Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

Décidément, ce sont toujours les mêmes qui se font remarquer !

, par Pierre-Franck Herbinet

Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

Il y a peu, le 14 juin 2007 dans l’émission « socio-culturelle » de monsieur Taddei, Hubert Védrine s’en est violemment pris aux fédéralistes que nous sommes. En résumé, nous n’avons rien compris à rien, notre vision est un leurre et si nous continuons ainsi, l’Asie va nous anéantir. Par conséquent, je dresse, sans complaisance aucune, un carton rouge à Hubert Védrine.

Mais qui est-il au juste ?

Il débute sa carrière au ministère de la Culture dès sa sortie de l’ENA en 1974. En 1981, il est appelé par François Mitterrand en tant que conseiller diplomatique. Il devient porte-parole de l’Elysée en 1988, puis secrétaire général et enfin il rejoint le Conseil d’État. Après l’élection de Jacques Chirac, il est choisi par le Premier ministre Lionel Jospin pour revenir au ministère des Affaires étrangères où il restera jusqu’à la fin de la cohabitation en 2002. En 2003, il crée son propre cabinet de conseil, tout en travaillant en parallèle pour le cabinet d’avocats Gide Loyrette Naouel ainsi que pour de grandes entreprises. En 2004, il fait partie du conseil d’administration du groupe LVMH. Spécialiste des relations internationales, il écrit pour la presse française et étrangère.

Sans plus tarder, revenons sur ses positions « ubuesques »…

Selon « l’ami Hubert », il y a deux types d’européens : « Les pragmatiques, qui visent à donner dans l’Europe élargie de demain plus de marges de manœuvre à des États désireux de faire plus ensemble ; et des fédéralistes qui préconisent une Europe à deux vitesses, le centre étant constitué d’un noyau dur de quelques pays » . Ceci est dangereux car il indique que les fédéralistes sont pour une Europe non-solidaire. Ce qui est faux puisque nous savons que chaque pays est lié aux autres de part des intérêts en commun.

Une autre perle : « Parce que, je vous le dis, avec gravité et préoccupation, et sans vouloir blesser personne, le renforcement de l’intégration européenne dans sa forme maximaliste, "l’européisme", est, pour certains d’entre nous, devenu une idéologie de substitution, un dogme qui ne souffre plus aucune contestation quels que soient les faits. Nous nous sommes auto-persuadés que nos problèmes ne pouvaient plus être résolus qu’à l’échelle européenne. Certains le pensent par analogie avec les grandes masses chinoises, indiennes, russes ou américaines, en confondant agrégats économiques et équation politique. D’autres par détestation des États nations historiques, par volonté d’être modernes, ouverts, pas chauvins ni repliés sur soi, etc. ».

Trop c’est trop. Je m’oppose vivement à ses propos. Il est temps qu’il réalise que les grands problèmes européens ne sont pas solubles à l’échelle de la Nation : l’écologie, le rapport en matière de diplomatie et de négociation commerciale entre l’Europe et les USA ou l’Asie. Non content d’être une idée vieille et débile, le nationalisme a été la source de toutes les guerres. Il serait utile que monsieur Védrine relise l’Histoire européenne !

Et le fin du fin : « Peut-on faire une constitution européenne s’il n’y a pas un " peuple européen " ? En rédigeant une constitution, crée-t-on ce " peuple européen " et un ordre politique irrévocablement supérieur à celui des États-nations ? On ferait alors un pas irréversible dans le fédéralisme intégrationniste et les États-nations deviendraient des régions ou des Länder. Si c’est cela le but poursuivi, il faut le dire clairement. Serait-ce la constitution des trente pays, ou d’un plus petit nombre ? Cela nous renvoie à la question des groupes. Ou alors, s’agit-il simplement de réécrire les traités, parce que personne n’y comprend plus rien ? »

Oui, acceptons l’idée qu’il pose les vrais questions, donc les fédéralistes ne doivent pas éviter le débat. Je vais mettre un coup de griffe à notre ex-négociateur du traité de Nice : pense-t-il avoir réussi ? Et quand bien même les partisans du OUI ferraillant avec ceux du NON, la vraie question est celle de la construction d’une Europe politique et fédérale.

En 50 ans, l’Europe, c’est :

Le programme ERASMUS qui a fait voyager 1,5 millions d’Européens, le modèle social européen, basé sur des valeurs communes, caractérisé par une économie sociale de marché avec des services publiques forts, reconnus au niveau communautaire, un dialogue social développé, une croissance économique plus forte qu’aux US l’année passée, le programme de recherche européen 2007-2013 consolidant l’espace européen de la recherche et aidant les états à mutualiser leurs efforts dans ce domaine afin de créer de la croissance et des emplois, une aide médicale gratuite pour les touristes européens, la mobilité professionnelle, la transparence de l’étiquetage des produits alimentaires, la signature du protocole de Kyoto, l’euro, monnaie unique pour 13 États membres, des interdictions de territoire pour des tyrans tel Mugabe, la préservation de la diversité linguistique avec 23 langues officielles…

La preuve en est que l’on peut dépasser le modèle d’État-Nation pour le bien de tous les Européens.

Illustration : photographie de Hubert Védrine issue du site Wikipedia

A lire :
- la biographie d’Hubert Védrine
- « Carton rouge à messieurs Nallet, Védrine et Malivet »

Vos commentaires

  • Le 18 juillet 2007 à 08:38, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

    Védrine est typiquement ce qui oppose l’Europe des gouvernements et l’Euroep des citoyens. C’est par la faute de nationalistes comme lui qui excercent des responsabilités dans las administrations nationales que les progèrs de la démocratie européenne sont si lents. La conséquence de ces entreprises de sabotage est que les extrêmistes ont beau jeu de dénoncer les insuffisances de la construction européenne actuelle. Ministre des Affires étrangères à l’époque de la négociation du consternant traité de Nixce il est clairement l’und es premiers responsables de la crise que connaît actuellement l’Union européenne qui ca se prolonger suite ) l’échec du dernier sommet européen. Bravo donc pour ce nouveau carton rouge mille fois mérité. Espérons que ce sinistre individu ne revienne jamais aux affaires même si compte tenu du discours de Strasbourg de Sarko on puisse douter que le gouvernement actuel soit mieux disposé envers la démocratie européenne, en dépit des effets d’affichage.

  • Le 19 juillet 2007 à 07:40, par Sylvie Goulard, En réponse à : Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

    Votre article fait apparaître de manière claire le décalage troublant qui existe chez un certain nombre d’hommes politques français (ou étrangers, ce mal n’étant hélas pas circonscrit à un pays) : ils disent qu’ils font l’Europe mais ne la font pas ; ils l’invoquent, ils l’utilisent mais, dans le fond, ils ne croient pas que l’union des Européens engendre un bénéfice mutuel ; , en dépit de la montée de périls globaux, leur horizon est et reste une Nation sacralisée à l’excès. Ils pensent « in the box » comme diraient les Anglais. Cet aveuglement a eu des conséquences désastreuses à certains tournants de la construction communautaire.

    Je pense notamment à l’année 2000 durant laquelle l’absence de concertation en pronfondeur avec les Allemands avant la présidence française a eu de graves conséquences. C’est cet esprit agnostique, méfiant qui a apporté , in fine, le désastre du Conseil européen de Nice. Joschka Fischer ne voulait pas faire un discours en solo à l’université Humboldt en mai 2000. Il s’y est résolu faute d’avoir un partenaire français prêt à l’accompagner dans sa démarche. Naturellement, les modalités d’une intégration plus poussée doivent faire l’objet d’une discussion entre partenaires ; il y a matière à discussion, chacun ayant ses traditions, ses visions. Selon les domaines, l’action conjointe peut-être plus ou moins appropriée ou requérir des aménagements. Mais elle demeure souvent incontournable.

    Les adversaires de l’intégration oublient juste de dire comment ils vont faire face aux défis du monde sans outils appropriés, comment une union mosaïque d’égoïsmes et d’intérêts nationaux aiguisés pourrait s’affirmer. Lorsqu’elle est organisée sur un mode communautaire, l’UE existe aux yeux du monde : l’Euro, la politique commerciale, la politique de concurrence en attestent. Jusqu’à nouvel ordre, l’intergouvernemental patine. Il promet, il bavarde et laisse les problèmes entiers. Dans le match CEE / ONU, l’efficacité n’est pas du côté des vetos et de la diplomatie traditionnelle.

    Nihil novi sub sole. Voir les Mémoires de Monnet ou, pour les paresseux, mon petit ouvrage « Le Coq et la perle » qui rappelle quelques faits avérés. En tout cas, bravo au Taurillon pour sa veille intellectuelle et ses réactions toniques !

  • Le 19 juillet 2007 à 12:00, par david En réponse à : Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

    Je ne suis pas sur que Védrine soit un pur nationaliste, c’est surtout un tenant de l’intergouvernementalisme. En ce sens, il est assez en ligne avec ce qu’est en train de faire notre gouvernement actuel il me semble, qui passe pourtant pour champion d’européisme ! En réalité, l’erreur de Védrine est la même que celle de Sarkozy. Il s’agit de l’idée qui a permis de mettre au placard la Constitution, à savoir que seuls les Etats sont légitimes pour parler au nom des citoyens européens. C’est évidemment une bêtise, mais qui semble aujourd’hui faire recette. C’est à la société civile européenne de réagir en affirmant que de tels choix politiques sont inacceptables et qu’il serait bon de revenir à une méthode plus ouverte, démocratique et supranationale. Contrairement à ce que nous dit notre président :

    "En renonçant à la démarche constitutionnelle, on revient à la logique des traités. Cela signifie que tout l’acquis communautaire est préservé, et cela veut dire aussi que le compromis du Luxembourg reste en vigueur. Il permet, depuis que le Général De Gaulle l’a imposé en 1966, à tout Etat membre d’opposer son veto à toute décision qui mettrait en jeu ses intérêts fondamentaux.

    C’est essentiel. C’est le signe qu’au-delà de toutes les délégations qu’une nation peut consentir pour que sa souveraineté soit exercée en commun avec les autres nations d’Europe, chacune garde la maîtrise ultime de son destin"

    C’est clair non ? on dirait du Védrine :-) Amitiés, David

  • Le 19 juillet 2007 à 20:22, par thomas En réponse à : Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

    bonjour, il y a quand même une chose qui me chiffonne : M. Védrine affirme que la constitution d’un noyau dur de pays se dirigeant vers une Europe fédérale tout en conservant une Europe telle qu’elle existe actuellement. Est-ce que cela est une bonne chose, que de séparer l’Europe en plusieurs groupes ? Est-ce que tous les Européens veulent une Europe fédérale ? Les pays de l’ex URSS ayant regagné il y a peu leur souveraineté accepteront-ils d’y renoncer si vite pour la mettre entre les mains d’une entité qu’ils ne maîtrisent pas ? En bref, nos différences sont-elles soluble dans une fédération ? si non, le seront-elles un jour ?

    Ma conception de l’Europe est une fédération de Régions autonomes, types Länder, par exemple, avec un fort pouvoir décisionnaire au niveau régional, en respectant le principe de subsidiarité. Ce système devant intégrer une forte solidarité trans-Européenne. Mais dans ce système, il y a un hic, c’est le regain actuel, mondial, des nationalismes. même au sein des États-nations actuels, les régions rechignent de plus en plus à donner pour les plus pauvres, cela se ressent aussi au niveau des individus. Ma crainte est de voir l’Europe se disloquer en de micro-fédéralismes, pour finir par voir l’Europe se déchirer sur des problèmes d’immigration, d’écologie (plus précisément raréfaction de l’eau et de la nourriture, pollution environnementale).

    Et en même temps, une réponse existe, simplissime : l’éducation. Si l’on met dans le crâne de nos enfants qu’il faut être solidaire avec ses voisins que l’Europe est l’avenir, cela solutionnera beaucoup de « problèmes » ainsi que le nationalisme ! Mais pour cela, il faut que tous les citoyens aient accès à l’Europe ! le programme Erasmus n’ait en réalité ouvert qu’aux étudiants et donc aux classes relativement aisées, en tout cas pas aux classes populaires des cités, ce qui est une catastrophe sachant qu’ils constituent une partie de notre avenir !

    en attendant quelques réponses, espoirs, commentaires ...

    thomas

  • Le 20 juillet 2007 à 07:40, par Fabien Cazenave En réponse à : Carton rouge décerné à M. Hubert Védrine

    Thomas,

    Juste pour précision : Erasmus n’est pas réservé aux classes aisées parce qu’il est ouvert aux étudiants... mais parce que le montant des bourses est trop faible pour permettre à ceux qui ont un capital économique trop faible de partir. Par ailleurs, il y a aussi le problème pour ceux qui ont capital culturel (au niveau des langues ou administratif) trop faible...

    Mais pour en revenir à votre question sur l’avenir fédéral, votre inquiétude pose le problème du groupe pionner ou avancé. Comment faire pour avancer alors que certains membres de l’Union européenne se contenteraient bien d’un simple marché ?

    La solidarité intra-européenne est fondamentale et elle touche au coeur de beaucoup de militants pour l’Europe.

    Enfin, sur l’éducation, les Jeunes Européens France sont bien d’accord avec vous et je vous conseille de venir visiter le site officielle de l’association où vous verrez notre programme « Europe à l’école ».

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