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Giovanni Falcone, un citoyen et un héros

, par Pierre-Antoine KLETHI

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Nous nous souvenons d’un héros discret, le Juge Giovanni Falcone, assassiné il y a 20 ans à Capaci (Sicile), lors d’une des attaques les plus violentes jamais perpétrées par Cosa Nostra. Le Juge Falcone fut l’un des leaders du pool anti-mafia de Palerme, dans les années 1980, et également à l’origine du « maxi-procès », qui aboutit, en 1987, à la condamnation de 360 mafieux, une première en Italie !

Paolo Borsellino (à gauche) et Giovanni Falcone (à droite)http://www.flickr.com

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Avec son collègue Paolo Borsellino, assassiné quelques semaines plus tard, il fut au service des autres, malgré le danger permanent que représentait la mafia et malgré les obstacles opposés par l’État et plusieurs collègues magistrats. Alors que Cosa Nostra parvenait à s’unir à nouveau sous la direction des Corleone, le front anti-mafia était divisé par les jalousies, ce qui l’affaiblit considérablement et finit par causer sa perte. Aujourd’hui, vingt ans après, son héritage demeure, car « les Hommes passent, mais les idées restent et continuent à cheminer sur les jambes d’autres Hommes » (phrase attribuée à John F. Kennedy et que le Juge Falcone aimait citer).

Pour ce 20ème anniversaire, de tristes nouvelles nous sont parvenues samedi, de Brindisi, dans les Pouilles, où un attentat devant l’Institut Morvillo Falcone (du nom de l’épouse du Juge Falcone) a tué une jeune lycéenne, Melissa Bassi, et grièvement blessé plusieurs autres. Qu’il s’agisse d’un acte mafieux, d’un acte anarchiste ou d’un acte isolé, fou, nous ne pouvons qu’être indignés face au lâche assassinat d’une innocente, qui plus est devant une école, un lieu qui représente l’État et qui prépare les jeunes à leur future vie de citoyens.

Cet attentat a déclenché une vague de solidarité et d’unité à travers toute l’Italie, et même au-delà. Ainsi, au Parlement européen, le Président en exercice, Martin Schulz, a exprimé son mépris pour l’auteur de cet acte barbare et sa solidarité envers les victimes et leurs familles, proches, amis et connaissances.

Deux réflexions me viennent à l’esprit, inspirées de ces tragiques évènements.

La première, c’est que la violence et l’illégalité, depuis les incivilités jusqu’au crime organisé et au terrorisme, ne sont plus limitées au Sud de l’Italie. C’est un phénomène qui concerne toute l’Europe. Les États en sont d’ailleurs conscients, puis qu’après avoir mis en place la libre circulation dans l’Espace Schengen, ils ont également développé la coopération en matière policière (Europol), judiciaire (Eurojust) et de contrôles aux frontières (Frontex). Les politiques d’immigration et de visas ont également été rapprochées.

C’est un phénomène qui concerne aussi chacun de nous, en tant que citoyen. C’est en restant fidèle à nos valeurs, en ne transigeant pas lorsqu’il s’agit de la liberté et de la justice, que nous faisons avancer la cause défendue par le Juge Falcone.

Les Juges Falcone et Borsellino disaient que celui qui se tait et baisse la tête meurt tous les jours, alors que celui qui n’a pas peur, parle et marche la tête haute, ne meurt qu’une fois.

Et comme l’exprimait dimanche le Pape Benoît XVI, « le mal cherche à dominer le monde [songeons aux actes de violence, aux guerres, etc. qui divisent et détruisent des vies, des familles et des communautés], mais nous sommes dans l’équipe victorieuse ». Cela est vrai, à condition de nous comporter en tant que membres de cette équipe !

La seconde réflexion concerne notre réaction face à la crise qui, elle aussi, crée des divisions et engendre des souffrances. En effet, l’on observe une montée des tensions sociales, des extrémismes et de l’euroscepticisme. Face à ces difficultés, notre réaction devrait s’inspirer de la réaction des Italiens après l’attentat de Brindisi, et qui peut se résumer par ces deux mots : solidarité, unité. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons dire « Yes we can ! »

De plus, de même que le Juge Falcone n’a pas dévié de sa ligne directrice et n’a pas perdu de vue ses objectifs et ses valeurs, nous aussi, Européens, devons réaffirmer notre attachement à l’unité de notre continent, promouvoir la réussite de la construction européenne et soutenir que pour faire face à la crise, il est impératif de renforcer notre coopération (budgétaire, sociale, etc.). C’est ainsi que nous surmonterons la crise.

Par ailleurs, la construction européenne n’est pas seulement une affaire de Traités et d’institutions ; elle naît aussi des initiatives des citoyens. Chacun de nous a donc un rôle essentiel à jouer. Pour reprendre une dernière citation du Juge Falcone : « Pour qu’une société aille bien, avance vers le progrès, dans l’exaltation des valeurs de la famille, du bien, de l’amitié, pour qu’elle prospère sans contrastes entre ses membres, pour s’ouvrir sereinement au chemin vers un futur meilleur, il suffit que chacun fasse son devoir ».

A l’image d’un arbre qui développe ses branches et ses rameaux à partir d’un seul tronc, souhaitons que naisse, à partir d’un tronc de valeurs communes quotidiennement vécues, affirmées et défendues, une communauté composée d’une multitude de citoyens européens.

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