
L’espace public européen ne peut pas se construire en quelques mois de période électorale. Il s’organisera avec le temps, et nous devons désormais nous tourner vers les prochaines échéances importantes de la politique européenne : l’entrée en vigueur du nouveau Parlement, la recomposition de la Commission, les chantiers qui attendent l’Europe en ce début de législature, et en particulier la négociation du prochain budget européen. Toutefois, il n’est pas inutile de faire un rapide retour sur cette campagne, telle qu’elle a été vécue par les partisans de l’Europe politique.
Un début de campagne difficile
La campagne a démarré dans une ambiance plutôt oppressante. En effet, quoi de plus difficile à combattre qu’une abstention prévue de longue date, et qui, relayée et amplifiée par les médias, a pris toutes les allures d’une prophétie auto-réalisatrice ? Il a fallu se battre pour parler d’Europe, pour concentrer le débat sur les thématiques européennes [1], et pour organiser les premières confrontations entre les partis [2]. La campagne a ainsi pris son décollage, discrètement, à l’initiative des réseaux et des think tanks pro-européens.
À l’initiative, également, de candidats comme Michel Barnier, tête de liste de l’UMP en Île-de-France, qui a multiplié les rencontres pour débattre avec différents publics des enjeux de ces élections. À Paris, le petit déjeuner réunissant des jeunes engagés sur les questions européennes [3] a été suivi par un autre évènement de ce genre, qui a eu lieu au Théâtre de l’Europe le 19 mai. À cette occasion, Rama Yade a été invitée par Michel Barnier à parler des priorités de l’Union européenne en matière de droits de l’homme, et a évoqué la nécessité pour l’Europe d’adopter une position commune dans des rencontres comme celle de Durban. L’unité européenne, une question qui n’a pourtant pas été au cœur de cette campagne…
L’Europe politique retrouvée
Pour les partisans de l’Europe politique, une bouffée d’air frais est survenue à la Maison de la Mutualité le 3 juin, soit quelques jours avant les votations. Au cours d’une rencontre animée par Jean Quatremer et co-organisée par Notre Europe, le Mouvement Européen, Europa Nova, France 24 et RFI, nous avons trouvé tout ce que nous voulions entendre. Un débat passionné ! Des contradictions ! Des candidats défendant leur programme européen ! Enfin une scène politique vivante et des discussions à l’échelle de l’Europe. Harlem Désir, tête de liste du PS en Île-de-France, a donné le ton en annonçant que les socialistes porteraient le projet de l’Europe politique, et en déclarant sans détour : « Je suis fédéraliste. »
Un meeting du Modem se déroulait au même endroit, et en sortant du débat, le public a trouvé une rue envahie par la couleur orange. Deux jours plus tard, c’est la couleur rouge qui était à l’honneur, lors du dernier meeting du PS près de Montparnasse. À cette occasion, Harlem Désir, Benoît Hamon, Monique Saliou mais aussi Bertrand Delanoë sont intervenus pour évoquer la nécessité d’une dimension sociale à la construction européenne. Face aux inerties nationalistes, les intervenants ont présenté l’Europe comme une réalité tissée par tous les citoyens qui, en traversant des frontières, en se mélangeant, en acquérant de nouvelles nationalités, ont unifié un espace et lui ont donné un sens.
Michel Barnier nous avait fait part de sa volonté de mener cette campagne avec des responsables du PPE extérieurs à la France. Lors de ce dernier meeting socialiste, les bannières du PSE flottaient dans la salle, le logo du SPD allemand côtoyait celui du PS français, et un eurodéputé socialiste grec a été longuement applaudi après avoir exposé les ambitions communes de la gauche européenne. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir pour que les partis trouvent une forme d’organisation opérationnelle à l’échelle de l’Europe, mais ce que nous avons vu en cette fin de campagne prouve que le processus semble s’accélérer sous toutes les couleurs politiques.
Des pistes pour le futur
60% d’abstention, c’est aussi 40% de participation. Malgré toutes ses faiblesses, cette campagne n’a pas été inutile pour l’Europe, et encore moins pour les groupes pro-européens qui ont, malgré tout, connu des victoires importantes, comme notre Pacte européen qui a été signé par plus d’une centaine de candidats au Parlement [4]. Au lieu de considérer systématiquement le verre à moitié vide, nous ferions donc mieux de voir, de temps en temps, le verre à moitié plein (ou disons, plein à 40%). Cela ne signifie pas qu’il faille se féliciter de ce scrutin, qui a porté au pouvoir des conservatismes et des extrêmes à travers toute l’Europe. Mais plutôt que de nous plaindre, nous devons en tirer des leçons et nous remettre au travail.
Que faire désormais dans les semaines, les mois et les années à venir ? Tout d’abord, suivre de près l’investiture des députés dans le nouveau Parlement, la nomination du président de la Commission et des différents commissaires, et garder un œil attentif sur la vie politique des institutions à Bruxelles et à Strasbourg. Ensuite, poursuivre notre travail d’action, de réflexion, d’information et de rassemblement autour de l’Europe politique, et nous montrer toujours plus ambitieux pour construire, à partir de l’espace européen, une citoyenneté et une gouvernance européennes.
Les élections européennes 2009 sont terminées, mais la vie politique de l’Union va se poursuivre. Nous pouvons maintenant nous intéresser à la mise en pratique des programmes des différents partis, tout en gardant un œil sur la prochaine échéance pour le Parlement : les élections européennes de 2014…


