
Le Taurillon : Que représente pour vous le symbole de la Chute du Mur de Berlin en 1989 ?
Incontestablement, la victoire d’un modèle sur un autre. Ce jour-là, le modèle occidental – démocratie parlementaire, respect des droits de l’Homme, économie de marché – a porté un coup mortel au modèle communiste.
Prélude à l’effondrement de l’URSS, à l’éclatement de la Yougoslavie et à la souveraineté retrouvée des pays du défunt Pacte de Varsovie, la chute du Mur de Berlin symbolise aussi pour moi les retrouvailles de la « grande Europe » concrétisées par le double élargissement de l’Union européenne et de l’OTAN.
Le Taurillon : Est-ce que les dirigeants de l’Europe « de l’Ouest » ont tout de suite perçu l’importance de l’évènement ?
Si la plupart ont été surpris par sa soudaineté, ils en ont vite perçu l’importance : l’apparition d’une Allemagne réunifiée de 80 millions d’habitants au cœur du vieux continent ! Mais François Mitterrand et Margaret Thatcher, par exemple, ont manifesté leur crainte plutôt que leur joie. Comme si la chute du Mur rapetissait d’un seul coup la France et le Royaume-Uni et ressuscitait le spectre de 1870, 14-18 et 39-45… Fort heureusement, leur pusillanimité n’a pas arrêté le cours de l’Histoire.
Le Taurillon : Dans l’Allemagne d’aujourd’hui, comment est perçu cet évènement, dix-neuf ans après la réunification de la RFA et de la RDA ?
Avec le résultat des dernières élections fédérales, des films comme Good bye Lénine ou La vie des autres traduisent mieux que tous les sondages de circonstance le sentiment des Allemands…
Die Linke, héritier du parti communiste et refuge des amis d’Oskar Lafontaine, a certes obtenu d’excellents résultats dans l’ex-RDA dont les habitants – les Ossies – se sentent toujours moins bien traités que les Allemands de l’ouest. Mais les deux films précités montrent que la nostalgie de l’ancien régime, quand elle existe, est teintée d’humour et que personne, vraiment personne, ne regrette la disparition de la sinistre Stasi…
Le Taurillon : Vous êtes l’auteur d’un livre sur Angela Merkel. Est-elle le symbole vivant de la chute du Mur et de l’Allemagne réunifiée ?
La chancelière, à sa façon, est un pur produit de la méritocratie de l’ex-RDA. Elle n’a jamais été dissidente et n’a jamais prétendu l’avoir été ! Le 9 novembre 1989, elle était au sauna avec une amie… Elle n’est donc pas le symbole de la chute du Mur. En revanche, elle incarne l’Allemagne réunifiée puisque dès la chute de ce Mur, avec une rapidité stupéfiante, elle a renoncé à son métier de physicienne pour s’engager corps et âme en politique à l’âge de 35 ans. Si quelqu’un a senti souffler le vent de l’Histoire, c’est bien elle !



