
Nous nous apercevrons alors que l’auteur fait justement certains parallèles entre l’évolution actuelle du monde du football et la construction de l’Europe !
L’auteur part d’un paradoxe apparant : « alors que la mondialisation est perçue comme une force venant dissoudre les identités nationales, le football en est le plus sûr ciment. »
De même, alors que le football peut très bien être à l’origine de violences extrêmes, l’auteur néanmoins nous confesse la chose suivante, dès les premières pages du livre : « durant la Coupe du Monde 2006, à partir du « 9 juin 2006, j’aurai dix ans ».
Et même si l’auteur est un amateur de ce sport, il est également avant toute chose un chercheur, directeur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) : un chercheur qui considère ici le Football pour tous les phénomènes qu’il crée et diffuse dans les relations entre les États et entre les être humains.
Le Football outil et vecteur de mondialisation
Pour cette raison, M. Boniface n’hésite pas à faire du Football le « stade suprême de la Mondialisation » [1]). Il est en effet à la fois outil d’identification et donc de démarcation, tout en étant un vecteur de relations transfontalières dépassant les simples cadres nationaux ou continentaux existant.
Par exemple, l’existence d’une « nation » non reconnue par l’ONU peut s’affirmer par sa présence au niveau footballistique, via son adhésion à la FIFA. M. Boniface nous démontre ainsi par comparaison qu’il y a plus de nations reconnues dans le monde du Football qu’à l’ONU [2]. Ainsi, la Polynésie française, la Nouvelle Calédonie, les îles Féroé, Taïwan ou la Palestine y trouvent un moyen politique pour exister au-delà de leurs « frontières », ce qui n’est en revanche pas le cas pour le Tibet, la Tchétchénie ou le Kurdistan, par exemple.
Mais comme le Football n’en est pas à un paradoxe prêt, ceux qui l’ont créé, à savoir les Britaniques sont les premiers à ne pas respecter tout à fait la représentation « nationale » étatique officielle. L’auteur nous rappellant ainsi que les équipes écossaises, anglaises, nord-irlandaises ou galloises ne sont pas prêt de disparaître au profit d’une équipe du « Royaume-Uni » [3].
De même, un footballeur de talent sera plus vite connu qu’un représentant politique, tel un Ronaldinho. Les résultats des équipes dans les championnats étrangers sont aujourd’hui grâce aux Media diffusés à l’échelle planétaire en quelques minutes… Le Football est donc bien le fruit et en même temps le vecteur de la Mondialisation.
Le plein d’anecdotes pour démontrer la complexité des rapports au Football
Ce livre fourmille pour les amoureux du sport le plus populaire du monde d’une multitudes d’anecdotes, allant des chansons des supporters protestants des Rangers de Glasgow à destination de ceux du Celtic ’’catholique’’ de la même ville [4] jusqu’au rapport des régions espagnoles avec l’État central ’’de’’ Madrid [5].
M. Boniface part ainsi par ce biais en croisade contre les « Universitaires anti-foot » qui ne voit dans ce sport qu’un outil provoquant le racisme [6] ou servant d’opium du peuple [7]. Il est vrai qu’il est tentant pour certains de dénigrer ce qui suscite tant de passion, parfois trop exacerbées.
Cependant, en regardant bien, le Football est le fruit de ce qui l’entoure et, par là même, les propres passions traversant la Société. L’auteur - qui présente actuellement dans le journal L’Équipe - une chronique très largement inspirée de ce livre, nous montre à quel point le Football subit les contingences internationales tout en les influant, souvent.
Que cela soit lors de la décision de confier l’organisation d’une Coupe du Monde [8] ou si l’on examine le regard qu’un public national porte sur les autres pays au travers ces footballeurs étrangers venus jouer dans son championnat.
Et, dans ce dernier cas, l’auteur cite l’Angleterre. « La dépendance croissante des équipes anglaises à l’égard des joueurs ou des managers continentaux a fait passer un message subliminal pro-européen » [9] auprès des Anglais ! L’idée européenne s’inscrit donc bien ici dans un rapport géopolitique parrallèle direct avec ce sport inventé sur son continent.
L’Union européenne et Football, des relations difficiles
M. Boniface cite M. Norbert Elias qui explique que « dans le contexte d’États-Nations pacifiés […], le sport représente la seule occasion d’union pour des unités vastes complexes et impersonnelles ». C’est pourquoi, même si l’auteur ne croit pas à la création d’une équipe « européenne » de football, il estime néanmoins que ce dernier a contribué à créer chez les amateurs de ce sport une vision du monde qui serait plus européenne que nationale.
En effet, malgré le fait que le Football soit surtout un élément de construction de l’identité nationale très fort, « l’intérêt que nous portons au niveau européen ne se fait pas au détriment de celui national » [10]. Celui qui s’intéresse au Football s’intéressera donc également aux rencontres se déroulant dans un championnat voisin. Et, ainsi, l’autre joueur européen de votre équipe favorite ne sera plus jamais considéré par vous comme un total « étranger ».
Cependant, l’auteur dénonce également la tentation que peut avoir l’Union européenne d’influer sur ce vecteur qu’est le football. Les conséquences négatives de l’arrêt Bosman [11] montrent bien que le Football ne peut pas suivre la volonté d’une identité politique, même si celle-ci est aussi diluée de l’Union européenne [12]. L’intervention maladroite de l’Union européenne dans le monde du sport a ainsi pu renforcer chez certains un sentiment négatif.
Ici, l’auteur va alors un peu vite sur l’influence de l’Europe en la matière : alors que l’arrêt Bosman a eu pour conséquence une concentration des moyens dans les mains des clubs les plus riches, elle a surtout permis de libérer le joueur de la main-mise que les clubs de Football avaient sur eux et leurs carrières. L’Europe a alors eu également un rôle libérateur.
Pareillement, M. Boniface critique l’avis motivé de la Commission européenne donné à la France car ses lois empêchent les clubs de haut-niveau de s’introduire en Bourse. Il qualifie même ce comportement d’ « ultra-libéralisme économique » [13]. Or, il faut savoir que la Commission européenne ne peut intervenir que dans les domaines de compétence qui lui sont confiés… Et il est ainsi dommage que l’auteur n’aille pas jusqu’au bout de son idée en démontrant que nous avons besoin aujourd’hui d’avoir une Europe politique qui ait effectivement plus de prérogatives.
Ne boudons néanmoins pas notre plaisir : ce livre se lit très rapidement grâce à la multitude d’anecdotes données par l’auteur.
Le Football est un phénomène qui finalement ressemble beaucoup à l’Europe : il déchaine les passions, par fois l’incompréhension. Mais il peut aussi servir d’outil formidable pour la promotion de la Paix entre les Hommes. Tout comme cette construction européenne qui tend vers le Fédéralisme…





