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Congrès de l’UMP : la droite française a-t-elle une ambition pour l’Europe ?

, par Charles Nonne

Le 18 novembre, l’Union pour un mouvement populaire (UMP) tiendra son quatrième congrès. Les militants y désigneront leur président en départageant Jean-François Copé et François Fillon. Au-delà de ce choix politique, le rassemblement de la principale force politique d’opposition aurait pu donner lieu à un véritable débat de fond sur le projet du parti pour la France et pour l’Europe.

François Fillon – Auteur : UMP Photos - Certains droits réservés

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Une recherche permanente du consensus en matière européenne

Lors du congrès du 18 novembre, la base militante de l’UMP s’exprimera lors de trois scrutins : les militants éliront tout d’abord une équipe dirigeante, avec à sa tête le président du parti. A l’image du parti socialiste, ils détermineront ensuite la représentation au sein du parti de différents mouvements, dont l’existence a in fine été acceptée. Enfin, l’UMP devra ratifier une nouvelle Charte des valeurs et ainsi renouveler son attachement à l’orientation politique qui fut la sienne durant les dix dernières années.

Le vote sur les motions présentées par six mouvements nouvellement créés aurait pu être l’occasion d’un débat nourri et ambitieux sur la vision de la droite pour l’Europe, si ce vote n’avait pas été éclipsé par la campagne pour la présidence du parti. En effet, ces motions, souvent soutenues par plusieurs personnalités du parti, présentent des positions radicalement divergentes sur l’Europe.

La « France Moderne et Humaniste » propose ainsi la constitution une Europe fédérée, gouvernée démocratiquement par des Parlement nationaux et européen forts, en pointe dans les domaines de l’écologie et des droits de l’homme. Les « Gaullistes en Mouvement » ne conçoivent l’Europe que comme une instance intergouvernementale dirigée par des Etats souverains. La « Droite forte », à l’image de la campagne européenne de Nicolas Sarkozy, plaide en faveur d’une « Europe forteresse » protectrice de ses frontières.

Trois autres motions délaissent ostensiblement les questions européennes : la « boîte à idées », focalisée sur le renouvellement du parti, se contente d’évoquer une hypothétique Europe défenderesse des intérêts français. La « Droite sociale », menée par Laurent Wauquiez, se concentre sur les questions économiques et sociales en négligeant leur dimension européenne. Quant à la Droite populaire, mouvement proche du Front national, sa charte fondatrice se garde de toute référence à une puissance supranationale en plaidant pour une « Europe forte, fondée sur les peuples ».

A l’inverse, la Charte des valeurs de l’UMP place l’Europe au cœur des préoccupations de la droite républicaine. Le Vieux Continent est présenté comme le vecteur d’innovations et d’investissements dans des domaines tels que développement durable, où les capacités d’un Etat unique sont insuffisantes face aux enjeux de la mondialisation.

Cependant, ce texte aux orientations très générales se limite à quelques déclarations de principe, et s’écarte de toute ambition superflue. Est ainsi rappelé un attachement de l’UMP au lien franco-allemand et aux coopérations renforcées qui prospèrent entre différents Etats d’Europe. L’Europe se construirait par des « projets communs », mais manifestement pas par un projet, une vision. La vision européenne de l’UMP se contente ainsi d’ « un cadre dans lequel les Nations doivent pouvoir exercer leur souveraineté tout en se projetant dans un avenir commun », vision certes rassembleuse mais floue et incertaine.

Un affrontement pour la présidence délaissant les questions européennes

Le débat télévisé entre MM. Fillon et Copé aura fourni l’occasion aux deux candidats d’exprimer leur rapport personnel à l’Europe, sans pour autant qu’une vision et un cap soient donnés en la matière. Jean-François Copé s’est ainsi contenté de rappeler qu’il avait voté « oui » à tous les référendums de ratification de traités européens, avant d’asséner sa volonté d’en finir avec l’Europe passoire et sur la vocation de celle-ci à défendre ses frontières. François Fillon a reconnu avoir voté contre le traité de Maastricht, défendant ce choix par une volonté de combattre une Europe technocratique affaiblissant le pouvoir politique.

Des deux candidats, seul M. Fillon fait de l’Europe un véritable thème de campagne. L’ancien Premier ministre voit en l’Europe « l’un des grands pôles du XXIe siècle » et propose ainsi un « pacte européen » qui impliquerait une intégration européenne accrue, un gouvernement économique de la zone euro, un programme de grands investissements dans les domaines où l’Europe dispose de meilleurs moyens d’action que des Etats isolés.

Un projet européen paralysé par les divergences internes

En 2002, la création de l’UMP a permis le rassemblement de nombreuses familles politiques de droite et du centre, malgré plusieurs clivages néfastes entre l’ex-UDF et l’ex-RPR. Durant une dizaine d’années, le parti est parvenu à produire une synthèse relativement satisfaisante pour tous sur les questions européennes. En 2005, l’UMP fut moins divisée que le Parti socialiste sur le vote du traité établissant une Constitution pour l’Europe. Les principaux dirigeants du parti se sont rassemblés derrière Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012, approuvant sa politique européenne empirique, centrée sur le partenariat franco-allemand, sans la remettre en question. Les profondes divisions entre les différents courant du parti, quoique minimisées, n’ont cependant pas été atténuées. Le projet de l’UMP pour 2012 reflète ainsi l’ambivalence du parti et le consensus qui en résulte.

Reprenant certains arguments du président Sarkozy, l’UMP se conçoit en confrontation avec l’Europe, et non pas intégrée à elle. Son projet insiste ainsi pour que l’Union européenne s’intéresse davantage à l’emploi et à la croissance, et se répand à cette occasion en commentaires mesquins sur la réticence de l’Union à autoriser les aides d’Etat. A défaut de trancher le débat entre fédéralistes et souverainistes, la piste des « coopérations renforcées et ponctuelles » entre Etats est privilégiée – l’accord franco-britannique de 2010 dans le domaine de la défense étant fréquemment cité en exemple. En dernier lieu, fidèle à l’obsession du précédent Président de la République pour la défense des frontières, le parti rappelle la nécessité d’une Europe protectrice face aux « dangers » que constitueraient la mondialisation, l’immigration et la compétition internationale.

L’UMP est aujourd’hui confrontée aux mêmes difficultés que le Parti socialiste : l’extrême diversité de ses membres et de sa base l’empêche d’affirmer une ambition européenne résolue. Le soutien de l’action passée du président Sarkozy sur le Vieux Continent demeure une constante, mais force est de constater que l’Europe n’est pas un thème majeur pour les droites représentées dans le parti. La position officielle, vague et peu enthousiaste, ne fait par conséquent l’objet d’aucune remise en question approfondie et réfléchie.

L’UMP peut certes être inscrite dans la catégorie des partis « pro-européens », et certains de ses membres sont de fervents défenseurs de la fédéralisation ; néanmoins, cette dénomination ne suffit plus à caractériser la volonté européenne d’un parti qui ambitionne de reconquérir le pouvoir du second Etat le plus puissant du continent.

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P.-S.

Pour aller plus loin :

- Lire la position de François Fillon sur l’Europe et la construction européenne (site officiel)

- Lire le pacte européen proposé par François Fillon dans son projet pour l’UMP (page 12)

- La Charte des valeurs de l’UMP : « Le sens de l’Union »

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