
Érigé au rang de priorité de la Présidence allemande de l’Union Européenne, le concept de « flexicurité » s’inspire des choix effectués de longue date par le Danemark en matière de droit du travail : la facilite de licenciement (« flexibility ») accordée aux entreprises est « amortie » par de généreuses, mais brèves, indemnités de chômage (« security »).
Affichant une santé économique insolente, tout en restant hors de la zone euro, le royaume a procédé au cours des dernières années à de vigoureuses réformes : relèvement de l’âge de la retraite, restructuration administrative, réduction des prestations, lutte contre l’immigration « éco- humanitaire », soutien aux nouvelles technologies.
Conformément aux engagements de la Stratégie de Lisbonne, l’Allemagne a décidé de porter le débat sur la scène europénne. Après le « Livre Vert » de la Commission du 22 novembre dernier, Berlin explique que seule la coopération intergouvernementale permettra de « developper le modèle social » européen.
Balivernes ! Il n’existe pas plus de « modèle social européen » que de « modèle économique » ou « politique » - c’est d’ailleurs sans doute là un des problèmes majeurs du grand marché communautaire. Comment croire a un tel « modèle », alors que la durée du travail, le droit syndical, le statut des entreprises, la fiscalité des revenus, l’âge de la retraite, l’organisation et le financement de systèmes de santé, etc, sont aussi disparates ?
La « flexicurité » pourrait devenir « le » modèle social européen, si tel est effectivement l’objectif – mais il ne s’agira alors sans doute que du « plus petit dénominateur » acceptable par chacun, en fonction d’enjeux nationaux variables.
Les points d’équilibre entre « flexibilite » et « sécurité » seront vraisemblablement différents selon les Etats, aboutissant à un résultat plus proche du kaléidoscope que de la mosaïque, en l’absence d’une harmonisation imposée pour tous les Vingt-Sept (sans « opting-out »).
Ce futur « Code du travail et de l’économie » de l’UE devrait repondre aux questions suivantes :
- quelles règles observer en cas de rupture du contrat de travail ?
- Acceptons-nous un secteur à rémunération réduite (le cas échéant, aidée par l’Etat sous forme de « crédit d’impôt » ou de « salaire combiné ») ?
- Quelles incitations à la création d’entreprise, sans distorsion de concurrence entre les Etats ou regions ?
- Comment préserver la compétitivité des biens et services européens dans une économie de libre-échange ?
Une « flexicurité » européenne est possible, mais elle réclame des décisions cohérentes à l’echelle de l’Union : la protection des Hommes avant celle des postes de travail, l’encouragement à la mobilité spatiale et professionnelle, la libéralisation des niveaux de salaires et la responsabilisation accrue de chacun.
Une telle modernisation exigera d’intenses négociations – elles ne seront pas suffisantes face au poids des groupes d’influence, si l’opinion civique ne s’empare pas du débat, au sein du Conseil économique et social comme au Parlement européen et ailleurs. Il en va de la crebilite de la « flexicurité » comme « nouvelle frontiere socio-economique » de la démocratie politique européenne.






