
Une place insignifiante pour l’Europe dans le débat entre Sarkozy et Royal
Deux ans après un débat passionné sur le projet de traité constitutionnel européen, la campagne présidentielle était attendue par tous les militants de la cause européenne comme un moment de vérité, une occasion pour les candidats à la magistrature suprême de dévoiler leur ambition pour une France européenne.
Le débat de l’entre-deux tours a été très décevant en la matière. Les questions n’ont occupé qu’une toute petite place du temps de parole des candidats. Il est tout à fait regrettable que cette question ait été encore traitée comme une simple question internationale.
Si l’Europe n’a jamais été au cœur de ce débat, les candidats ont pourtant multiplié les propositions et déclarations concernant la politique sociale d’autres pays européens (les pays nordiques notamment). Ils nous ont parlé d’une croissance française comme si celle-ci n’était pas liée à la croissance européenne. A aucun moment, ils n’ont dit ce qu’ils iraient défendre au Conseil européen en tant que représentant français. Alors que 70% des lois françaises résultent d’une transposition des directives européennes, cet aspect a été (volontairement ?) occulté.
Les questions énergétiques ont été, par exemple, évoquées sans rappeler qu’un Livre Vert de la Commission européenne propose aujourd’hui un cadre de réflexion et des structures techniques afin de mieux définir les problèmes et opportunités des différentes énergies en Europe. La seule dimension raisonnable et utile pour cette question cruciale ne serait-elle pas européenne ?
Les propositions pour l’Europe des deux candidats
Sur le principe d’un futur traité à caractère institutionnel, les deux candidats qualifiés pour le second tour se distinguent concernant le mode d’adoption de ce texte. Le « traité simplifié » que Nicolas Sarkozy appelle de ses vœux serait ratifié par voie parlementaire. Ségolène Royal promet pour sa part l’organisation d’un référendum sur un texte qu’elle souhaite voir complété d’un « protocole social ».
Ségolène Royal a rappelé son souhait de relancer l’Europe à travers la politique, mais cela ne doit pas se réduire uniquement aux questions institutionnelles. Elle souhaite une « Europe par la preuve ». Elle propose notamment de négocier avec les autres partenaires européens une TVA pour tout ce qui concerne les énergies renouvelables.
Nicolas Sarkozy souhaite que l’Europe ne soit pas « le cheval de Troie de la mondialisation » et réhabilite la préférence communautaire, notamment dans les négociations à l’OMC.
Sur l’élargissement, Nicolas Sarkozy a rappelé son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Cet état fait partie de l’Asie mineure et doit avoir sa place au cœur d’une Union méditerranéenne. Ségolène Royal demandait de ne pas lui claquer la porte au nez et a rappelé que les français seront consultés par référendum, comme le prévoit la Constitution française, sur ce sujet.
Les médias n’ont pas joué leur rôle
Les questions européennes n’ont été traitées qu’à la fin des thèmes du débat. Malheureusement, celles-ci ont été reléguées dans une sous-rubrique des questions internationales à côté de la question du nucléaire en Iran et du développement de l’Afrique. C’est consternant ! A l’aune d’un Conseil européen capital pour l’avenir de l’Union européenne, comment peut-on oser encore traiter ce sujet comme une question internationale ?
Au cours du débat, les présentateurs auraient dû interroger les candidats sur les réponses que l’Union européenne apporte dans les domaines de l’environnement et de la croissance. Au lieu de cela, ils se sont contentés de distribuer la parole, voire d’être simplement un spectateur privilégié.
Quelle honte pour notre pays que se soient les extrêmes qui se soient les plus mobilisés sur les questions européennes tout au long de la campagne !
Suite à ce débat, le citoyen français et européen en reste sur sa faim. L’ambition européenne des candidats ne passe pas.
Nous ne pouvons que regretter que la solution d’une Europe fédérale soit encore une nouvelle fois mise de côté.




