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De l’Etat-Nation à l’Etat-Continent

, par Arnaud Huc

Les Etats-Nations sont-ils dépassés aujourd’hui ? Si le XIXe siècle fut le siècle de la naissance de la nation, et le XXe fut celui de l’acmé nationaliste, le XXIe siècle sera-t-il celui du dépassement de l’idée nationale ?

Drapeau de l'Union européenne – Auteur vx_lentz Certains droits réservés

Auteurs

  • Étudiant en Science Politique à l’Université de Montpellier.

Certains comme Francis Fukuyama ont vu dans la chute de l’URSS la fin de l’histoire, c’est à dire l’émergence d’un monde totalement libéral, dans lequel les nationalités seraient progressivement effacées au profit d’une culture mondiale. 20 années après l’évènement qui marqua la fin de l’Union soviétique, les consciences nationales sont encore présentes. Comment dès lors imaginer un dépassement de l’Etat-Nation ?

I/L’Etat-Nation face au Monde

En 1991 un monde a disparu, l’implosion de l’Union soviétique a entraîné la fin de son empire en Europe de l’Est ainsi que la destruction du monde bipolaire opposant URSS et USA. Cet effondrement a également fait cesser la paralysie géopolitique propre à la seconde moitié du XXe siècle et qui consistait à choisir entre libéralisme et communisme. De cette fin de la bipolarisation on aurait pu croire que les Etats-Nations allaient retrouver une place de choix dans le concert des nations. Rien n’a été plus faux.

Les Etats-Nations sont aujourd’hui tous en crise, ils doivent faire face à une double crise à la fois géopolitique et économique. Géopolitiquement les Etats-Nations tels que la France, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne ont du mal à exister face à la puissance démographique, économique et militaire des Etats-Continents. En effet, s’il ne fait aucun doute que les Etats-Unis et la Chine ont déjà, et depuis longtemps, dépassé les Etats-Nations européens, d’autres Etats-Continents comme la Russie, l’Inde, le Brésil sont en passe de devenir des puissances importantes.

Les seuls Etats qui semblent se sortir de cette crise sont ceux de petite taille. La raison en est toute simple, ils ne sont pas dans la même course que celle qui guide les grands Etats, ils ne cherchent pas la puissance. Dans ce sens là, l’existence des petits Etats semble plus pérenne que la puissance des grands. Pourtant il ne faut pas oublier que les petits Etats n’existent et ne survivent que par bienveillance historiquement fragile des Etats alentours (c’est le cas de Monaco, de Saint-Marin ou encore de la Suisse) tant ils ne disposent que de faibles forces armées, l’existence de ces Etats reposent sur une protection qui pour des Etats de tailles moyennes constituerait à la fois une insulte et un viol de souveraineté.

Comment expliquer l’obsolescence d’une forme politique qui nous semble immémorielle ? Comment la mondialisation a-t-elle mis à mal des structures pérennes au XIXe et XXe siècle ? Au XIXe siècle les puissances européennes ont pu imposer leur domination sur tous les continents grâce à une supériorité technologique indiscutable et à une forte cohésion nationale. Cette supériorité a pu pendant un temps compenser la faiblesse démographique relative de ces Etats-Nations en augmentant la productivité industrielle, la puissance des armements et les moyens de communications. Maintenant que nous sommes dans un espace mondialisé, les pays qui autrefois souffraient d’un retard technologique ont pu progressivement se rattraper et donc combler ce fossé technologique qui les séparaient des Etats-Nations européens.

Maintenant que les Etats-Continents rattrapent progressivement l’écart technologique qui les séparait des Etats dits occidentalisés le problème de la concurrence entre deux formes d’organisation se pose. En effet quelles sont les causes de la puissance d’un pays vis à vis d’un autre quand leurs niveaux technologiques sont quasiment identiques sinon la population, et la taille de l’Etat [1]. A niveau technologique constant, plus une population sera nombreuse, plus elle permettra de produire en grande quantité (et à bas coût quand il s’agit de pays émergents dans lesquels les prestations sociales sont faibles).

Plus le territoire sera grand, et plus on risquera d’y trouver des ressources premières et des terres arables nécessaires à une économie industrielle. La grandeur démographique combinée à la grandeur géographique d’un Etat influeront donc directement sur la production de richesse, cette dernière étant le nerf de la guerre et permettant d’une part de développer le pays, et d’autre part de se doter d’une puissance militaire permettant un poids diplomatique plus important.

Maintenant que cela est expliqué, on peut déjà comprendre pourquoi à long terme les Etats-Nations européens (qui sont tous de tailles modestes) vont progressivement s’affaiblir face aux Etats-Continents (vis à vis de la Chine ce processus est déjà terminé).

II/De l’Etat-nation à l’Etat-Continent

Le constat effectué dans la première partie de cet article nous conduit à nous demander comment les Etats-Nations européens peuvent retrouver un poids diplomatique et économique face à ces Etats-Continents ? On voit mal comment, chacun de son côté, les Etats européens pourraient faire face à des Etats qui comme la Chine ou l’Inde ont la taille et la population d’un Continent. L’échec de l’idée nationale, en effet, est d’avoir été trop restrictive dans sa définition. Comment des nations qui sont souvent peuplées de moins de 100 millions d’habitants pourraient faire face à des blocs civilisationnels (regroupant souvent plusieurs « nations » comme en Inde) qui regroupent souvent des centaines de millions d’individus ? Ne pourrait-on pas voir les nations comme étant un intermède entre les identités locales plus anciennes, et les identités civilisationnelles qui viendront après les nations.

Si, par contre, au terme de l’intégration européenne se formait un Etat fédéral européen, celui ci pourrait, par sa taille, son poids démographique ou encore son économie devenir la première puissance mondiale, devant la Chine ou les Etats-Unis. L’Europe à coup sûr deviendrait un vrai Etat-Continent, capable de faire face à la mondialisation, non seulement en permettant du fait d’une meilleure cohésion une protection économique efficace de ces citoyens, mais aussi parce qu’un tel projet redonnerait confiance aux Européens.

On a souvent qualifié l’Union européenne de potentielle superpuissance en manque d’ambition. Cela n’est que trop vrai, il y a absolument tout en Europe pour permettre un relèvement de notre vieux continent, ce qui nous manque c’est le désir de faire du rêve européen, un projet viable.

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P.-S.

Pour aller plus loin :

*Le dossier Taille des pays et stratégies de croissance publié par l’OFCE.

Notes

[1Cette démonstration ne tient pas compte de facteurs tels que la cohésion nationale ni des majorités politiques en place, ceux ci en effet bien qu’ayant une influence ne sont que des épiphénomènes à côté de facteurs plus globaux tels le niveau de développement, la taille et le poids démographique d’un Etat.

Vos commentaires

  • Le 17 octobre 2012 à 08:57, par Bal En réponse à : De l’Etat-Nation à l’Etat-Continent

    D’abord, le libéralisme est une invention sémantique du capitalisme (sauvage) pour masquer sa dynamique à caractère mafieux : libéralisation suggère la liberté... Comment est on libre en France avec moins de 450 euros par mois pour vivre ? Ensuite, lorsque le communisme était présent, il y avait une sorte de compétition sociale réussie par les capitalistes grâce à une adhésion artificielle des peuples qu’ils régissaient, mais surtout grâce à ceux de leurs partisans des pays communistes qui ont détruit le projet social affiché du marxisme. Le communisme détruit, le capitalisme sauvage a les mains libres, il peut s’attaquer à la destruction des conquêtes sociales par l’élimination économique des « faibles » qu’il considère comme des boulets qui entravent sa marche vers le maximum de profit. Comme les communistes, ils souhaitent une « mondialisation », mais pour des motifs diamétralement opposés. Preuve : la destruction systématique des projets sociaux partout dans le monde, la multiplication des dumping fiscaux, le laxisme de la lutte contre les mafias financières, le laxisme des luttes contre l’évasion fiscales, la soumission aux profits à court terme, etc. etc. Croire en une Europe libérale est une fausse route. Preuve : le désintérêt des populations à l’idée d’une Europe, même fédérale, l’abstention et le rejet permanent des population pour les projets européens. Une Europe qui s’autoproclame « libérale » (comprenez : capitaliste) est une impasse. Pourtant, il suffirait de peu de choses pour faire une Europe à visage humain... Mais il faut de l’imagination, et cela manque terriblement dans notre continent...

  • Le 17 octobre 2012 à 13:48, par Valéry En réponse à : De l’Etat-Nation à l’Etat-Continent

    @Bal : soyons un petit peu sérieux. Le libéralisme est d’abord une pensée politique qui s’est constituée en opposition aux régimes absolutistes du XVIIIe siècle. Il n’exclut nullement la notion de solidarité, certains libéraux prônent par exemple des mesures comme l’allocation universelle.

    Quand au communisme, je ne vois guère les peuples se mobiliser pour porter au pouvoir ses adeptes.

    La mondialisation elle n’est pas un « souhait » des uns ou des autres mais la poursuite d’un mouvement ancien accéléré par les évolutions technologiques qui font de la planète un espace de vie commune. Plutôt que de réduire le débat politique à un clivage archaïque je vous invite plutôt à relire l’article qui se pose une question bien plus d’actualité qui est celle du maintien de la capacité des Européens à peser dans le monde. Selon nous ceci implique qu’ils aient la capacité d’agir ensemble, à travers des institutions dotées des compétences nécessaires au niveau du continent ce qui implique naturellement une démocratie fédérale européenne.

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