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De la démocratie en Europe, par Mario Monti et Sylvie Goulard

, par Fabien Cazenave

L’eurodéputée française Sylvie Goulard et le président du Conseil italien ont écrit un livre sur la démocratie et l’Europe. Les auteurs y montrent l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, avec ses insuffisances. Ils dressent aussi des pistes pour sortir des égoïsmes nationaux.

« De la démocratie en Europe » par Sylvie Goulard et Mario Monti

Auteurs

L’ancienne présidente du Mouvement Européen - France, Sylvie Goulard, pourrait être le portrait robot de l’eurocrate : ancienne professeure à Sciences po et au Collège d’Europe à Bruges, intelligente, une grande culture, auteure de nombreux livres sur la construction européenne (dont « l’Europe pour les Nuls »), polyglotte émérite (elle peut passer du français à l’anglais, l’allemand et/ou l’italien dans une même conversation) et n’ayant pas peur des sujets complexes comme l’Union européenne et l’économie. Elle a même travaillé auprès de Romano Prodi quand celui-ci était président de la Commission européenne. Mario Monti aussi pourrait être perçu comme un sombre technocrate : il n’a jamais été élu mais il est désormais sénateur à vie, ancien commissaire européen, président de la prestigieuse université Bocconi à Milan, économiste reconnu…

Des technocrates… et alors ?

Oui, ces deux techniciens de l’Europe ne font pas de procès à la technocratie. Oui, ils n’opposent pas technocratie et démocratie. Oui, ils défendent les acquis issus de la construction européenne. Pour autant, ils ne rejettent pas non plus la politique : ils rappellent ainsi dans le premier chapitre que la Commission européenne, cible habituelle du qualificatif de « technocrate » devenu « eurocrate » avec le temps, est étroitement surveillée par les représentants directs des citoyens, le Parlement européen… et que c’est très bien ainsi.

De ces deux profils on pouvait attendre au premier abord un livre rempli de chiffres et de notions économiques difficiles à appréhender. Il n’en est rien. Le fil conducteur de l’ouvrage est le livre d’Alexis de Tocqueville : « De la démocratie en Amérique ». Ce désir permanent de mettre en perspective l’action du présent ou du passé récent nous éclaire sur la situation actuelle de l’Europe en pleine crise de l’euro. Même sur des sujets économiques complexes (comme dans le chapitre 3), la situation devient plus compréhensible car dans la lumière de choix globaux, notamment avec la lutte contre les inégalités comme grille de lecture. Surtout, Sylvie Goulard et Mario Monti ne céderont pas sur un point fondamental à leurs yeux : le but de la politique n’est pas de prendre le pouvoir mais de l’exercer pour le peuple. Ainsi les politiques économiques ne sont pas des obligations pour faire plaisir aux marchés mais doivent être pensées et mises en oeuvre au service des citoyens.

Le problème démocratique « de » l’Europe ou « en » Europe ?

Les auteurs n’hésitent pas à pointer là où cela fait mal : « Le problème n’est pas celui du déficit démocratique de l’Europe mais celui, infiniment plus vaste, de la démocratie en Europe, qui englobe des systèmes nationaux et de leurs coordinations ». Ainsi, nous devons prendre en compte, au-delà de l’espace public européen, les dysfonctionnements de nos propres systèmes publics nationaux pour mieux saisir le malaise citoyen se faisant actuellement jour sur notre continent.

Le président du Conseil italien et l’eurodéputée constatent que le fonctionnement politique des institutions européennes entraîne « une double frustration : les électeurs européens expriment des choix au niveau national, où les moyens d’action sont de plus en plus limités, mais ont peu d’influence au niveau européen, où le pouvoir tend à se concentrer » (p.63). Les auteurs démontrent en sus que le Parlement européen, ayant de plus en plus de pouvoirs législatifs, « ne joue aucun rôle dans la gestion de crise ». Nous avons donc un problème au niveau de l’exécutif européen, notamment en lien avec le poids trop important du Conseil européen. Sylvie Goulard et Mario Monti en appellent « à un désarmement général, à une coopération plus fructueuse des gouvernements et des instances européennes » (p.68). Un livre co-signé par une eurodéputée et un dirigeant national en est le premier signe en tous les cas.

Un livre de haut niveau

La conclusion, p.239, résume bien le livre. Il s’agit ici pour les auteurs de mettre en avant de manière synthétique les idées qui leur tenaient à coeur en écrivant ce livre. On retiendra notamment le point n°10 :

« La refondation de l’Europe passe par un choix à assumer : soit le maintien d’une Europe originale, différente de la démocratie parlementaire classique, ce qui supposerait toutefois de la comprendre et de la défendre ; soit la création d’une démocratie parlementaire européenne, voire d’un régime présidentiel. Le pire en tout cas est l’entre-deux, la critique permanente du système au nom de la [démocratie], sans être prêt à l’instaurer effectivement ».

Les lecteurs assidus des livres sur la construction de l’Europe resteront peut-être sur leur faim car cet ouvrage est là pour aller de l’avant tout en tenant compte des mécanismes institutionnels européens d’aujourd’hui. Nous n’y trouverons donc pas de grande envolée sur l’Europe fédérale. Cependant, qu’il est bon de lire un texte où la politique est mise en perspective par de grands auteurs tels Alexis de Tocqueville ou Montesquieu. Cela nous réconcilie avec les débats sur l’Europe faisant souvent la part belle au court terme national.

Pour cette raison, nous ne pouvons que soutenir Sylvie Goulard et Mario Monti quand ils écrivent : « l’essentiel pour faire de la construction européenne un projet durable, est d’en revivifier l’esprit » (p.141).

Voir en ligne : présentation de « De la démocratie en Europe » par Sylvie Goulard

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Vos commentaires

  • 20 janvier 2013  15:29, par Sacha

    @ Fabien Cazenave

    Intéressante question que celle de l’eurocrate. Pour moi et pour toute notion, je pense, elle est dualiste.

    On a des eurocrates « arriviste », comme partout, enfin, des hommes politiques qui se verrait bien eurocrate, parce que pour moi eurocrate est plutôt, positif, ce sont les hommes politiques européen influents.

    Mais il ne faut pas oublier que en prenant l’exemple du Parlement européen, ils ont tous été élu.

  • 20 janvier 2013  15:44, par Sacha

    Et puis il y a les Européens convaincu, qui ont de fortes convictions.

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