Carton rouge à la nouvelle « Constitution » hongroise

, par Waël Salem

Carton rouge à la nouvelle « Constitution » hongroise

Le Gouvernement de M. Viktor Orban, le Premier Ministre hongrois, s’était déjà illustré il y a peu en parvenant à museler la presse. Après un tel succès, il était impensable de s’arrêter en si bon chemin.

Ainsi, le 18 avril dernier, c’est la Constitution du pays qui a cédé sous les coups de boutoir réactionnaires de M. Orban. Et c’est comme si la remplaçante matérialisait, cristallisait l’inquiétante poussée dont les extrêmes droites européennes jouissent actuellement.

Viktor Orban : ou le populisme réactionnaire élevé au rang de norme suprême

Ce funeste texte pose ainsi les bases d’un nouveau nationalisme hongrois qui dépasserait le cadre des frontières de l’Etat, en ayant vocation à intégrer à la Nation hongroise les ethnies hongroises résidant dans les pays limitrophes, remettant en cause la souveraineté de ces Etats ainsi que l’essence même du fédéralisme européen, conçu entre autres pour faire barrage à ces mouvements nationalistes porteurs des germes de la guerre.

Ces velléités panhongroises s’accompagnent d’une glorification des racines chrétiennes de la Nation hongroise. Et s’il serait malvenu de tenter d’imposer à nos voisins européens une conception somme toute très française de la laïcité, il convient néanmoins de faire remarquer qu’un tel rappel religieux exclut de facto athées et fidèles d’autres religions. Or c’est de la Constitution d’un Etat dont il s’agit là, et il est inacceptable pour un régime qui se veut démocratique de s’enorgueillir de telles discriminations, a fortiori au niveau de la norme suprême qui a vocation à le régir tout entier. Et comme pour confirmer cette tendance à l’exaltation chrétienne, la protection du foetus « dès sa conception » est élevé au rang de norme constitutionnelle. Le message est on ne peut plus clair : les jours du droit à l’avortement sont comptés. Rappelons que nous sommes en 2011. Et en Europe.

Où l’on foule du pied l’idéal démocratique européen

Mais bien plus préoccupant encore, cette nouvelle Constitution introduit au plus haut niveau du dispositif législatif hongrois moult atteintes à la démocratie. Et non des moindres. Ainsi, sans vouloir être exhaustif, l’indépendance de la Justice se trouve menacée, tandis que la Cour constitutionnelle elle-même voit sa compétence amputée en matière économique et sociale.

Trois des médiateurs de l’Etat hongrois – respectivement dévolus à la protection des générations futures, des minorités ethniques et des données personnelles – disparaissent purement et simplement de la Constitution, laissant le champ libre au pouvoir exécutif dans des domaines qui n’ont rien de neutre.

Afin de garantir la pérennité des nominations entreprises par M.Orban, même en cas d’alternance politique, la durée des mandats des dirigeants de la plupart des institutions de l’Etat se voit rehaussée à 9 ans – voire à 12 ans pour certains postes – le Premier Ministre actuel s’assurant ainsi de limiter au maximum les pouvoirs d’un éventuel successeur.

Enfin – et c’est peut-être le plus grave – cette nouvelle Constitution prévoit que le Conseil monétaire de la Banque Centrale puisse dissoudre le Parlement dans les cas où ce dernier tarderait trop à voter le budget. On se retrouve ainsi dans une situation où le législateur, qui tire sa légitimité du peuple via les élections, serait incapable de défendre sa position en matière budgétaire car soumis au bon vouloir d’une institution sans légitimité démocratique aucune et qui est, à l’heure actuelle et pour longtemps, noyautée par les fidèles de M. Orban.

L’équilibre des pouvoirs hongrois, déjà très précaire, n’est plus. Seul, ou presque, subsiste de cette Constitution un exécutif hypertrophié. Et à sa tête : Viktor Orban. Or, l’Europe, c’est avant tout la démocratie.

Il est intolérable qu’un Etat-membre de l’Union européenne puisse adopter une telle Constitution, niant jusqu’à la nature de l’Union européenne, bafouant les règles démocratiques les plus élémentaires et se vautrant dans un nationalisme débile, dangereux ainsi que sur une morale rétrograde et recroquevillée sur elle-même.

Si la Biélorussie est la dernière dictature d’Europe, la Hongrie de Viktor Orban, quant à elle, est en passe de devenir la première dictature de l’Union européenne.

Photo : « The Buda Castle in Budapest, Hungary » par Gellert Hill

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