Le 31 mars est paru le livre de Nicolas Dupont-Aignan : « L’arnaque du siècle ». Derrière ce titre tapageur c’est encore une fois l’euro qui est visé. Encore une fois, parce que l’homme n’en est pas à son premier fait d’armes.

Nicolas Dupont-Aignan déchirait déjà il y a quelques mois un faux billet géant de 10 euros dans l’un de ses meetings. Député de l’Essonne, NDA (pour les intimes et partisans) a quitté l’UMP en janvier 2007 pour fonder son propre parti, Debout la République. Il a annoncé dès cet été qu’il serait candidat pour la présidentielle en 2012. Ses idées ? Un euroscepticisme à donner froid dans le dos.

Du souverainisme au nationalisme il n’y a qu’un pas

Un petit tour sur son blog et c’est la crise cardiaque assurée pour tout europhile qui se respecte. Florilège d’articles aux titres plus provocateurs les uns que les autres : « Retraites et création monétaire : vers la dictature », « Pour les Chinois Trichet c’est gagné ».

Les articles quant à eux regorgent de raccourcis, le député y évoque une « fermeture de la Maison France », « une fusion avec l’Allemagne », prône « un retour à la souveraineté monétaire ». Et ce n’est pas tout : NDA s’est actuellement lancé dans un « tour de France de la sortie de l’euro » et propose sur son site de signer la pétition « L’euro tue » qui reprend la typographie bien connue des paquets de cigarettes.

Défendre à ce point la souveraineté, la République, diaboliser l’Europe. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Oui, ses idées sont très proches de celles de Marine Le Pen et du FN. Quand on l’interroge sur la question, NDA répond que, certes, les idées sont proches, mais que, contrairement aux frontistes, il veut rassembler les français et non pas les diviser. Du souverainisme au nationalisme, il n’y a qu’un pas.

Un étendard : la sortie de l’euro

Pour Dupont-Aignan, l’euro est à l’origine de tous les maux, : de la vie chère, des délocalisations, du chômage, de la misère et de la pauvreté… Pourquoi ne pas ajouter le SIDA et le réchauffement climatique aux conséquences dramatiques qu’engendrerait « ce poison qu’est l’euro » ?

Mais les pays qui n’ont pas la monnaie unique ne sont-ils pas tout autant empêtrés dans cette crise ? Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne n’explique-t-il pas que le responsable n’est pas l’euro mais l’absence de mise en œuvre des objectifs budgétaires ?

Ceci dit, l’idée est à la mode. Difficile d’écouter un débat entre économistes sans qu’il y soit évoqué un retour à la « souveraineté monétaire. » Selon une étude IFOP réalisée en début d’année, près de 70% des Français regrettent ce bon vieux franc.

Après tout, c’est cela une campagne électorale : choisir une idée choc qui rassemble, y ajouter dans le cas présent un soupçon de démagogie et une pincée de provocation. Ne reste plus qu’à distribuer les tracts et coller les affiches. Sans oublier les 500 parrainages d’élus pour être candidat à la présidentielle… Nicolas Dupont-Aignan n’avait pas réussi à réunir le nombre requis de signatures en 2007.

Que serions-nous sans l’euro ?

Sortir de l’euro, l’idée séduit parce que beaucoup de personnes convertissent encore en francs et se rendent compte que « le coût de la vie a augmenté ». L’idée séduit parce qu’on a l’impression de « payer pour les Grecs et les Irlandais.

Pourtant, l’euro a sans doute permis aux pays concernés d’être un peu épargnés dans cette crise. Au commencement était Maastricht et la volonté des États membres de se contrôler les uns les autres. Les économies européennes sont très liées dans l’UE du fait du Marché unique. Créer une monnaie unique c’était faire le constat de ce lien et choisir d’être capable de se contrôler les uns les autres.

C’était aussi l’idée d’une facilitation des échanges, et de rendre le marché unique effectif. Tuer l’euro, ce serait tuer l’UE. Derrière cette proposition, plusieurs implications pratiques également. « L’addition serait salée » comme le révèle The Economist. Réintroduire une monnaie nationale présenterait un défi technique considérable. Refaire tourner la « planche à billet », reprogrammer les ordinateurs et les distributeurs automatiques. ..

Au-delà de ces considérations, c’est grâce à l’UE que les États ont pu venir en aide à la Grèce, à l’Irlande. Et c’est l’UE que la France sera contente de trouver si elle connaît un sort commun à celui de ces deux pays.

M. Dupont-Aignan a déchiré un billet de 10 euros. Sans doute un hommage à Serge Gainsbourg. Son programme fait peur, comme tous les programmes démagogiques. Sortir de l’euro et revenir au franc n’est pas seulement réactionnaire, c’est aussi très risqué. Derrière les phrases choc et les actions médiatiques, la faiblesse des idées. N’est pas Gainsbourg qui veut.