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Discours sur l’état de l’Union : Barroso et la « fédération d’Etats-nations »

, par David Pauwels

Il est 12h30 ce 12 septembre 2012. Et sur les chaînes d’information en continu, c’est à Karlsruhe que se situe le scoop central, pas à Bruxelles. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre.

Barroso lors de son discours devant le Parlement européen - source: FlickR du Parlement européen

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La Cour constitutionnelle allemande vient de rejeter les plaintes déposées contre le Pacte de stabilité. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) est validé et les fonds de secours voient leur légitimité bien établie. Les marchés vont très probablement bomber le torse et tous les responsables vont saluer cette décision. Certes, beaucoup d’éléments en découlent. Rappelons que lorsque Mario Draghi s’est exprimé la semaine dernière au sujet du rachat de dettes des pays en difficulté par la BCE, il l’avait clairement soumis à l’adhésion des pays à ces fonds de secours (FESF d’abord, MES ensuite). Tout va bien dans le meilleur des mondes. Dans un accès d’europhilie presque suspect, Angela Merkel s’exprime devant le Bundestag et parle d’une "bonne journée pour l’Europe". C’est en effet le cas. Mais elle ne pensait sûrement pas à Bruxelles et Barroso.

Le SOTEU, “State of the Union address” européen

Le "State of the Union address" est un exercice classique... du moins aux Etats-Unis. Lorsque le président américain fait face au congrès, en général fin-janvier, c’est pour tirer un bilan économique et politique de son action, tout en donnant les orientations à venir. Le moment est attendu et largement commenté par tous les éditorialistes du pays. Parfois, ce sont des moments véritablement historiques (sous Roosevelt, sous Reagan etc.). En Europe, son équivalent fait l’effet d’un véritable pétard mouillé. Barroso prend ouvertement position sur une question éminemment politique et polémique ? Qu’importe. Il prend position en faveur de l’Union bancaire, défendue avec vigueur par le commissaire Michel Barnier ? Qu’à cela ne tienne. L’horizon défendu par le président de la Commission est clair et relativement audacieux, surtout au regard des chefs d’état européens qui rivalisent de métaphores toutes plus timides les unes que les autres.

Certes, le concept de "fédération d’Etats-nations" n’est pas nouveau. C’est une antienne chère à Jacques Delors, un de ses illustres prédécesseurs. La vision qui est proposée n’est donc, en soi, pas un basculement révolutionnaire, pas plus qu’elle n’est un véritable fédéralisme. Monsieur Barroso se faisait d’ailleurs copieusement tancer par Daniel Cohn-Bendit dans les minutes qui suivaient, pour qui le concept d’Etats-nations est voué à disparaître derrière un super-Etat européen. On comprend donc mieux le positionnement de Barroso, qui s’inscrit ainsi dans la filiation de Delors. Et en dépit de sa timidité, du manque d’éléments concrets quant à la date ou aux moyens de sa mise en œuvre, ce discours a le mérite de placer des enjeux trop souvent escamotés par l’ensemble des décideurs politiques.

Ce discours est d’ailleurs un bel exercice rhétorique. Barroso y compare les multiples sommets européens à des "matchs de boxe, avec une victoire par KO sur un rival" [1] au détriment des avancées politiques. Il fustige les problèmes de crédibilité et de confiance qui en résultent. Il plaide pour des solutions politiques, et le mot n’est pas à prendre à la légère. Dans une conclusion qui sonne presque comme un slogan d’Obama, il lance ceci : "Les générations précédentes ont surmonté de plus grands challenges. Maintenant c’est à notre génération de montrer qu’elle est à la hauteur de la tâche" [2].

Pourtant, dire que ce discours est passé inaperçu serait un doux euphémisme. L’info était à Karlsruhe, et pas ailleurs. Il n’y a guère qu’Euronews qui a relayé l’événement, sans compter quelques secondes sur Itélé. Et pourtant, en dépit de quelques lacunes que les fédéralistes se feront un plaisir de pointer, un pas a été franchi. Ce pas est large, sérieux, qui va dans la bonne direction. "One giant leap for eurozone" pourrait-on s’amuser à dire, en paraphrasant le défunt Neil Armstrong. Mais il lui reste une autoroute semée d’embûches à parcourir. "Step by step" disaient-ils...

Voir en ligne : Discours disponible en anglais ici

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Notes

[1“It is not acceptable to present these European meetings as if they were boxing events, claiming a knockout victory over a rival”

[2“So Previous generations have overcome bigger challenges. Now it is for this generation to show they are up to the task”

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