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Estonie : le rêve européen 2/2

, par Henri Erti , Traduit par AURELIE SOSSET (HEL-ULG, Liège, Belgique)

L’économie dynamique et vibrante de l’Estonie a survécu à la crise de l’euro avec une incroyable résistance. Elle a de plus enregistré une forte croissance économique en cette période d’austérité imminente et de stagnation monétaire. Voici la deuxième et dernière partie de l’analyse d’Henri Erti de la situation économique en Estonie.

Drapeau estonien – Auteur : alexliivet Certains droits réservés

Auteurs

La Figure Emblématique de l’Euro ?

Bien que l’économie estonienne ait été la plus solide de la zone euro durant la crise financière, plusieurs économistes ont blâmé cette forte croissance et ont rendu le succès estonien fallacieux. Le plus éminent économiste ayant dénigré les politiques d’austérité de l’Estonie, en nous mettant en garde contre leur caractère néfaste, n’est autre que Paul Krugman.

Malgré les affirmations analytiques et empiriques de P. Krugman, ses médisances n’ont pas été bien reçues dans l’arène politique et économique mondiale. Toomas Ilves, le président estonien, a répondu aux accusations sérieuses de P. Krugman d’une façon plutôt évocatrice sur son compte Tweeter. Même s’il était acceptable que le président Ilves défende publiquement les politiques d’austérité estoniennes, il serait précipité de mépriser les pensées de Paul Krugman sur un sujet si crucial ; surtout compte tenu de ses qualifications dans le domaine de l’économie keynésienne. Il est vrai, et même malheureux, que le rapport de 2011 du FMI au sujet de l’économie estonienne éclaire indirectement les doutes latents de P. Krugman sur le miracle européen qu’est l’Estonie.

Le Défi de Krugman

En rôdant dans les rues de Tallinn, on peut se rendre compte de la croissance économique de l’ancien état soviétique simplement en observant la quantité de nouvelles entreprises et de voitures luxueuses dans le décor urbain. Le paysage ressemble légèrement à celui d’autres grandes villes, où la population porte des habits de marque et sirote un latte macchiato dans un café chic. Dans certains quartiers, plusieurs Ferraris et Lexus de luxe illustrent parfaitement le succès de la rapide croissance économique estonienne. Comment le professeur Krugman a-t-il pu postuler qu’une telle croissance n’était pas seulement ambiguë mais aussi éphémère ?

Dans un article intitulé « Rhapsodie estonienne » publié sur son blog du New York Times, Paul Krugman soutient qu’en réalité, malgré la croissance économique estonienne, la performance n’est pas comparable à celle des années 2007-2008 lorsque la récession a commencé à la suite de la bulle immobilière. En raison de la remarquable performance économique d’avant 2007 (qui était alimentée de faibles taux d’intérêt, d’une hausse de l’IDE/IDI et de la demande des consommateurs (voir Le Rêve Estonien Première Partie)), l’économie estonienne a prospéré jusqu’à la surchauffe. On pourrait penser que les dirigeants estoniens ont retenu la leçon. Cependant, d’après le rapport de 2011 du FMI, environ un quart des prêts hypothécaires est en valeur résiduelle négative. Cette situation peut être nuisible à une croissance stable et durable car la santé des banques estoniennes, et donc des avoirs des individus, dépend principalement de l’augmentation des prix immobiliers. De plus, les bénéfices du secteur financier ont augmenté depuis le deuxième trimestre de 2010, mais restent pourtant bien en dessous des niveaux d’avant-crise.

Le FMI sur l’Estonie

En 2009, le PIB de l’Estonie a reculé de 13,9%, ce qui est considérable et dangereux pour une si petite économie émergente. Ce nombre particulier a été un point crucial pour Krugman et ses revendications. Bien que la reprise et la croissance aient été incroyables sous tous les aspects, elles n’ont pas dépassé le niveau datant de la période d’avant-crise. Par conséquent, tout le remue-ménage autour des politiques d’austérité estoniennes, considérées comme la panacée contre la crise européenne, et les évaluations favorables qui justifient cette affirmation reflètent la surestimation de ces politiques et la négligence flagrante d’autres variables.

Le rapport de 2011 du FMI rapporte des données précises concernant la performance de l’économie estonienne. Par exemple, le taux de chômage ne mérite pas une appréciation positive publique. Celui-ci a heureusement baissé de 18,3% en 2010 à 13,25% en 2011. Cependant, un taux si élevé est en contradiction avec la demande grandissante des consommateurs, qui repose sur des revenus plus disponibles provenant de l’emploi. En plus du taux élevé de chômage, le salaire moyen des Estoniens en 2012 était de 859 euros. Outre des salaires moyens relativement bas, l’inflation est l’une des plus importantes d’Europe. Les marchandises coûteuses, telles que la nourriture et l’énergie, ont donc diminué le pouvoir d’achat. En prenant en compte de tels chiffres, Paul Krugman est autorisé à se demander si les politiques d’austérité méritent les honneurs et gros titres attribués par la presse.

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P.-S.

Article paru sur le site European Student Think Tank

Vos commentaires

  • Le 12 septembre 2012 à 10:55, par Xavier Chambolle En réponse à : Estonie : le rêve européen 2/2

    C’est sûr que l’augmentation de la dette publique pour soutenir la demande c’est une alternative beaucoup plus alléchante que la rigueur budgétaire....

  • Le 12 septembre 2012 à 19:31, par Loinvoyant En réponse à : Estonie : le rêve européen 2/2

    En réalité, c’est bien une impasse, cependant cela est dû à la dépendance industrielle de l’Europe (notamment pour des raisons de protection sociale). Si l’on décidait de subvenir à nos propre besoins en la matière (par une dévaluation forte de l’Euro ou bien des mesures protectionnistes européenne), alors une relance de type keynésienne est non seulement tout à fait possible mais même souhaitable.

  • Le 16 septembre 2012 à 11:57, par Xavier Chambolle En réponse à : Estonie : le rêve européen 2/2

    @Loinvoyant

    Vous nous proposez là un remake du New Deal qui a prolongé et aggravé la crise de 29 (la politique de Roosevelt étant dans la plus pure continuité de celle de Hoover : interventionniste, keynésienne).

    Les États européens doivent imiter les exemples canadiens et néo-zélandais : rigueur budgétaire, baisse du fardeau fiscal, stabilité juridique, stabilité fiscale, simplification et réduction de la bureaucratie. Ce ne sont pas des exemples parfaits, mais ils montrent la bonne voie.

    Et pour ce qui est de l’UE : qu’elle imite l’organisation démocratique de la Suisse ! Qu’elle respecte le principe de subsidiarité. Qu’elle aide les États à faire des économies en s’occupant seule de l’armée, de la diplomatie et des douanes.

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