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Ce que veut la femme européenne en 2012

, par Elodie Hamelin, Laetitia Laheyne, Lucie Moulinet

Selon la mythologie grecque, Europe était une princesse phénicienne. Zeus jeta son dévolu sur elle et pour la séduire, il se transforma en un magnifique taureau blanc. Elle succomba à la beauté de l’animal, l’approcha sans crainte, ce qui permit au Dieu de l’emmener sur l’île de Crète. De cette fascination, Zeus reprit son apparence humaine pour s’unir avec Europe. Moralité de cette histoire : les Grecs avaient une représentation d’une femme cédant facilement à la séduction. Les choses avaient donc mal commencé pour l’image de la femme en Europe ! Malgré certaines exceptions éparses, hors Europe qui plus est, cette image est restée ancrée pendant des siècles.

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Depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en décembre 2009, l’article 23 de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union européenne, disposant « L’égalité entre les hommes et les femmes doit être assurée dans tous les domaines (…) », a la même force juridique contraignante que les traités originaires. Ainsi, de ce traité, l’UE condamne le non-respect du principe d’égalité. Cependant, quelle est la place de la femme dans la société européenne d’aujourd’hui ?

Ce que veulent les mamans d’Europe…

Logiquement, le premier rôle attribué à la femme est celui de mère. L’histoire démontre qu’elle n’a eu la possibilité de choisir que très récemment. La première commercialisation de la pilule en Europe remonte à 1961. En France, il a fallu attendre la loi NEWIRTH du 28 décembre 1967 pour qu’elle soit légalisée et les décrets de 1972 pour être effectivement utilisée. Cela, alors même que les anglaises revendiquaient dès 1870 le droit à la contraception. Plus délicat encore a été le combat pour l’avortement. Il est aujourd’hui majoritairement autorisé en Europe avec un alignement autour de 12 semaines. En revanche, il est interdit complètement à Malte. En Irlande, l’exception légale est la mise en danger de la mère. En ce qui concerne Chypre et Portugal, les seules possibilités sont le viol et raisons de santé. Pour le Royaume-Uni et le Luxembourg, il faut ajouter les raisons économiques et sociales. Néanmoins, il est à déplorer le retour en arrière polonais en 1997 puisque l’interdiction est actuellement en vigueur. Quant à l’Espagne, il est à craindre que l’autorisation du gouvernement socialiste en 2010 soit reconsidérée. Pour autant, il ne faut pas oublier que les questions d’avortement dépendent beaucoup moins de ces règlementations que de la diffusion des contraceptifs. Le poids de la religion et des traditions ne doit pas remettre en cause la libre disposition de son corps par la femme, véritable combat de la femme européenne du XXIème siècle. Si l’Union européenne n’est pas compétente en la matière pour légiférer, elle peut développer des politiques de dialogue relatives à la contraception. Ainsi, dans une résolution du 3 juillet 2002, le Parlement européen recommande aux États membres de légaliser l’avortement.

Ce que veulent les femmes actives d’Europe…

Si, au final, elles se sont émancipées en tant que mère, la femme active européenne n’est pas encore équivalente dans tous les pays européens. A l’origine, le traitement égalitaire des femmes et des hommes a été un principe fondateur en 1957 lorsque le traité de Rome a établi le principe de l’égalité salariale. Dans cette perspective, l’Union européenne a multiplié les actions visant à éliminer la discrimination et à parvenir à l’indépendance économique des femmes. Ainsi, une initiative lancée en 2004 vise à accroître le nombre de jeunes entreprises dirigées par celles-ci. Par l’intermédiaire du Fonds social européen, elles peuvent obtenir des formations et un encadrement spécialisés. A cela, s’ajoutent des contrastes. Le taux d’activité des femmes est particulièrement élevé en Europe du Nord et moindre dans les pays du sud et en Irlande. La France est à peu près à égalité avec le Danemark. Pays-Bas et Grande-Bretagne ont largement recours au temps partiel, ce qui pourrait être une solution mais non l’unique. Dans les pays de l’est en économie de transition, le taux de chômage des femmes est spécialement élevé.

Ainsi, leur insertion à partir de 2004 dans l’Union européenne ne pourra que permettre aux « révolutions » féminines de se propager et s’ancrer progressivement dans les mœurs. La proportion de femmes qui travaillent augmente régulièrement, et, depuis 2000, ¾ des millions de nouveaux emplois créés en Europe leur ont été confiés. Elles représentent, en 2010, 59 % des diplômés universitaires de l’Union. Néanmoins, les femmes continuent de gagner 17 % de moins que les hommes et restent minoritaires aux postes de direction ! Curiosité ?! Les entrepreneurs représentent environ 8 % de la main d’œuvre féminine contre 16 % chez les hommes. La confiance est encore à instaurer. Il faut noter qu’au sein de l’Union, seulement 67 % des femmes ayant des enfants en bas âge travaillent contre 92 % des hommes. Ces chiffres démontrent la nécessaire démocratisation et harmonisation des modes de garde.

Ce que veulent les femmes politiques d’Europe…

Par application de la loi salique, dans la plupart des monarchies européennes la femme est toujours l’épouse, la fille ou la régente. De ce fait, elle ne pouvait pas régner. Par la suite, la Révolution française leur a refusé radicalement les droits politiques, les classant parmi les citoyens "passifs" aux côtés des mineurs, des étrangers, des pauvres et des fous ! Les prérogatives politiques s’avèreront partout les plus ardues à conquérir. Elles ne seront acquises qu’au XXe siècle, d’abord en Europe du Nord (Finlande, 1906) et surtout après les guerres. Aujourd’hui, il existe de grands écarts pour la représentation politique des femmes dans les parlements nationaux. La Finlande est championne avec 42,5 %, la Suède également avec 45 %, mais aussi le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne. Au bas de l’échelle : le Portugal (26,5 %), l’Italie (21,3 %), la France (18,9 %), la Grèce (17,3 %) et Malte (8,7 %) [1]. Ironie : fondateurs de la démocratie et pourtant, derniers pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes ! De fait, il existerait une Europe du Nord, assez égalitaire quant aux rapports aux sexes, et une Europe du Sud, plus conventionnelle, en raison notamment de la résistance de la famille traditionnelle.

L’accès à la démocratie locale reproduit à peu près les mêmes écarts. En ce qui concerne l’exécutif, la représentation est faible. Mais nul ne peut contester la domination féminine de l’Europe incarnée par Angela MERKEL. L’utilisation de la politique des quotas ou « comment la fin justifie les moyens » selon Machiavel. Cela n’est pas satisfaisant mais serait une impulsion nécessaire pour prouver leurs capacités. 34,9 % de femmes composent le Parlement européen mais ce pourcentage est à relativiser puisque le poids des pays de l’Union diffère. Le nouveau gouvernement français accès sur la parité va-t-il être un précurseur pour dépasser cette notion de quota ?

Ce que veulent les femmes pour elles-mêmes…

Emprisonnées dans leur foyer, elles ont su très vite se cultiver. En effet, elles ont inventé des formes de sociabilité (le salon) et d’expression (le roman). Par ces modes de communication, des femmes, de Paris à Londres, de Berlin à Saint-Pétersbourg, ont joué un rôle dans la diffusion des Lumières et dans l’avènement de nouveaux modes de penser. Elles ont joué ainsi un rôle considérable, inscrivant dans les mœurs une esquisse d’égalité que les Philosophes d’alors étaient cependant loin de leur reconnaître ! Leurs qualités n’ont cependant pas été reprises par le Code Napoléon. "L’inique Code Civil", que dénonçait George Sand, née ironiquement la même année que lui, et largement exporté en Europe, n’a pas été l’œuvre juridique le plus empreint de modernité à ce niveau. Les derniers « fléaux » du Code Napoléon n’ont, en France, disparu que très récemment. Le viol entre époux n’a été reconnu en France qu’en 1976. Les lois européennes qui le sanctionnent sont rares, ou existent depuis peu. Le fait qu’il ait lieu dans la "sphère privée" est généralement invoqué par les États pour justifier leur inertie.

Les législations en matière de violences conjugales sont souvent aussi très récentes. En outre, ajoutons que les victimes de la traite des femmes peuvent obtenir l’aide de financement de l’UE pour se réinsérer dans la société par l’éducation, la formation et l’emploi (voire Programme Daphné de la Commission). En sus, les règles en matière de divorce sont très hétéroclites. La moyenne est près d’un divorce pour deux mariages. A Malte, il y était encore interdit jusqu’en juillet 2011. Les Belges ont le plus fort taux de divorce (3,3 pour 1000 habitants). Il existe en revanche très peu de divorces en Italie (existant depuis 1974) en raison de la lourdeur de la procédure. En effet, les futurs ex-époux doivent enregistrer leur séparation d’une durée obligatoire de trois ans avant que leur divorce ne soit officiellement reconnu.

La majorité préfère par conséquent abandonner les démarches et rester en union libre. Sur la question homosexuelle, 63 % des Français se déclarent favorables pour le mariage entre personnes de même sexe. Seuls trois pays l’autorisent : les Pays-Bas (les premiers), la Belgique et l’Espagne depuis 2005. L’adoption homosexuelle est légalisée en Allemagne, au Danemark, en Espagne et aux Pays-Bas de manière réglementée. Notons que 61 % des Européens s’y déclarent favorables. Aujourd’hui, la femme européenne de 2012 peut penser à elle-même, c’est en cela sa véritable révolution. Elles prônent les mariages d’amour, le concubinage, les relations libres hétéro ou homosexuelles. Elles jouissent d’une certaine légèreté.

Dans ces évolutions, le rôle des institutions européennes a été tardif, ne commençant vraiment que dans les années 70. Laboratoire d’expériences, levier pour l’égalité, creuset pour la parité, l’Europe est une chance pour les femmes et par elles. Les lois de l’Union européenne sont essentielles pour assurer aux femmes l’égalité des chances. Que voulons-nous qu’elles nous apportent ? Un développement de la contraception, notamment par la diffusion de moyens contraceptifs par des centres d’information et de dialogue adaptés, une généralisation du droit à l’avortement renforcée par une politique sociale européenne, le développement du salariat féminin, notamment par le tertiaire, dans une Europe devenue dédale de bureaux ; et surtout une avancée politique restée bien inachevée et inégale dans une Europe qui a pourtant vu naître l’idée de parité.

Le jour où en Europe, une femme incompétente avec des enfants en bas âge sera nommée Commissaire, l’Europe aura assuré l’effectivité du principe de l’égalité homme-femme. Néanmoins, les disparités géographiques, générationnelles, religieuses et traditionnelles demeurent des obstacles structurels à une harmonisation européenne de la condition féminine. Il faudra laisser le temps aux mœurs d’évoluer encore et aux mentalités de s’influencer.

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Vos commentaires

  • Le 5 juin 2012 à 10:04, par Bernardo Rodrigues En réponse à : Ce que veut la femme européenne en 2012

    « En ce qui concerne Chypre et Portugal, les seules possibilités sont le viol et raisons de santé. » Correction : au Portugal, depuis 2007, l’avortement est legal avant les 10 semaines.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Abortion_in_Portugal

  • Le 5 juin 2012 à 10:30, par Stéphanie En réponse à : Ce que veut la femme européenne en 2012

    « Le jour où en Europe, une femme incompétente avec des enfants en bas âge sera nommée Commissaire, l’Europe aura assuré l’effectivité du principe de l’égalité homme-femme. » : triste vision et triste conclusion surtout, d’un propos intéressant. On n’aura donc réussi le combat que le jour où des incompétentes seront nommées ? … Autre pinaillerie : l’emploi du singulier dans le titre (« la femme européenne ») alors qu’il est au pluriel dans le texte, qui induit une incompréhension quant à l’essentialisation (ou non) du propos, fort dommage. « La » femme n’existe pas, que « les » femmes…

  • Le 5 juin 2012 à 11:37, par ? En réponse à : Ce que veut la femme européenne en 2012

    « La femme européenne », c’est un grand raccourci pour parler de la situation des femmes en Europe. La situation des femmes dépend aussi de l’histoire de chaque territoire. Chez les Vikings par exemple, les femmes devenaient « chef de famille » quand leurs maris partaient s’absentaient. Et elles avaient une place plus importante que ne l’avaient les femmes du Sud de l’Europe, au sein des familles et dans la vie politique.

    Côté politique, les femmes n’ont pas attendu le XXe siècle pour diriger des Etats. Il y a eu plusieurs reines ou impératrices célèbres, qui ont effectivement gouverné elles-mêmes : Marie-Thérèse d’Autriche, les Catherine de Russie (1ere et II), Victoria au Royaume-Uni, et je suis sûr qu’on peut en trouver bien d’autres. Même en cas de régence, ce n’était pas forcément des hommes qui revenaient au pouvoir. Aux Pays-Bas par exemple, Wilhelmine d’Orange-Nassau a régné effectivement après la régence de sa mère, Emma de Waldeck-Pyrmont.

    Sur la question de la compétence, c’est subjectif. Comment déterminer qu’une personne politique est incompétente ? Et en général, ce sont des gens compétents qu’on essaie de nommer à des postes importants. Surtout au sein de l’Union, et malgré ce qu’en pensait F.Giroud. En tout cas, la question est réglée en France depuis les nominations de Nadine Morano, Rachida Dati et Roselyne Bachelot !^^

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