
Une nouvelle crise internationale dans laquelle, aujourd’hui, l’Europe brille singulièrement par son absence et son manque d’ambitions.
Alors que l’action diplomatique nationale se révèle en l’occurrence singulièrement inefficace.
Et alors que les proche et moyen orients auraient pourtant, précisément, besoin d’une Europe médiatrice, puissance pacifique capable de faire enfin entendre sa voix.
Rappel des faits
Voilà 16 ans que le Liban est sorti de la guerre civile, 6 ans que l’armée israélienne a quitté le Sud Liban, 6 ans que la paix entre les deux pays est une réalité. Le 26 avril 2005 l’armée syrienne se retire du pays après des années d’occupation et d’ingérence dans les affaires libanaises.
Mais la situation reste et demeure explosive : A peine relevé des blessures du passé, le Liban souffre une fois de plus des conséquences de la situation régionale et de la passivité de la communauté internationale.
Rappel des faits : Le mercredi 11 juillet, en pleine crise entre le Hamas et l’Etat israélien, le Hezbollah libanais mène un raid sur le territoire israélien, tuant 8 soldats et en capturant 2 autres.
Suite à cette intervention, Tsahal entre au sud Liban. Le Premier Ministre de l’Etat hébreu, Ehud Olmert déclare le gouvernement libanais responsable de la crise en cours. Le 13 juillet, l’aéroport de Beyrouth et divers points stratégiques sont bombardés par l’armée israélienne. Depuis, la situation ne cesse de se dégrader.
Les causes du conflit
Ne soyons pas dupe, les causes de ce conflit dépassent largement celui d’un affrontement entre le Hezbollah libanais et l’armée israélienne. Le conflit trouve ses sources dans la situation géopolitique de la région. Le Hezbollah libanais n’est pas un acteur isolé, commandé par des intérêts propres et indépendants. Ne voyons pas non plus dans l’incursion du Hezbollah sur le territoire israélien, une passivité, voire une volonté du gouvernement libanais.
Le Liban n’a jamais reçu le soutien économique, politique et militaire des pays occidentaux comme il aurait dû en bénéficier. Ainsi, en lieu et place de l’armée libanaise, la milice chiite contrôle la frontière israélo-libanaise depuis 6 ans sous le regard impuissant de la FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban). Un Etat dans l’Etat voilà ce qu’est devenu le sud Liban après le retrait de Tsahal.
L’Iran et la Syrie tiennent une grande part de responsabilité dans la situation actuelle. Armé, soutenu et financé par ces deux pays, le groupe islamiste radical a embrasé la région. Le Liban se trouve pris en otage par les tensions qui existent entre ces pays et Israël. Et aujourd’hui encore le pays est victime des intérêts étrangers. Car il ne faut pas en douter, Israël fait payer à un gouvernement qui peine à panser ses blessures, le prix d’une faute qu’il n’a pas commis. L’Etat hébreu a lancé une offensive de grande envergure sur un pays politiquement instable et militairement innocent.
Rappelons nous les images historiques de Beyrouth à feux et à sang, d’un déchirement entre les différentes communautés durant la fin des années 1980. Il est sûr que personne n’a envie de revoir ces images.
La communauté internationale doit prendre des responsabilités
Alors que faire ? Que fait la communauté internationale ? Que fait l’Europe, l’ONU ou l’OTAN ? Car il ne fait aucun doute que cette frontière doit être sécurisée. Il ne fait aucun doute qu’Israël ne s’arrêtera pas tant que cela ne sera pas fait. Cette volonté d’Israël est légitime mais elle ne doit pas aboutir à une nouvelle occupation du sud Liban par Tsahal. Non, cela ne ferait qu’attiser les tensions et fournir de nouveaux prétextes à la guerre.
C’est ici que la communauté internationale doit intervenir. Le choix de l’action reste à définir mais la réaction doit se faire entendre et avec force. L’Iran et la Syrie, ne peuvent plus déstabiliser cette frontière, Israël ne peut plus attaquer le Liban sans aucune forme de sanction de la part des instances internationales. La communauté internationale se doit de pacifier la région. L’Europe doit défendre cette pacification d’une voix forte et commune.
Pourquoi l’Union Européenne ? Car elle représente aujourd’hui le modèle de règlement pacifique des conflits, parce que l’Europe propose à ces pays la transformation de la violence guerrière en violence politique et elle se doit d’exporter ces valeurs. L’Union Européenne est aujourd’hui responsable au Sud Liban de ne pas être une puissance diplomatique forte.
L’action diplomatique nationale se révèle inefficace
Le dossier du nucléaire Iranien, à ce titre, vaut de part son caractère exemplaire. Des actions diplomatiques nationales - mêmes si elles sont coordonnées - restent insuffisantes pour peser sur la balance mondiale. Preuve en est, l’action diplomatique de l’Allemagne, de la Grande Bretagne et de la France qui a clairement échoué. Cette triade n’a eu d’autres choix que de se tourner vers le Conseil de sécurité de l’ONU pour retrouver le rôle leader des Etats-Unis.
Aujourd’hui il est possible d’affirmer qu’une situation apaisée avec l’Iran aurait permis de gérer la crise libanaise avec plus d’efficacité, voire même de l’éviter. Les actions nationales doivent laisser place à celles de l’Union Européenne qui a seule, la puissance d’agir sur les dossiers du monde. Mais encore faut-il qu’on lui donne le mandat pour user de cette puissance.
Est-il normal que selon les sujets, cela soit alternativement la Présidence du Conseil, le Haut Représentant pour la PESC, ou les Commissaires qui soient les interlocuteurs de l’Union Européenne ? Est il possible de mener une action pertinente quand l’Union européenne et les Etats membres agissent en ordre dispersé ?
Le projet de Constitution nous offrait un Ministre Européen des affaires étrangères qui agrégeait l’ensemble de ces prérogatives et devenait ainsi, l’unique interlocuteur de l’Union Européenne avec les pays tiers. A l’heure de la crise, ce ministre manque.
La situation au Liban est donc un révélateur de plus, du besoin de coordination de la politique étrangère européenne et de ses capacités sous-employées pour apaiser les conflits. Nous avons les ressources nécessaires et la volonté évidente d’agir.
Il ne nous reste donc plus qu’à obtenir les outils institutionnels à la réalisation d’une politique étrangère pertinente, influente et ambitieuse.






