
Des richesses pour lesquelles la Russie, le Canada, les Etats-Unis… mais aussi la Norvège et le Danemark (Spitzberg-Svalbard et Groenland obligent…) se sont également mises sur les rangs.
L’occasion pour nous de revenir très rapidement sur deux cas ’’européens’’ très particuliers, le Groenland et les îles Féroé.
Deux territoires danois d’outre-mer depuis la fin du XIVe siècle, deux territoires perdus dans l’Atlantique nord, deux communautés autonomes originales dont, actuellement, aucune d’entre elle ne fait partie de l’UE…
Le Groenland : une « Communauté particulière » danoise.
Cas unique dans l’histoire de la construction européenne, le Groenland, initialement intégré à la CEE en 1972 (en même temps que le Danemark), décida - par référendum - de quitter la CEE en 1985. Notamment pour préserver l’exclusivité de ses zones de pêches.
En effet, les 56 000 habitants de l’île (dont environ 45 000 Inuits), vivent principalement de la pêche : une activité qui génère aujourd’hui environ la moitié du PIB groenlandais et près de 90% de ses exportations (l’autre moitié du PIB ’’groenlandais’’ correspondant à la manne annuelle aujourd’hui encore distribuée par Copenhague…).
Le Groenland - territoire danois d’outre-mer de 2.2 millions de km² (ou, plus exactement « Communauté particulière » au sein du royaume de Danemark…) - est actuellement régi par un statut d’autonomie interne qui date de 1979. Un statut d’autonomie interne selon lequel le « Landstinget » (i. e : Parlement local) de Nuuk-Godthab, la ’’capitale’’ groenlandaise (qui compte 10 500 habitants), a le pouvoir de légiférer dans tous les domaines de la vie publique hormis certaines questions relevant encore de Copenhague.
A savoir : la politique étrangère, les questions de sécurité et défense ainsi que les questions de justice et police. Pour le reste, juste signaler que le Groenland (i. e : « Kalaallit-Nunaat », le « pays des Groenlandais ») est gouverné par un gouvernement autonome dirigé par un premier ministre : actuellement, Jonathan Motzfeldt, pasteur luthérien. Quant au Danemark, juste préciser qu’il reste aujourd’hui représenté à Nuuk, la capitale groenlandaise, par un haut-commissaire nommé par Copenhague.
Mais, comme les îles Féroé, le Groenland réfléchit aujourd’hui à une éventuelle indépendance. Ce qui passe par une modification préalable du statut d’autonomie actuel. Chose à laquelle réfléchit actuellement une commission.
Néanmoins, le Groenland (représenté par deux députés au « Folkething » de Copenhague) a encore, aujourd’hui, bien des difficultés à ’’couper le cordon’’ d’avec une métropole danoise sans laquelle il aurait bien du mal à s’en sortir. Un Danemark qui lui fournit jusqu’à 3 milliards de couronnes d’aides diverses par an et subventionne l’importation (depuis le Danemark) de tous ses biens de consommation.
Bref, l’hypothèse de l’indépendance du Groenland n’est guère recevable tant que ce territoire autonome n’aura pas trouvé les ressources naturelles (mines de plomb et de zinc du nord-ouest ? réserves d’uranium du sud ? éventuels gisements pétrolifères de sa côte orientale ?) qui lui permettraient enfin d’asseoir vraiment son indépendance.
« Nous n’appartenons pas à l’Europe, mais à la région polaire. Nous sommes liés aux Eskimaux du Canada, d’Alaska, et de Sibérie. Nous voulons construire notre avenir nous-mêmes » (sic, Jonathan Motzfeldt : ancien premier ministre du Groenland).
Les îles Féroé : une « Communauté autonome » danoise.
Egalement possession danoise d’outre-mer depuis près de six siècles, les îles Féroé (ou « Faeroé » ; soit en Danois « Faeroerne », et « Foroyar » en féringien…) n’appartiennent pas non plus à l’UE.
Il s’agit là d’une communauté autonome danoise d’environ 45 000 habitants (et d’un archipel de 1400 km², entre Islande et Shetland) dont l’économie repose presque entièrement sur la pêche (secteur économique représentant 95% des exportations et employant près de 20% de la population active), un archipel danois de 18 îles bénéficiant d’un statut d’autonomie interne particulier datant de 1948.
Depuis lors, les îles Féroé possèdent leur propre drapeau, leur monnaie, leurs timbres-postes, leur équipe de football ainsi que leur langue officielle (le ’’Féroïen’’ : une langue dérivée du norvégien ancien…), leur gouvernement autonome et leur propre parlement, installé à Thorshavn, la ’’capitale’’ de l’archipel (12 800 habitants), située sur l’île de Streymoy-Stromo.
Ainsi, le gouvernement autonome émanant de l’assemblée locale de l’archipel des îles Féroé est chargé de gérer tout ce qui touche aux ’’questions purement féringiennes’’ : soit tout ce qui touche à l’école, aux questions de santé et aux questions sociales.
Toutes les autres questions (politique étrangère, politique de défense, politique monétaire, police et justice mais aussi questions religieuses, protection civile, protection du milieu marin et questions liées aux transports aérien, etc) relevant du Gouvernement et du Parlement de Copenhague (où les îles Féroé envoient également - tout comme le Groenland - deux députés…).
Aujourd’hui, certains habitants de l’archipel souhaiteraient plus d’autonomie (notamment sur les questions de police et justice…), voire sauter le pas de l’indépendance. Ils représenteraient même aujourd’hui environ un tiers du corps élection féringien. Des revendications indépendantistes qui se sont multipliées au fur et à mesure que le Danemark s’est rapproché de l’Union européenne : les Féringiens redoutant (tout comme leurs ’’voisins’’ groenlandais…), une réglementation ’’communautaire’’ plus stricte dans le secteur de la pêche…
Si bien qu’un comité indépendant s’est chargé de rédiger (au cas où…) un projet de Constitution des îles Féroé dirigé par l’universitaire local (et professeur d’Histoire culturelle) Joan Pauli Joensen. Et si bien que même le parti unioniste local réclame désormais plus d’autonomie dans l’union (et souhaite renégocier le statut d’autonomie de 1948).
Mais la position de Copenhague est et reste ferme : en cas d’indépendance des îles Féroé, s’en sera alors définitivement terminé de la manne financière danoise, soit 1.3 milliards de couronnes danoises par an, soit 15% du PIB local pour seulement 0.3% du budget danois. Une manne financière sans laquelle les îles Féroé auraient déjà fait faillite. De même qu’il en serait également terminé de ce généreux système de bourses et d’allocations qui permet aux Féringiens de venir poursuivre leurs études supérieures (ou de se faire soigner en cas de maladie grave) au Danemark, aux frais de la métropole.
Pour les îles Féroé comme pour le Groenland, la problématique géopolitique reste donc la même : tous leurs espoirs d’émancipation et d’indépendance reposent maintenant sur ce qu’on découvrira dans les fonds marins de leur environnement proche.
Qu’ils y trouvent quelques matières premières (minerai, gaz, pétrole…) permettant de consolider leurs économies fragiles et ils pourront enfin, pour le meilleur et pour le pire, larguer les amarres…
A moins que l’UE ne prenne en charge les garanties économiques que ces territoires réclament. Auquel cas, tous auraient alors à gagner à la découverte de quelque éventuel filon d’or noir dans les fonds marins de ces lointaines terres du Nord…
Encore qu’une telle hypothèse semble, à l’heure actuelle, bien improbable. Tant la volonté de leurs populations semble, pour l’heure, davantage être ’’vivre leur vie’’ (indépendamment d’une Europe décidément bien lointaine…) que de vouloir s’insérer dans un plus grand cercle de solidarité…










