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Devons-nous craindre le retrait d’un Etat de l’Union européenne ?

, par Matthias Touillon

En cette période d’évolutions majeures au sein de l’Union européenne et notamment au sein de la zone euro avec une intégration toujours plus grande, l’éventualité soulevée, en parallèle, par David Cameron de redéfinir les liens du Royaume-Uni avec l’Union européenne pose la question suivante : une Union européenne à 26, 25 ou encore 24 Etats membres, et non plus 27, constituerait-elle vraiment une régression ?

Le Royaume-Uni et l'Union européenne - sourcs: Wikipedia - NuclearVacuum - CC

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Les temps sont sombres et l’heure est funeste pour l’Union européenne. Le 23 janvier dernier, David Cameron annonçait la tenue d’un référendum courant 2015 afin que les Britanniques se prononcent sur les relations qu’ils souhaitent voir établies entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. L’idée animant les lignes qui suivent ne réside pas dans une analyse de la stratégie politique qui sous-tend ce choix. Le funambulisme de Cameron et son discours ont d’ailleurs été largement commentés, analysés, disséqués. Peut-être trop même, tant la visée principale et le contenu intrinsèques du discours du Prime Minister avaient été annoncés à l’avance.

En effet, la possible sortie du Royaume-Uni à l’horizon 2015 soulève bien d’autres questions : quelles seraient les conséquences d’une sortie d’un Etat membre de l’Union européenne ? Serait-ce possible mais surtout serait-ce souhaitable dans le cas de certains Etats membres ? L’Europe à plusieurs vitesses est-elle une solution optimale pour assurer la pérennité du fonctionnement de l’Union européenne d’une part ainsi que la poursuite de l’élargissement à un nombre toujours plus grand de domaines de compétence d’autre part ? La liste ici n’est pas exhaustive mais il convient pourtant de s’y intéresser. Petite réflexion volontairement non objective et réfutable.

La sortie d’un Etat membre, un cauchemar ?

La crise des dettes souveraines au travers des cas irlandais, espagnol, portugais mais surtout grec et dernièrement donc l’annonce de la tenue d’un référendum par David Cameron sont venus ajouter de nouveaux épisodes à une longue série en cours au sein de la construction européenne : celui de la peur de voir un Etat membre sortir de l’Union européenne. En effet, l’idée de voir un Etat membre quitter le navire européen, surtout en ces temps de crise européenne structurelle, en fait frémir plus d’un.

Or la sortie d’un Etat serait-elle si catastrophique pour le projet européen ? Il est clair que la sortie d’un Etat membre aurait sur le plan symbolique un impact considérable et néfaste car il impliquerait dans un certain sens l’échec du projet européen. Pourtant une telle analyse reste biaisée. La portée de l’échec ne sera en effet que proportionnelle à ses causes. Un retrait dont les origines se situent dans un manque de solidarité entre les Etats membres et notamment économique comme c’est le cas aujourd’hui en Grèce serait véritablement un échec car ce serait les valeurs mêmes du projet européen qui se verraient refoulées.

Cependant, le retrait d’un Etat sur la base de considérations uniquement politiques, à l’instar de ce qui se passe actuellement pour le Royaume-Uni qui considère que les perspectives et orientations du projet européen ne correspondent plus à sa propre définition de ce dernier ; ne poserait ici aucun problème majeur. L’Union européenne et les Etats membres s’adapteront, plus ou moins difficilement, tandis que le pays ayant pris la décision de se retirer se devra d’assumer entièrement les conséquences de ce choix. Or les intérêts du Royaume-Uni ne vont pas dans le sens d’une sortie de l’Union européenne et David Cameron le sait pertinemment.

« L’Europe à plusieurs vitesses » ? Fort bien !

Les orientations actuelles de l’Union européenne, poussant de plus en plus à la création d’une Europe à plusieurs vitesses, ne constituent et ne devraient pas constituer un problème majeur. De plus, l’existence d’un processus politique particulier permettant aux Etats membres de déterminer leur degré d’implication et d’intégration au sein des divers projets politiques européens, ne constitue, elle non plus, pas une difficulté.

Quand bien même elle ralentit considérablement l’approfondissement de l’intégration européenne dans certains domaines ou secteurs clés, la possibilité de déterminer son degré d’intégration ne doit pas constituer une source de contentieux majeure à partir du moment où elle ne bloque pas le processus d’intégration dans son ensemble. Il est clair qu’il serait souhaitable que le degré d’intégration soit le même pour les 27 Etats membres et que ces 27 mêmes Etats s’accordent concrètement sur les orientations futures notamment en ce qui concerne le degré de fédéralisme qu’ils souhaitent donner au projet européen. Or il est utopique de penser que ceci est possible. Les héritages historiques ainsi que les conceptions politique, sociale et économique font qu’il est actuellement impossible pour les Etats de s’entendre.

L’existence d’une Europe à plusieurs vitesses n’est donc pas en soi un mal dans la mesure où elle permet à certains Etats membres de mettre en œuvre une intégration plus poussée. La zone euro en est un parfait exemple. Qui pourrait se plaindre du fait que ses 17 Etats membres aient pu instaurer un tel degré d’intégration économique, budgétaire et monétaire ? Qui pourrait se plaindre des prémisses de fédéralisme qui sont en train d’apparaître actuellement au sein de la zone euro ? De même qui pourrait se plaindre de l’existence de la coopération renforcée qui a permis dernièrement à une dizaine d’Etats de s’accorder sur la mise en place de la taxe Tobin ? Une Europe à plusieurs vitesses ne constitue donc pas une aberration en soi. Elles sont des étapes nécessaires actuellement au vu de la situation politique des divers Etats membres. Il serait toutefois souhaitable qu’une convergence ait lieu sur le long terme. De plus, les Etats, tels que le Royaume-Uni, qui auront décidé de rester sur le bord du chemin et n’auront pas souhaité s’investir plus profondément dans le processus d’intégration, ne devront pas s’étonner de payer un jour ou l’autre les conséquences de telles décisions politiques.

L’annonce de l’organisation par David Cameron d’un référendum courant 2015 soulève donc de nombreuses questions vis-à-vis du fonctionnement actuel de l’Union européenne et met en lumière certaines divisions structurelles vis-à-vis de la conception que se font les Etats membres du projet européen ; ces divergences de conception étant inhérentes à l’histoire de la construction européenne. Ce référendum fait porter le débat sur d’autres problématiques bien plus importantes pour l’avenir de l’Union européenne que la simple analyse d’une stratégie politique orchestrée par un Premier ministre britannique dans le but d’assurer sa ré-élection.

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Vos commentaires

  • Le 5 février 2013 à 21:49, par Chloé En réponse à : Devons-nous craindre le retrait d’un Etat de l’Union européenne ?

    Merci beaucoup pour cet article super intéressant !

    Juste un point sur l’opportunité d’une Europe à plusieurs vitesse : Ce qui se fait actuellement en termes d’Europe à plusieurs vitesses sont des coopérations renforcées entre certains Etats-membres. Or, cela se fait au détriment de la représentation des citoyens et de leurs intérêts et au détriment de la publicité des débats. Dans une coopération renforcée ce sont les Etats qui se mettent d’accord entre eux et font leur beurre dans leur coin sans que nous, citoyens, puissions faire grand chose pour influencer les choix, ce qui me semble dommage pour le projet européen. L’exemple est flagrant en ce qui concerne les dernières décisions prises par rapport à l’Euro, où ce sont les chefs d’Etat et de Gouvernements (en l’occurrence Merkel et Sarkozy ou Hollande) qui se mettait d’accord entre eux. Je ne crois pas que ce biais soit souhaitable pour l’avenir de l’Europe. Il s’agit donc d’y remédier si l’on veut permettre une Europe à plusieurs vitesses.

  • Le 6 février 2013 à 19:34, par Letaulier En réponse à : Devons-nous craindre le retrait d’un Etat de l’Union européenne ?

    @Chloé

    « Dans une coopération renforcée ce sont les Etats qui se mettent d’accord entre eux et font leur beurre dans leur coin sans que nous, citoyens, puissions faire grand chose pour influencer les choix, ce qui me semble dommage pour le projet européen. »

    Je te ferais remarquer que les parlements nationaux n’ont pas disparus et que les coopérations renforcées ne peuvent entrer en action qu’après ratification par les parlements. Et si la France a un parlement croupion, qui vote sans débattre, contrairement à l’Allemagne c’est de la faute des députés et des sénateurs français.

    Sinon sur le fond j’ai la même aversion pour les « coopérations renforcées » qui pour moi est la négation d’une union politique.

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