
Autrefois, la politique de communication de l’Union était terne, synonyme de tonnes de brochures européennes qui faisaient la joie des poubelles à la sortie des institutions et autres bureaux de représentation de l’Union.
Aujourd’hui, la Commission a changé de cap et décidé de mettre le paquet sur la communication multicanaux. Bienvenue dans le monde merveilleux du plan D !
Qu’est ce que le « plan D » ?
Au lendemain de la débâcle référendaire, la Commission européenne a mis en place un plan D comme « Dialogue » et « Démocratie ».
Margot Wallström, la vice-présidente de la Commission en charge de la communication et des relations inter-institutions, a ainsi énoncé trois objectifs :
- mieux écouter ;
- mieux défendre le travail des institutions européennes ;
- expliquer les décisions aux citoyens en travaillant davantage au niveau local.
Récemment, la commissaire s’est d’ailleurs expliquée en long et en large dans une interview accordée aux Euros du village : « Je crois que nous avons l’obligation d’informer les citoyens sur notre travail dans sa globalité. Nous devons planifier et classer les grands points par ordre d’importance, ainsi qu’établir l’agenda politique pour la Commission et les États membres. Il va de soi que le Conseil et le Parlement européen devront faire de même. »
L’ordre d’importance ? En faisant un rapide bilan des discours de Mme Wallström ces derniers temps, j’ai noté trois priorités :
- Expliquer le coût du Non au Traité constitutionnel européen ;
- La pétition pour la suppression du siège parlementaire à Strasbourg ;
- Paraphraser le plan D.
Il semblerait donc que ces thèmes soient plus importants que d’expliquer par exemple les élargissements actuels et futurs de l’Union ou encore la nécessité de voter aux élections européennes. En 2004, seuls 42,8% des électeurs français se sont déplacés aux urnes pour élire leurs députés européens ! À l’échelle de l’Union, l’abstention a crû doucement mais surement, passant de 37% en 1979 à 54,3% en 2004.
Toujours dans l’interview accordée à nos confrères, Mme Wallström aborde le problème de la méconnaissance des institutions européennes en appelant à une éducation civique dès le plus jeune âge. J’aurai ainsi appris que l’éducation n’est qu’une des facettes de la communication. Qu’attendons nous pour créer des graines de marketeurs européens ?
L’Europe des citoyens
Le plan D suggère aussi de créer un sentiment européen par les citoyens au niveau local, c’est-à-dire, d’après Mme le Commissaire, par les représentations de l’Union dans chaque pays membre en en faisant « des lieux ouverts », « où les citoyens seraient invités à donner leur point de vue », où les médias seraient impliqués. Un bon point.
Encore faut-il convaincre les médias locaux de s’y intéresser sur le long terme. Encore faut-il que les citoyens « alpha » connaissent l’existence de ces bureaux. Car le problème de l’Union n’est pas d’informer encore plus ceux qui le sont déjà mais ceux qui ont une méconnaissance du sujet.
Un des grands défis que ne souligne pas (ou pas assez) Mme Wallström sera de convaincre les élus locaux de s’impliquer dans une démarche pédagogique, de concert avec les associations pro-européennes pour expliquer l’Europe, son fonctionnement, ses implications dans notre quotidien…
L’Europe par l’Internet
Cette volonté de réconcilier l’Europe « d’en haut » et celle « d’en bas » passe aussi par le web. C’est une des grandes nouveautés de la « nouvelle politique de communication » de l’Union. Le forum Debate Europe marque cette volonté.
Malheureusement, la démarche n’a jusque là attiré qu’une certaine population, plutôt bien voire très bien informée sur l’Union. Et d’autant moins représentative qu’elle est à 90% masculine… Quant aux qualités du forum, elles sont à pondérer par son caractère digressif. On commencera par parler de l’euro et de l’emploi. On finira par parler du prix des pâtes…
Dernier problème : comment interpréter les nombreux messages ? En ne considérant que ceux réitérés à de nombreuses reprises ? Que ceux un minimum argumentés ? Le forum européen : une fausse bonne idée ? La Commission y croit dur comme fer…
À tel point que Mme Wallström, par souci de transparence, a ouvert son blog. Où l’on peut lire du bavardage autour du plan D, ainsi que quelques récits de voyages professionnels. Avant Internet, il existait un dialogue de sourd entre l’Union et ses citoyens. Désormais on peut lire ce monologue sur le blog de Mme la commissaire à la Communication. L’Europe des projets avance, c’est sûr.
Le plan D pour le « Vivre ensemble »
Plus que des actions lourdes à long terme, la Commission compte aussi profiter des évènements pour parler d’elle. En 2007, elle lancera une grande opération séduction vers les citoyens européens à l’occasion du 50e anniversaire du traité de Rome. À cette occasion, elle a présenté un logo évènementiel « Ensemble depuis 50 ans » décliné dans toutes les langues européennes. Sauf que les 27 ne sont pas ensemble depuis 50 ans…
Mme Wallström aime et soutient, en tout cas, ce logo censé apporter un peu de fraicheur à l’Union. Elle aime aussi le fait qu’il provoque des réactions. Même si celles-ci oscillent entre l’incompréhension et la colère devant un logo visiblement raté. Certaines voix, dont celle de la France, ont fait part de leur mécontentement.
À l’opposé, l’Allemagne, plus pragmatique, qui dirige le Conseil européen depuis le 1er janvier n’utilise(ra) pas ce logo. Que Mme Wallström se rassure : non pas parce qu’il est insipide. Comme tout pays occupant la présidence tournante, l’Allemagne aura son propre logo « EU2007.de » aux couleurs euro-germaniques. La vie est une question de priorités…
L’Union a d’ailleurs atteint une jolie maturité en terme de logos évènementiels. Nous avons un superbe drapeau bleu étoilé. Mais il nous manquait ce petit plus d’originalité. C’est ainsi que les présidences de Conseil tournantes, depuis 1995, ont inauguré le concept de logos périmés tous les six mois. 2007 sera donc une année faste !
Un petit calcul s’impose : 2 présidences tournantes + 2 anniversaires (50 ans du traité de Rome + 20 ans d’Erasmus) = 4 logos potentiels, dont trois confirmés. Si nous avions des doutes sur la communication et les activités de l’Union, ils sont balayés au moins jusqu’à fin 2007 ! Quatre logos, cela fait un gros travail de création et de promotion. Surtout si l’on additionne cette masse de travail aux points cités précédemment. Bientôt, l’Union n’aura plus qu’à lancer une série de pin’s à l’effigie des présidences tournantes ! (Pin’s disponibles chez tous les bons marchands de journaux et pompistes) Ou pourquoi pas sur les boites de fromage ?
Cette sympathique suite de logos, plutôt réussis par ailleurs, me rappelle un peu les anciens sommets du Conseil, à chaque fois dans un nouveau lieu insolite. Mais supprimés car trop couteux. J’en oubliais presque que Mme Wallström est une chasseuse de gaspis (cf. pétition contre Strasbourg)… Mais mon propos est hors sujet puisqu’il traite là de la souveraineté des États-membres libres d’adopter un logo avec date de péremption.
La communication, ce nouveau plan S comme stérile
Avec le plan D (bientôt plan « S » comme stérile ?), la Commission semble avoir trouvé sa peau de chagrin [1]. Des logos qui émerveillent les consciences européennes, des forums qui chatouillent les claviers QW- autant qu’AZERTY. En cadeau Bonux, la DG Communication offrira même des cours d’éducation civique. Jusqu’au jour où la peau disparaitra.
Car le problème de la méconnaissance de l’Union doit se traiter de deux manières en fonction de deux cibles distinctes : enfants et adultes. Aux premiers, il faudra enseigner l’Europe de plus en plus et dès le plus jeune âge. Aux seconds, on ne pourra « vendre » que l’Europe au quotidien/au travail : au travers d’actions de communication ciblées par secteur professionnel ou via les acteurs politiques et associatifs locaux comme relais de l’action européenne. Ainsi peut-être, nos institutions européennes autant que nos acteurs politiques retrouveront leur crédibilité perdue.
D’ici là, les simples panneaux de travaux « financés par l’Union » feront certainement autant pour l’image de l’Union que des forums réservés à une poignée d’élus de toute façon acquis à la cause européenne. Quand la Commission aura bien joué avec tous ses gadgets marketing, quand elle aura vendu ses pin’s aux éditions Atlas et placé ses drapeaux dans les prochains films produits par Luc Besson, alors espérons qu’elle communiquera moins et enseignera plus. Mais quand ?






