
A cette occasion le nouveau premier ministre Jaroslaw Kaczynski a prononcé un discours ’’programme’’ au cours duquel il a promis à sa majorité une très ferme défense des seuls intérêts polonais au sein de l’Union européenne.
Proclamant ainsi les principes d’une diplomatie polonaise exclusive, décidément bien éloignée des principes de base de la construction européenne : une diplomatie polonaise nationaliste et anachronique.
Quand les signaux négatifs se multiplient…
Cela fait en effet déjà quelques mois que les signaux négatifs, sinon inquiétants, ne nous parviennent depuis Varsovie. Point d’orgue récent : le 27 avril dernier (soit sept mois après les dernières élections législatives de septembre 2005…), quand les Leaders des partis politiques populistes [1] et de l’extrême droite polonaise [2] ont fait leur entrée officielle dans le gouvernement du parti conservateur « Droit et Justice ».
Un gouvernement polonais qui, d’ailleurs et depuis lors, a été récemment remanié - le 10 juillet dernier - en faveur de Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du président de la République Lech Kaczynski : créant là en Pologne une situation politique (et familiale) inédite sinon inattendue.

- La Sejm, Parlement de la République de Pologne
Bien sûr il pourrait ne s’agir là que de vulgaires problèmes d’ ’’arithmétique parlementaire’’ polonaise. Mais ces récents changements parlementaires et gouvernementaux à Varsovie traduisent, en réalité, un très net durcissement de la Pologne à l’égard de ses partenaires européens.
En effet depuis quelques mois, et plus encore depuis quelques semaines, les propos eurosceptiques et souverainistes à l’encontre de la construction européenne se généralisent dans le discours des actuelles autorités politiques polonaises.
Des propos qui le disputent très clairement à un discours ouvertement nationaliste très clairement exprimé, comme on va le voir ci-dessous.
Hooliganisme… politique
Lors de la récente Coupe du Monde de football, s’il y avait bien un match à haut risque, c’était le match « Allemagne - Pologne » du premier tour de la compétition, rencontre qui devait se dérouler, le 14 juin dernier, à Dortmund. Une rencontre sportive alors annoncée par la police allemande comme la plus risquée du premier tour de la compétition [3].
En effet, on annonçait alors la venue en Allemagne d’environ 300 000 supporters polonais sur toute la durée du Mondial. Or l’Allemagne comptant déjà près de 10 000 hooligans apparemment prêts à en découdre, on attendait alors le pire de cette confrontation entre les deux pays. Ce pourquoi les autorités fédérales redoutaient que ce match ne se déroule sur fond de vieilles haines historiques et de vieux contentieux footbalistiques [4].
Fort heureusement, aucun incident grave ne vint entacher ni cette rencontre, ni l’ensemble de la compétition. Mais les mauvaises nouvelles sont venues d’ailleurs : de ces milieux politiques décidément bien incapables de montrer le ’’bon exemple’’ à leurs populations…
Du ’’boycott’’ du dernier sommet du Triangle de Weimar…

- M. Lech Kaczynski, Président de la République
En effet, récemment, le Président polonais Lech Kaczynski a prétexté -dans un communiqué officiel - une « indisposition » [5] pour annuler -in extremis- la réunion du triangle « Allemagne-France-Pologne » qui devait se dérouler, le 3 juillet dernier, à Weimar (Land de Thuringe, ex-RDA).
Une réunion trilatérale qui devait alors avoir lieu dans le cadre de ce fameux ’’format trilatéral de concertation’’ qui réunit les trois pays, depuis 1991, pour essayer de définir des approches communes sur les questions européennes. Une réunion en tout cas reportée à une date ultérieure jusque là non précisée.
En réalité, il se murmure que le Président Kaczynski entendait ainsi très probablement protester contre la publication récente (le 26 juin dernier) d’un article satirique le mettant en cause dans les colonnes du quotidien berlinois « Tageszeitung » [6].
… à l’expression d’un nationalisme ombrageux.
En effet, le gouvernement polonais et le parti présidentiel « PiS » (« Prawo i Sprawiedliwosc ») [7] ont alors exigés une condamnation officielle du journal de la part du gouvernement allemand [8].
Puisque jugeant que « C’était là une offense sans précédent, y compris dans l’histoire de ce journal bizarre » (sic). Et parce que « l’offense envers le chef d’un Etat étranger est un délit et (qu’)il faut en tirer les conclusions », a ainsi précisé le premier ministre Jaroslaw Kaczynski, reconnaissant là implicitement la véritable raison du ’’boycott’’ polonais.
En tout cas, choqués par l’attitude des frères Kaczynski, huit anciens ministres des affaires étrangères polonais [9] ont alors unanimement signé -le 5 juillet dernier- une lettre ouverte cosignée. Un document rendu public dans lequel ils accusent l’actuel gouvernement polonais de gravement se tromper dans sa politique étrangère, d’isoler ainsi la Pologne dans l’UE, d’affaiblir sa position au sein de l’Union et de « porter (ainsi) atteinte aux intérêts de la Pologne et des Polonais » alors que « la coopération entre Varsovie, Berlin et Paris doit être la clé de voute de notre politique étrangère » [10].
Mais pour le premier ministre polonais, qui décidément n’en démord pas, ces récents événements sont précisément le symbole de l’impasse dans laquelle sont aujourd’hui les relations entre la Pologne et ses partenaires. Sauf que, d’après lui, c’est bien évidemment surtout « à nos partenaires d’améliorer les relations avec nous » puisque « Nous n’avons offensé personne ».
Quand tous les moyens semblent bons pour raviver le patriotisme
Mais est-on vraiment bien sûr, dans les milieux gouvernementaux polonais, de n’avoir vraiment cherché à ne blesser personne ? En effet il est clair que cela fait des mois que les autorités polonaises cherchent à raviver le patriotisme de leurs compatriotes (et, ainsi, leurs soutiens politiques…) en attisant ainsi les rancoeurs du passé.

- La Pologne, au coeur de l’Europe
Pour se faire, il s’agit là de se présenter systématiquement en victime. Et de faire ainsi la l’étalage d’une Pologne ’’éternel héros et victime de l’Histoire’’, soit disant martyrisée aujourd’hui encore par des voisins bien évidemment toujours suspectés de lui vouloir du mal. Et, à ce petit jeu là de la ’’mise en scène de soi comme victime avec un grand V’’, visiblement tous les moyens leur semblent bons.
Ainsi, la ministre polonaise des affaires étrangères [11] s’est égarée à comparer la « TAZ », journal de la gauche libérale allemande, à « Der Stürmer », l’un des journaux à grand tirage d’obédience nazie de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Et, de même, le ministre polonais de la défense [12] a récemment comparé le récent accord germano-russe sur le futur pipe-line de la mer Baltique au pacte germano-soviétique « Ribbentrop-Molotov » d’Août 1939.
Deux épisodes récents qui illustrent parfaitement cette actuelle tendance lourde des dirigeants polonais actuels à vouloir régulièrement afficher des attitudes foncièrement anti-allemandes et anti-russes. [13].
Car, que le geste de la Russie soit peut-être inamical à l’égard de la Pologne et que l’Allemagne manque ainsi très clairement de solidarité envers la Pologne, soit. Mais est-ce que cela autorise des dirigeants politiques polonais vraiment ’’responsables’’ a jeter ainsi du sel sur les plaies quitte à, de cette manière, raviver les douleurs du passé ?
Eloge souverainiste de l’Etat-nation
Ainsi, le premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski a également dernièrement annoncé dans la presse polonaise [14] vouloir donner à sa politique ’’européenne’’ un virage résolument eurosceptique et fièrement nationaliste.

- M. Jaroslaw Kaczynski, Premier ministre
En effet, selon lui : « Nous ne partageons pas l’opinion commune en Europe selon laquelle un Etat-nation est quelque chose de mauvais. On ne nous fera pas non plus croire qu’il n’y a pas d’Etats-nations en Europe. Et nous voulons profiter de notre présence en Europe pour renforcer le nôtre ».
Et, de même : « On ne nous fera pas croire qu’il n’y a pas de politiques nationales en Europe. Celles-ci sont, de toute évidence, appliquées par nos partenaires. Et je ne vois pas de raison pour laquelle nous ne devrions pas faire de même. Cela veut donc dire que, par exemple, nous n’approuverons pas les solutions qui nous seront proposées mais qui nous seront désavantageuses ».
En tout cas voilà une vision très clairement souverainiste de la ’’construction européenne’’. Une conception qui est très clairement à l’opposé des principes mêmes d’une construction communautaire qui, justement, consiste à savoir parfois sacrifier ses intérêts nationaux sur l’autel du bien commun.
Quid de la Constitution européenne ?
Quant à l’avenir du TCE, dans les propos des dirigeants polonais actuels, les choses sont plus claires encore : Récemment, le président de la République polonaise Lech Kaczynski a reçu Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien président de cette fameuse « Convention européenne » qui a rédigé l’actuel projet de Constitution européenne.
Et les premiers ministres et président de la république polonaise en ont alors profité pour essayer d’enterrer les derniers espoirs de ceux qui espèrent encore qu’un nouveau texte sera renégocié à brève échéance,. Revendiquant pour la Pologne la possibilité, dans le cadre de l’UE, de ’’participer à la recherche d’un nouveau texte’’.
En effet, s’il admettait alors que « peut-être qu’avec la génération qui viendra après moi, viendra le temps de liens beaucoup plus étroits » entre les Etats membres de l’Union, en revanche - pour le présent en tout cas - il semblait lui paraître hors de question de faire ratifier le texte actuel. Et ce, même si l’opinion publique polonaise d’aujourd’hui soutient pourtant massivement la perspective d’une adoption de ce document.
Quant à l’Euro, les gouvernants de la Pologne ont renvoyé aux calendes grecques la perspective de l’entrée de Pologne dans le système de la monnaie unique, affirmant que le Zloty resterait la monnaie nationale polonaise « pendant des années », et qu’il devrait de ce fait être « fort ». En effet, il faut savoir que la Pologne est le seul nouveau membre de l’UE à n’avoir toujours pas fixé de date ferme pour l’adoption de la monnaie européenne…
Et quid de la Construction européenne ?
’’Nous voulons conserver notre identité nationale« (…) »Nous revendiquons une pleine souveraineté en ce qui concerne la morale et les moeurs’’ : Tel est en tout cas le discours politique que - ce mercredi dernier - le Premier ministre Jaroslaw Kaczynski a tenu devant la Sejm, Chambre basse du Parlement polonais.

- La Diète (hémicycle)
A cette occasion, M. Jaroslaw Kaczynski a également souligné sa ’’fierté d’être Polonais’’ et sa volonté de permettre à la Pologne de redevenir ’’un grand pays qui compte’’ en Europe dans le cadre d’une ’’participation réelle - et pas seulement formelle - à tous les mécanismes de décision’’ communautaires.
Cepandant il a alors précisé que, pour y parvenir, la Pologne oeuvrerait ’’seule’’ ou dans les seuls cadres intergouvernementaux du ’’Triangle de Weimar’’ [15] et du ’’Groupe de Visegrad’’ [16].
Bref : Identité, Souveraineté, Morale et Fierté nationales, ’’Etre un grand pays qui compte’’, la Pologne ’’seule’’ : tel est donc le ’’registre lexical’’ aujourd’hui utilisé par les autorités gouvernementales polonaises pour nous présenter leur apport original au nouveau ’’vivre ensemble européen’’. Un discours qui semble décidément bien loin de celui des pères fondateurs de l’Europe et de l’idéal qui alors les portait.
Discours de défiance envers les autorités communautaires, proclamation d’une intergouvernementalisme exclusif, souverainisme, diplomatie nationale au service de seuls intérêts nationaux, cavalier seul monétaire, refus de participer aux politiques communautaires européennes les plus intégrées : telles sont les méthodes nationalistes et anachroniques aujourd’hui préconisées par l’actuel gouvernement polonais.
Sur cette base et quant à l’avenir de l’Union Européenne - MM. Lech et Jaroslaw Kaczynski ayant, récemment encore, proclamé leur volonté d’absolument ’’vouloir en être’’ - il ne nous reste donc plus qu’à leur poser franchement une question fondamentale à laquelle ils semblent pourtant, aujourd’hui, vouloir se dérober :
« Etre dans l’Union européenne, oui, mais pour quoi faire ?! »





