
La Hongrie est caractérisée par un régime parlementaire. Le système de ces élections est particulièrement complexe. Les hongrois votent en même temps pour élire le représentant local de leur circonscription et pour un parti à l’échelle nationale.
Pour être représenté au Parlement, un parti doit obtenir au moins 5% des suffrages.
Les partis en présence
Il y a deux partis principaux :
A gauche, le MSzP (Parti Socialiste Hongrois), social-démocrate, actuellement au pouvoir en alliance avec le SzDSz (Alliance des Démocrates Libres).
A droite, le FIDESz-MPP (Alliance des Jeunes Démocrates - Parti Civique Hongrois), anciennement FIDESz ’’tout court’’. C’est un parti officiellement libéral, mais en réalité plutôt conservateur (son slogan pour les élections étant « travail, foyer, famille »…). Le parti a aussi une dimension populiste, au dire même de la dirigeante du MDF (parti traditionnellement allié au FIDESz), dimension qu’on retrouve d’ailleurs aussi dans le MSzP.
Deux autres partis sont actuellement représentés au Parlement :
Le SzDSz (Alliance des Démocrates Libres), qui est un parti libéral formé pour s’opposer aux communistes et prône, entre autres choses, l’application d’une « flat tax » (inverse de l’impôt progressif : c’est-à-dire un taux unique quel que soit le niveau des revenus). Il est généralement l’allié du MSzP.
Le MDF (Forum Démocratique Hongrois) qui a été, au début des années 90, le parti conservateur majoritaire (mais qui a progressivement perdu son influence au profit du FIDESz).
Le combat des (jeunes) chefs
Ces élections sont aussi le moment de l’affrontement de deux personnalités, proches et pourtant éloignées : Ferenc Gyurcsány et Viktor Orbán, âgés respectivement de 44 et 42 ans.
Tous deux originaires de province, ils ont eu une évolution très différente : le premier était secrétaire général du KISz (Mouvement des Jeunes Communistes, aujourd’hui disparu) lors des derniers mois du régime communiste. Au même moment le second était l’un des fondateurs du FIDESz : parti politique créé pour s’opposer au KISz et au régime communiste, en général.
Après le changement de régime, leurs trajectoires s’écartèrent. Orbán a continué à tirer progressivement son parti vers les sommets de la vie politique hongroise, pour finalement devenir premier ministre en 1998 (après la victoire de son parti en alliance avec le MDF).
Pendant ce temps, Gyurcsány est devenu un entrepreneur très prospère, aujourd’hui l’une des grandes fortunes hongroise. Il n’est revenu sur la scène politique qu’après 2002 (moment de la transition du MSzP vers la social-démocratie…) en tant que ministre (des sports), pour finalement devenir premier ministre en septembre 2004, après une crise au sein de la coalition de gauche
L’Europe, au second plan
L’Union Européenne n’est pas au cœur des débats. Il faut dire qu’il existe un certain consensus sur la question. Tous les partis actuellement présents au Parlement sont ouvertement pro-européens. Il est utile de rappeler que lors du référendum sur l’adhésion de leur pays à l’UE en avril 2003, les Hongrois ont voté ’’Oui’’ à l’adhésion à presque 84% (malgré une abstention forte de 55% qui a généralement été justifiée par l’aspect consensuel de la question).
Ce qui fait réellement débat au sujet de l’Union est l’entrée dans la zone euro. Officiellement, le FIDESz parle d’une entrée en 2010 lorsque le MSzP l’envisage en 2008. A noter de plus que Gyurcsány a récemment évoqué la possibilité de faire un référendum sur l’adhésion à l’euro. Mais certains considèrent cette annonce comme une manœuvre politique.
Au sujet de l’entrée dans la zone euro, il est étrange de remarquer que d’un côté comme de l’autre, bien peu est dit au sujet des perspectives concernant les variables macroéconomiques, inflation et déficit budgétaire en particulier.
Il faut tout de même prendre en compte le fait que la Hongrie a connu un redressement notable à ce propos au cours de la dernière législature. Mais l’étendue des promesses électorales, à gauche comme à droite pendant cette campagne, a probablement fait obstacle à des engagements de baisse du déficit…
Des programmes non sans similitude…
En ce qui concerne les programmes des deux partis principaux, il existe un certain nombre de similitudes. C’est probablement dû au fait que certains diagnostics sont partagés.
La baisse du chômage (actuellement 7.2% selon Eurostat) est un enjeu important. Les deux partis militent pour l’aide aux petites et moyennes entreprises. Ils prônent aussi une flexibilisation accrue du marché du travail ainsi que le développement du travail à temps partiel, en particulier pour les femmes. A noter de même, présents dans les deux programmes électoraux, des mesures pour accroître la compétitivité hongroise face à la mondialisation ainsi que le respect de la stratégie de Lisbonne.
La réforme du système de santé publique est aussi un enjeu reconnu par tous en raison des graves problèmes qui le caractérisent. Les soins sont en grande partie gratuits. En revanche les Hongrois vous diront que pour avoir un service de qualité normale, rien de tel que de glisser un billet dans la main du médecin… La libéralisation du système de santé n’est pas envisagée. En revanche, Gyurcsány a de nouveau crée la surprise en évoquant la possibilité de permettre, dans ce domaine, l’entrée de capitaux privés. Certains, comme l’hebdomadaire économique hongrois HVG, en viennent même à souligner les contradictions de programmes entre le premier ministre et son parti…
Enfin, le dernier grand sujet est le développement des infrastructures. Le gouvernement actuel peut se féliciter d’avoir lancé cinq grands chantiers d’autoroutes (sujet sur lequel la Hongrie était gravement en retard, malgré sa position géographique stratégique). Aspect qu’il met bien entendu en avant dans sa campagne. A la différence d’Orbán, il prévoit aussi le développement d’infrastructures de télécommunications. Orbán, lui, parle de la rénovation du système ferroviaire. Il est à noter que ces développements sont en grande partie permis par les fonds structurels accordés par l’UE à la Hongrie.
Enfin, on peut noter que, alors que la baisse des impôts est inscrite dans les deux programmes électoraux, Gyurcsány a précisé qu’elle n’était pas envisageable dans un proche avenir car, rappelle-t-il, « le développement, la réduction du déficit public et les baisses d’impôts ne constituaient pas des objectifs pouvant être atteints en même temps ».
A force de lire des programmes électoraux (et pas seulement hongrois), on pouvait commencer à en douter…
(Remerciements à Viola Máté pour ses précieuses informations et traductions.)





