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8 septembre 1906

Centenaire de la naissance de Denis de Rougemont

Du personnalisme au fédéralisme

, par Jean-Baptiste Mathieu

Ce vendredi 8 septembre dernier nous avons fêté le centenaire de la naissance de Denis de Rougemont (le 8 septembre 1906 à Couvet, Canton de Neuchâtel, Suisse). L’occasion de revenir sur l’œuvre et la vie de cet écrivain trop méconnu...

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À la découverte du personnalisme

« Écrire n’est pas un art d’agrément » [1]. Étudiant en lettres à l’Université de Neuchâtel, Denis de Rougemont, dès l’âge de 20 ans, veut être écrivain. Ce fils de pasteur entend faire de sa vocation le média de ses opinions.

Après un voyage en Europe centrale, l’occasion pour lui de découvrir l’Europe et sa culture, il s’installe en 1930 à Paris. C’est dans la capitale française qu’il va fréquenter différents cercles qui vont le conduire dans l’aventure personnaliste jusqu’à en faire un des fondateurs. Il rencontre Arnaud Dandieu et Alexandre Marc les deux précurseurs du mouvement personnaliste à l’époque, le jeune écrivain suisse est séduit par le manifeste et adhère à la formule « Ni individualiste, ni collectivisme, nous sommes personnalistes ».

En 1932, Denis de Rougemont publie le Paysans du Danube, inspiré de son voyage de 1929, c’est cette même année que débute sa collaboration avec les revues « L’Ordre nouveau » (Robert Aron, Arnaud Dandieu et Alexandre Marc), « Esprit » (Emmanuel Mounier) et « Plans ». Les articles publiés dans ces revues vont constituer le socle des deux premiers importants ouvrages de Rougemont : « Politique de la Personne » (1934) où l’auteur présente une conviction qui sera le combat de toute sa vie : « toute politique n’est digne d’être défendue que si elle a pour base et pour but la personne » pour reprendre l’expression de François Saint-Ouen [2] ; et Penser avec les mains (1936) où il affirme que la liberté individuelle et la responsabilité à l’égard d’autrui, deux notions fondamentales pour les personnalistes, ne sont pas des concepts abstraits mais sont l’enjeu d’action quotidiennes.

Contre le totalitarisme, le choix du fédéralisme

De 1935 à 1936, Denis de Rougemont quitte la France pour l’Allemagne où il est lecteur en français à l’Université de Francfort. Cette expérience dans l’Allemagne qui découvre le nazisme sera l’objet du « Journal d’Allemagne » (1938) et le poussera à la suite de sa mobilisation de rédiger en 1940, avec d’autres intellectuels, un Manifeste de résistance à Hitler qui s’oppose à « la neutralité complaisante » [3] de la suisse vis-à-vis des forces de l’Axe. C’est la création du mouvement la « Ligue du Gothard ». Ces prises de position anti-hitlérienne vont le conduire sur le chemin de l’exil, il est envoyé en mission de « conférences » aux Etats-Unis et y écrit notamment « La part du diable » (1942) l’occasion pour lui de constater que le diable, dont l’incarnation contemporaine est Hitler, « fruit de nos démissions, de nos lâchetés, de nos faiblesses » est partout ; et « Lettre sur la bombe atomique » (1946) où il estime qu’Hiroshima et Nagasaki sont l’illustration d’un danger mondial qui doit pousser l’humanité à dépasser la souveraineté nationale.

À son retour en Europe en 1947, incité par Alexandre Marc, Denis de Rougemont s’engage dans les mouvements fédéralistes. Il prononce le discours inaugural du premier Congrès à Montreux publié plus tard sous le titre L’attitude fédéraliste. L’année suivante il est rapporteur de la commission culturelle et rédacteur de la déclaration finale du Congrès de La Haye. « La constitution et les attributions d’un Centre européen de la culture » est l’objectif, qui figurait au sein de la résolution de la commission culturelle, que Denis de Rougemont va prendre en charge. Cela passe par la création en 1949 d’un « Bureau d’études » à Genève dont il a la direction qui organise pour le Mouvement européen la première Conférence européenne de la culture du 8 au 12 décembre 1949. Le Collège d’Europe de Bruges et le Centre européen de la culture (CEC) sont les deux créations sorties de cette conférence. De la création du CEC le 7 octobre 1950 à sa mort, Denis de Rougemont a consacré au Centre européen de la culture la majorité de son temps et de ses forces. Parallèlement les régions et l’écologie sont les deux thématiques qui vont occuper le reste de son action et de ses réflexions.

Centenaire d’un militant de la paix

Alors qu’il qualifie l’État « d’amicale des misanthropes », Rougemont voit à travers la région - ni trop grande comme l’Etat, ni trop petite comme la commune - l’entité à partir de laquelle doit se construire une Europe fédérée. Il défend dans L’avenir est notre affaire (1977) la création d’un Sénat des régions.

Du personnalisme au fédéralisme, Denis de Rougemont, mort le 6 décembre 1985 a fait de son combat pour la Personne contre toute forme de totalitarisme la base de son engagement pour un projet fédéraliste structuré à partir des régions, un projet qu’il qualifiait lui-même de révolutionnaire.

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P.-S.

- Denis de Rougemont sur Internet :

- Denis de Rougemont sur wikipedia.

- Denis de Rougemont sur le site du « FCE / Le Fédérateur ».

- Site de la Fondation de Rougemont.

- Site officiel du CEC.

Notes

[1Jean Starobinski, in n°33 de la revue « Cadmos » : numéro d’hommage à Denis de Rougemont, document publié en 1985

[2« Denis de Rougemont », article de François Saint-Ouen, in « L’Europe en formation » n°296, document publié au printemps 1995.

[3ibidem

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