
Et c’est également le cas dans le monde arabe : une région géopolitiquement située au centre du vieux monde, une région à la confluences des impérialismes, une région du monde aujourd’hui encore au coeur d’inextricables conflits.
Trois États fédéraux : Trois États nationaux
De nos jours, il y a au moins trois États des Proche et Moyen Orients à s’être formés (et peu ou prou organisés…) selon les modalités du « fédéralisme » : la fédération des Émirats Arabes Unis, le Yémen et l’Irak.

- Drapeau de la « Fédération des Emirats arabes unis »
Le plus ancien de ces trois États est la « Fédération des Emirats Arabes Unis » (E.A.U). Il s’agit là d’un État fédéral (fondé en 1971) regroupant sept Émirats mitoyens, tous situés dans le Nord-Est de la péninsule arabique (entre le golfe Persique et le golfe d’Oman) : Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah et Oumm al Qaïwaïn (six « Émirats fondateurs » par la suite rejoints, en 1972, par un septième Emirat : Ras el Khaïmah) [1].
Les Émirat voisins - du Qatar et de Bahrein - ayant alors refusé d’intégrer cette nouvelle fédération (mais après bien des hésitations pour ce dernier…) [2].
On trouve également dans la péninsule arabique un autre État - République unitaire, certes - mais dont l’unité a - néanmoins - très récemment été restaurée (en 1990) grâce aux modalités du fédéralisme : le Yémen.
Le Yémen : un État lui-même issu d’un long processus d’unification ayant eu pour différentes étapes historiques. parmi lesquelles la « Fédération des Emirats arabes du Sud » (structure souple des années 1959-1962) puis la « Fédération d’Arabie du sud » (union plus étroite des années 1962-1967) : deux fédérations d’une quinzaine d’Émirats et Sultanats yéménites (i. e : Aden, Beihan, Dhala, Fadhli, Hadramaout, Lahej, Wahidi, etc) à l’origine du Yémen du sud (État officiellement fondé en 1967)] [3].

- Drapeau de l’Irak, Etat fédéral ( ?) en devenir.
Enfin, on trouve également au Moyen Orient au moins un État fédéral actuellement en gestation (depuis les événements de 2003-2005) : l’Irak.
Il s’agit là d’un cas d’école où le fédéralisme apparaît - là encore - comme le seul moyen de faire cohabiter des populations hétérogènes aux identités fortes et parfois hostiles les unes aux autres : Chiites du Sud du pays, Sunnites du centre de la Mésopotamie et Kurdes du Nord de l’Irak.
Quelques tentatives d’unification de la « Nation » arabe
Dans la lancée de la « Révolte arabe » de 1916-1918 (et de la déception de l’ « après-première guerre mondiale »), il y a eu de nombreuses tentatives d’unification politique de la « Nation arabe ». Processus mené au nom du « Panarabisme », mouvement politique visant à réunir et à unifier les peuples arabes.
Et ce, autour de ces grands États « pivots » que sont l’Égypte, la Syrie, l’Irak et la Libye. Notamment sous la direction politique de personnalités politiques de premier plan (mais politiquement contestables et controversées…), telles (dans les années 1960) l’égyptien Gamal Abdel Nasser puis (dans les années 1970-1980) le libyen Mouammar Kadhafi.
Première tentative d’union entre États arabes : la « Fédération arabe » qui a brièvement réuni, la Jordanie et l’Irak (pendant trois mois, en février-août 1958) à l’initiative des rois hashémites (et cousins) Fayçal II d’Irak et Hussein de Jordanie. Une toute première tentative d’union « pan-arabe » alors suivie des - grandioses mais éphémères - projets « nassériens » de « République arabe unie » et « États arabes unis » ayant provisoirement réunis (en 1958-1961) l’Égypte, la Syrie et le Yémen (du Nord).

- Drapeau de la « République arabe unie » (1958-1961)
Tous projets avortés à cause de l’autoritarisme bureaucratique de Nasser. Et dans la mesure où l’Égypte n’avait finalement pas les moyens économiques et financiers de fédérer le monde arabe autour d’elle. Ni les moyens diplomatiques et militaires de défendre une telle ambition.
Une Égypte qui était alors - également - souvent perçue par ses partenaires syriens et yéménites comme hégémonique ; et donc incapable de faire naître chez les Arabes quelque engouement à l’égard de ses projets d’union [4].
Avant que ne leur succède les nombreux projets « panarabes » du colonel Kadhafi. Dont une très factice « Union des républiques arabes » censée regrouper (en 1972-1977) la Libye, l’Égypte et la Syrie. Un projet « kadhafiste » d’union - voire de fusion - d’États qui annonçait en fait déjà bien d’autres projets d’ « unions inter-étatiques » entre la Libye et ses voisins : avec la Tunisie (en 1974), avec le Tchad, (en 1981), avec le Maroc (en 1987), etc : projets qui seront - tous - autant d’échecs [5].
Trois points communs « négatifs » dans ces projets de Nasser et de Kadhafi : il s’agissait là de projets prétendument « fédéralistes » en fait pollués par le « nationalisme », menés par des dictateurs populistes et auxquels il aura tout de même manqué l’essentiel : la finalité pacifiste et la dimension démocratique.
Structures internationales et projets supranationaux
Parmi les organisations internationales qui ont vu le jour dans le monde arabe lors du dernier demi-siècle, on peut citer : la« Ligue arabe » (fondée en 1945), le « Conseil de coopération du Golfe » (fondé en 1981), le « Marché commun du Golfe » (lancé en 2008) et l’ « Union du Maghreb arabe » (lancée en 1989).

- Drapeau de la « Ligue arabe »
La « Ligue arabe » est une organisation internationale regroupant la Palestine (depuis 1976) et 21 autres États membres (dont Djibouti, la Somalie et les Comores) ; soit un ensemble démographique regroupant 350 millions d’habitants.
Il s’agit là d’une organisation strictement intergouvernementale (basée au Caire, en Égypte) qui s’est alors donnée pour mission de coordonner l’action politique, diplomatique, économique et sociale de ses Etats membres.
Organisée autour de son « Sommet annuel de Chefs d’État », de sa « Présidence tournante » (actuellement assumée par la Syrie) et de son « Secrétariat permanent » (basé au Caire), cette « Ligue arabe » comprend plusieurs instances. Parmi lesquelles : un « Conseil de défense » (rassemblant ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense), un « Conseil économique » (rassemblant ses ministres de l’Économie), de nombreux « Comités permanents » spécialisés (économie, culture, politique…) et de nombreuses « Agences spécialisées » (l’Organisation arabe du travail, l’Union postale, l’Union des télécommunications, etc).
Le « Conseil de coopération des États arabes du Golfe » ou « Conseil de coopération du Golfe » (CCG) a été crée - en 1981 - sous l’impulsion de l’Arabie saoudite (et sous la pression des États-Unis) dans un but essentiellement économique et social (les questions politiques y étant rarement évoquées). Ce « Conseil de coopération du Golfe » compte aujourd’hui six États membres : l’Arabie saoudite, le Sultanat d’Oman, les Émirats du Koweït, de Bahreïn, du Qatar et la fédération des Émirats arabes unis (le Yémen étant actuellement en cours de négociation pour rejoindre cette organisation dont il devrait devenir membre en 2016).
Ce « Conseil de coopération du Golfe » a pour but d’assurer la stabilité économique et politique de la région. Il a également pour objectif de rendre possible une unification du système économique et financier des États membres dans le but d’instaurer un « marché commun » dans le Golfe. Ainsi, dès le 1er décembre 1981, les pays membres du « Conseil de coopération du Golfe » ont ouvert leurs frontières économiques aux biens produits dans la région. Un « Marché commun du Golfe » qui s’est ouvert officiellement le 1er janvier 2008 : première étape avant la mise en place (prévue pour 2010) d’une monnaie unique.
Le « Conseil de coopération du Golfe » ayant été créé lors de la guerre Iran-Irak des années 1980, l’un de ses buts de cette organisation avait alors été de proposer une alternative crédibble à l’expansionnisme iranien et au baassisme irakien. C’est pourquoi il dû alors faire face à une organisation concurrente - le « Conseil de coopération arabe » (CCA) : une organisation internationale qui, créée à l’initiative du président irakien Saddam Hussein - regroupait alors la Jordanie, l’Irak, le Yémen du nord et l’Égypte. Un« CCA » qui sera finalement dissous avec la première « guerre du Golfe » de 1990-1991 : certains de ses États membres (comme l’Égypte) soutenant alors la guerre menée contre l’Irak.

- Drapeau de l’ « Union du Maghreb arabe »
Enfin, il faudrait citer l’ « Union du Maghreb Arabe (ou « UMA ») : une organisation économique et politique (créée en février 1989) rassemblant les cinq pays du Maghreb (i. e : l’Algérie [6], la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie) dont le siège est - depuis lors - situé à Rabat (Maroc).
Une organisation internationale qui n’a, à ce jour, finalement pas démontré grand chose. Et dont l’existence même n’a finalement - sans doute - que très peu d’influence réelle sur les politiques menées par ses États membres.
Le fédéralisme, pour la Paix
En tout cas, il y a bien un « fédéralisme » qui aurait de l’intérêt pour cette région du monde déchirée par les conflits : celui restant aujourd’hui à organiser autour d’un processus de paix israélo-arabe consolidé, dans le respect du droit à l’existence de l’Etat d’Israël et dans le respect du droit à l’autodétermination du peuple palestinien.
Un fédéralisme à construire - pourquoi pas ? - autour de la gestion des ressources naturelles - fragiles et limitées - de la région (notamment en eau) : des ressources qui couvrent 60% des besoins en eau de l’État d’Israël (mais qui sont aujourd’hui possédées - à hauteur de 80% - par les quatre pays arabes riverains : Liban, Syrie, Jordanie et actuelle « Autonomie palestinienne »). Ressources pour lesquelles les peuples de la région risqueraient fort probablement - à moyen terme - de se faire très bientôt la guerre. A moins quon essaie de trouver - en amont - une solution à ce problème avant qu’il ne se transforme en un abcès de plus.
Or, déja (en 1955) l’américain Eric Johnston, émissaire spécial de l’administration « Eisenhower » (républicains), avait été dépêché dans la région pour y établir un plan de gestion et de partage des ressources hydrauliques du Proche Orient. Un plan qui devait alors être mis en oeuvre par une coopération technique véritable des différents pays concernés, sous la supervision (supranationale ?) d’une Commission spéciale des Nations Unies.
En tout cas ce plan, dénoncé par les parties prenantes comme ’’menaçant leur souveraineté’’, ne vit - bien entendu - jamais le jour. Depuis lors, cette ’’bonne idée’’ sommeille dans ces oubliettes où sont aujourd’hui reléguées tant de bonnes idées finalement jamais mises en oeuvre…
Alors, à quand la mise en place d’une « Communauté Israélo-Arabe des Ressources Aquifères Naturelles » pour unir et pour pacifier le Proche-Orient ? Et à quand une Europe unie et (enfin) diplomatiquement efficace pour faire la promotion d’un tel projet et/ou aider à la réalisation d’un tel projet de paix ?






