
Le cycle de Doha qui avait pour ambition d’être un « cycle de développement », selon l’expression même des pays du G6, n’a pas même passé le cap des négociations sur l’agriculture. Pourtant, l’examen des questions agricoles étaient le préalable de discussions au cours desquelles devait être débattue, entre autres choses, la mise en place d’une meilleure distribution des médicaments dans le monde.
Ainsi le voilà abandonné, le rêve d’un commerce international mieux régulé : sur l’autel des sacro-saintes subventions agricoles.
Quand l’Europe manque de cohérence…
Il serait faux de faire de l’Union Européenne l’unique responsable de cet échec. Et les Etats-Unis, qui subventionnent tout autant leur agriculture que nous, ne sont pas exempts de tout reproche. A la différence près que l’administration Bush ne s’est jamais présentée comme le héraut du multilatéralisme. Et, finalement, voir les Etats-Unis faire preuve de protectionnisme pour défendre leurs intérêts ça peut être choquant mais en aucun cas étonnant : puisqu’ils n’ont jamais prétendu faire autre chose.
Cependant, l’Union Européenne et surtout la France se gargarisent souvent d’incarner sur la scène internationale le visage d’une politique internationale plus humaniste, plus soucieuse du développement mondial. Alors c’est vrai que Bruxelles représente 56% de l’aide au développement mondial, et que Chirac prône l’émergence d’une politique multilatérale : « le multilatéralisme est efficace, car il a permis, à Monterrey, à Johannesburg, de dépasser l’affrontement Nord-Sud et d’ouvrir la voie à des partenariats porteurs d’espoir, notamment avec le continent africain ».
Mais « paroles, paroles, paroles que tu sèmes au vent », car ce que donnent les européens d’une main, ils le reprennent de l’autre : en subventionnant leur agriculture et en pratiquant des prix de douanes élevés.
Quelles sont nos responsabilités ?
L’agriculture représente 90% du PIB de nombreuses économies africaines et uniquement 3 % de celle de l’Europe. Le développement du continent noir passera par l’agriculture ou n’aura jamais lieu. L’Afrique est le seul continent du monde où l’agriculture représente une part aussi importante de l’économie. Ce qui en fait aussi le plus soumis au bon vouloir des pays riches.
La question du développement africain passe par la faculté et le courage pour le Nord - l’Europe notamment et principalement la France - de repenser ce que doit être l’agriculture sur le vieux continent.
Rappelons que la PAC représente 40% du budget de l’Union Européenne. Mais ne serait-il pas justement temps d’en finir ? L’avenir de l’Europe est-il plus dans les nouvelles technologie, la recherche, l’innovation ou dans la production et l’exportation de sucre ?
La question du développement africain passe par la faculté et le courage pour le Nord - l’Europe notamment et principalement la France - de repenser ce que doit être l’agriculture sur le vieux continent.
Soutenir le multilatéralisme - ça veut dire changer en acceptant que notre politique ne soit pas la protection de nos intérêts, mais le souci que tous trouvent aussi le leur quelque part.
Or, c’est exactement le contraire de ce que dit Dominique Bussereau, Ministre de l’agriculture :
« Evidemment, cet échec n’est pas une bonne nouvelle pour le multilatéralisme. Or, le cadre multilatéral reste la meilleure option pour promouvoir des relations commerciales équilibrées et profitables aux pays développés comme aux pays en développement. Mais il n’a jamais été question pour la France d’accepter un accord déséquilibré et contraire à nos intérêts, pour prix de la survie du multilatéralisme ».
Cruelles incohérences…
C’est évidemment très facile de dénoncer l’incohérence de nos politiques. Et, si l’on veut être honnête, on doit reconnaître que bien souvent en tant que consommateurs, au moment de faire nos courses, nous prenons soin d’acheter des produits bien de chez nous et surtout pas les tomates espagnoles !
Alors trouvera-t-on un jour sur nos marchés des produits africains, même si cela va à l’encontre les intérêts du producteur du coin (s’il existe encore…) ? C’est sans doute à nos hommes politiques de nous permettre de franchir ce pas, mais est-ce vraiment envisageable ?
Enfin j’ai peut-être tort : je devrais sans doute crier victoire comme Jose Bové, me réjouir du triomphe de « la souveraineté alimentaire » c’est-à-dire la possibilité de produire plus que ce dont on a besoin pour inonder l’Afrique de sucre à betteraves. Puisque notre avenir, c’est les betteraves ! Vous voyez bien que vous n’y croyez pas. Les alter-mondialistes qui se réjouissent dès qu’une institution internationale a du plomb dans l’aile doivent passer de bons moments, ces derniers temps, en sirotant du jus de betterave sous le soleil.
L’échec des négociations « OMC » c’est le retour des accords bilatéraux pour le commerce international, c’est-à-dire les pays riches qui imposent à l’Afrique leurs conditions. Mais ’’ça’’ Dominique Bussereau et Jose Bové s’en foutent, puisqu’un autre monde est possible…




