ’’décerner’’ un nouvel exemplaire de nos cartons rouges aux actuels dirigeants tchèques et polonais en général (et aux présidents Vaclav Klaus et Lech Kaczynski en tout particulier, donc…).
La proximité des vues des deux chefs d’Etat est en effet évidente : non seulement ils partagent visiblement une même attitude critique vis-à-vis de la forme actuelle de l’intégration européenne mais aussi ils estiment que le projet de Traité constitutionnel pour l’Europe menace la souveraineté bien entendu ’’spirituellement supérieure’’ et bien évidemment ’’inaliénable’’ de leur pays.
Un carton rouge qui se justifie donc de notre point de vue pour la simple et bonne raison que MM Vaclav Klaus et Lech Kaczynski nous semblent désormais décidément être tous deux sur la même longueur d’ondes pour, tentant de tirer parti des « NON » français et néerlandais à la Constitution (et faute de plan B…), nous proposer aujourd’hui quelques nouveaux plans « D » ou « R » : avec un D comme démantèlement (ou déconstruction, européenne), voire avec un R, comme recul (ou régression, historique…).




