Depuis novembre 2007, il existe à Radio France un poste de directeur délégué à l’éditorial Europe. Ce directeur est une directrice, Marie-Christine Vallet, qui nous parle de son travail à Radio France et nous dévoile les temps forts de la campagne des européennes sur les antennes du groupe.

Taurillon : Vous êtes directrice déléguée à l’éditorial Europe pour le groupe Radio France. Ce poste à caractère transversal est assez atypique. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’historique et les missions de votre poste, ainsi que le travail au quotidien qu’il vous demande ?

Marie-Christine Vallet : Ce poste a été souhaité par le Président de Radio France et mis en place en novembre 2007, à l’approche de la Présidence française de l’UE, avec la mission de suivre de près l’actualité européenne et ses implications en France, de traiter des sujets sur les différentes antennes de Radio France et de faire de l’alerte. C’est un travail de journaliste, avec la présentation de chroniques, interviews et « papiers » radio sur des sujets européens ; il s’accompagne de prévisions hebdomadaires précises sur l’actualité européenne, destinées aux rédactions, avec une anticipation des évènements à venir, ainsi qu’un agenda à plus long terme.

Taurillon : On peut regretter que l’actualité de l’Union Européenne comme celle des autres Etats membres restent peu présentes dans les médias. Partagez-vous ce sentiment ? Quel est votre regard sur la place de l’Europe dans les médias et en particulier la radio que vous connaissez mieux, et comment expliquez-vous qu’elle soit si peu mise en avant par les médias ?

MCV : Il est vrai que par rapport à l’actualité nationale, on pourrait proportionnellement en faire plus sur l’Europe ! Mais sur la couverture européenne, les médias sont inégaux entre eux. Les grandes agences de presse, ainsi que des journaux généralistes ou économiques suivent régulièrement cette actualité, notamment parce qu’ils ont des bureaux à Bruxelles et certains ont même des pages spéciales Europe ou Union européenne. A la télévision, malgré quelques émissions spécialisées (FR3, Arte, Euronews ou France 24…) l’Europe est peu présente, et les sujets européens sont rarement en ouverture des Journaux télévisés.

A Radio France, l’Europe a pris plus de place au fil des années ; à part les évènements traditionnellement couverts (Sommets, élections du Parlement européen, Conseils des ministres décisionnaires...) des chroniques, ou des rendez-vous réguliers sont apparus par exemple sur France Info, France Culture ou France Bleu. Ce qui montre bien d’ailleurs, qu’en-dehors de l’actualité traitée de Bruxelles, Strasbourg ou Luxembourg, beaucoup de sujets européens peuvent être développés, notamment des sujets « magazine » pas forcément liés à l’actualité politique.

Certains médias sont rebutés par l’actualité européenne qu’ils jugent complexe voire ennuyeuse, des patrons de journaux estiment parfois que « ça ne fait pas vendre » ; il me semble que l’on peut toujours trouver un angle d’attaque, une présentation, ou imaginer une forme de traitement qui soit bien reçue par le lecteur.

On peut toujours trouver un angle d’attaque qui soit bien perçu par le lecteur

Taurillon : Les élections européennes approchent et un grand nombre de citoyens ignorent encore parfois jusqu’à l’existence du Parlement européen. D’un autre côté, les précédents scrutins ont déjà enregistré une très faible participation (42,8% en France en 2004). Selon vous, quel rôle les médias ont-ils à jouer dans le processus démocratique et quels peuvent être leur impact pour les européennes ? Quelle est la stratégie développée par Radio France et comment y participez-vous ?

MCV : Leur rôle est d’informer ! Et comme dans toutes les élections, suivre les débats politiques, les candidats, parler des programmes mais encore faut-il que les partis politiques se mettent en campagne et cette année, le démarrage est tardif. Mais la campagne va s’intensifier, sa couverture aussi, ce qui devrait permettre à plus de français de comprendre qu’il y aura un vote en juin. Les élections européennes ont tout de même quelque chose de particulier, elles concernent 27 pays, et c’est l’occasion de faire des sujets sur les autres pays.

Les rédactions de Radio France ont prévu d’envoyer des reporters dans toute l’Europe, de déplacer des émissions à Berlin, Varsovie, Barcelone, Bucarest, Sofia ou dans les pays baltes…avec des sujets sur ces pays et des regards sur la préparation du scrutin chez nos partenaires, l’impact éventuel de la crise économique sur le vote, le sentiment européen sur place. Les diffusions ont d’ailleurs commencé, notamment le 27 avril lors de la journée spéciale dédiée à l’Europe sur toutes les antennes.

Taurillon : Les élections européennes seront certainement l’occasion de parler davantage d’Europe, mais pour ancrer le sentiment d’une véritable « citoyenneté européenne », une permanence et une régularité de la couverture médiatique s’imposent. Quelle évolution prévoyez-vous à ce sujet ?

MCV : Depuis des années, les décisions prises à l’échelon européen concernent toute notre vie quotidienne, en matière par exemple de consommation, de protection de la santé ou de l’environnement, de normes de sécurité, de paiements transfrontaliers etc. Je pense que peu à peu, tout le monde prendra conscience de cette réalité et les médias aussi !