Revenant très rapidement, à nouveau, sur ce communiqué de presse du MPF du 03 octobre dernier, je me permets d’émettre à nouveau les petites remarques suivantes.
’’Si la Turquie entre dans l’UE, la France devra quitter l’Europe"
> Quand M. De Villiers et le MPF disent cela, qu’est-ce à dire ? Que la Turquie serait donc ’’intraséquement’’ et ’’ad vitam aeternam’’ complètement imperméable aux valeurs politiques aujourd’hui portées par la construction européennes ?
Qu’est-ce à dire ? Que la Société turque serait donc, jusqu’à la fin des temps, incapable d’aspirations démocratiques véritables et authentiques ? (Et serait donc incapable d’authentiques efforts pour parvenir à, et essayer de, réaliser de telles aspirations ?).
Qu’est-ce à dire ? Que, selon M. De Villiers, les autorités politiques de l’Union européenne d’aujourd’hui seraient donc prêtes à renier des pans entiers de l’acquis communautaire actuel (en particulier : les fameux critères de Copenhague…) pour accepter sciemment en leur sein un Etat dont ils admettraient finalement qu’il ne remplisse pas les fameux critères susmentionnés ? (mais que ce ne serait alors finalement pas si grave ni si important que cela ?…).
Philippe de Villiers a estimé que si la Turquie entrait dans l’Union européenne, il faudrait que la France « quitte l’Europe », lundi alors que l’ouverture des négociations est officiellement programmée ce jour.
> Qu’est-ce à dire ? Que la Turquie entrant dans l’Europe serait donc, forcément et nécessairement, un Etat tellement anti-démocratique (au point d’en modifier jusqu’à la substance même de l’Union…). Et ce, à un tel point que la France ne s’y sentirait forcément alors plus du tout chez elle ?
Selon Philippe de Villiers, interrogé sur LCI, si la Turquie commence ses négociations avec l’Union européenne, « le processus sera très difficilement réversible, sauf un acte politique majeur ».
> Et/ou sauf catastrophe majeure chez nous… (ou en Turquie…). Catastrophes qui ne seraient en tout cas souhaitables pour personne. Et ce, pas même au MPF, j’ose l’espérer…
D’ailleurs, pouvoir vouloir donc rendre à ce point ’’réversible’’ (sic) un processus qui ouvre la porte à une éventuelle plus grande démocratisation de la vie politique (et de la société) turque d’aujourd’hui ?
« Le prochain président de la République devra, en tout cas c’est mon programme présidentiel, être très clair : »si la Turquie entre dans l’Union européenne, la France devra quitter l’Europe parce que ce ne sera plus l’Europe", a-t-il ajouté.
> J’y mettrais là volontiers les mêmes remarques que précédemment…
Le président du MPF a indiqué ne pas croire à une consultation des Français avant une éventuelle adhésion de la Turquie. « Un référendum dans dix ans, dans quinze ans, ce n’est pas jouable, ce n’est pas correct. C’est impossible, ce n’est pas diplomatiquement et démocratiquement raisonnable ».
> A ceci, je me permettrais juste de répondre que le dit référendum sur l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne (effectivement dans dix ou quinze ans…) n’est, depuis le 1er Mars dernier, pas une seule ’’option’’ à prendre (ou pas) dans un jeu politique institutionnel français qui serait si ’’souple’’ que cela.
En effet, depuis la réforme de la Constitution française en date du 1er mars derniers (i. e : Loi constitutionnelle n°2005-2004 du 1er Mars 2005) (texte de Loi disponible à l’adresse internet suivante : http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/c2005web.htm#2) modifiant de façon substantielle le Titre XV de notre Constitution de 1958, consacré aux questions européennes (et notamment, ici, les Articles 88-5 et 88-7…), il s’avère que la tenue du référendum en question n’est pas seulement un éventuel choix possible (dans un vaste choix ’’éventail’’ d’éventuels choix encore possibles…) mais bel et bien une très stricte obligation légale.
(Et ce, à moins que notre Constitution ne soit à nouveau ’’retoquée’’ d’ici là…).
Donc la question n’est pas ici de ’’croire’’ (sic) ou de ne pas ’’croire’’ (resic), comme M. De Villiers, à la tenue de ce futur référendum ; mais bel et bien d’en admettre -aujourd’hui- le caractère strictement légal et strictement obligatoire dans le seul et strict contexte légal et juridique actuel.
Quant à dire que la tenue de ce référendum ne serait pas ’’diplomatiquement et démocratiquement raisonnable’’ (sic), que veut-on donc dire par là du côté du MPF ?
Car s’il s’agit de dire que la tenue d’une telle procédure (à laquelle le peuple français répondrait éventuellement par la négative…) provoquerait alors une crise grave dans les relations franco-turques (ou européano-turques…), ce n’est vraiment pas la peine d’imaginer une telle crise ’’affective’’ pour dans dix ou quinze ans…
Car c’est bel et bien aujourd’hui et maintenant que se produit cette fameuse ’’crise affective’’ entre Turquie, France et Europe !
Car les Turcs d’aujourd’hui qui aspirent sincèrement à rejoindre notre Union et sa modernité politique ne comprennent vraiment pas pourquoi ils sont ainsi rejetés, aujourd’hui, par certains d’entre nous au nom de la survivance, chez eux, d’un modèle politique qu’ils savent obsolète, qu’ils jugent eux-mêmes dépassé et qu’ils rejettent sincèrement (pour essayer de rejoindre le nôtre…).
Quant à estimer que le contexte politique (et/ou d’éventuelles pressions politiques de toutes formes…) suggeraient alors ’’très fortement’’ aux français de dire Oui à l’entrée dans l’Union de n’importe quel Etat turc (même non démocratique…), je pense -de même- que c’est là une vision là encore excessive sinon malhonnête du problème.
Puisque j’ai le sentiment que jamais rien, ni personne, n’empêchera jamais aux français de voter sur cette question en leur âme et conscience (dans le secret de l’isoloir…).
Puisque j’ai le sentiment que rien n’empêchera jamais les français de bien vouloir tendre la main ou même rejeter (peut-être injustement) une Turquie qui attend de nous, aujourd’hui, sans doute bien autre chose de notre part.
Puisque, même dans le pire des cas, j’ai le sentiment que rien n’empêchera jamais les français de faire alors, peut-être, l’une des pires bêtises qui soit encore possible de faire en rejetant une Turquie en chemin vers ce progrès politique que, malgré tout, nous incarnons encore à ses yeux.
Puisque j’ai le sentiment que rien n’empêchera jamais les français de dire NON, s’ils voulaient vraiment absolument dire NON. Et ce, même s’ils devaient -par la suite- finalement admettre qu’ils se sont peut-être trompés…
Et, à ce titre, regardez juste ce qu’il s’est effectivement passé chez nous, ne serait-ce que le 29 mai dernier, à l’appel -entre autres- d’un certain Philippe de Villiers…
Ronan BLAISE (JE / Rouen)
Voir en ligne : Loi constitutionnelle n°2005-2004 du 1er Mars 2005
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