
Tout d’abord, Sylvie, félicitations pour votre élection. Comment s’est passée cette première campagne « présidentielle » pour le Mouvement européen ?
Sylvie Goulard : Les échanges ont été intenses : comme j’ai tenu à répondre à tous les questionnaires et mails qui m’ont été adressés, à me rendre dans toutes les sections qui m’ont invitée, à créer un site web comportant des documents substantiels, je n’ai pas chômé. Mais ce fut une formidable aventure : un petit noyau d’Européens convaincus, membres du MEF ou non, à Paris et dans les sections, m’ont aidée et entourée avec beaucoup de chaleur alors même que souvent, ils me connaissaient à peine.
Certains se sont engagés alors que mes chances de l’emporter étaient faibles et que je n’avais rien à offrir. Je ne l‘oublierai pas. Des responsables politiques, des amis de toute l’Europe m’ont épaulée, jusqu’à Mario Nava, le jour « j ». C’était un formidable encouragement à aller jusqu’au bout. Je suis heureuse de ne pas les avoir déçus.
Vous êtes enseignante à Science-Po Paris, pensez-vous pouvoir accorder plus de temps au Mouvement Européen qu’un politique ?
SG : Pour me présenter à la présidence du MEF, j’ai renoncé à mon cours dans le cadre du double diplôme Sciences Po / LSE. Je ne le regrette pas mais ce fut tout de même un petit déchirement.
Une activité d’enseignement est, de toutes façons, compatible avec les fonctions de Président du MEF ; ainsi au collège d’Europe à Bruges, j’effectuerai au premier semestre 2007, 30 heures de cours au total et ils portent sur la Commission européenne. Enseigner oblige à se tenir au courant des derniers développements de l’actualité ; quant au contact des jeunes, il est très profitable quand on commence à l’être moins, n’est-ce pas ?
Quelles vont être les grandes orientations de votre mandat de Président du ME-France ?
SG : Il appartiendra au Bureau de le décider formellement.
Pendant la campagne, j’ai pu donner quelques indications personnelles : rendre l’Europe vivante, humaine ; l’expliquer pour lui faire perdre son caractère rébarbatif. Et pour cela, vivifier les rapports entre Paris et les sections, aller vers de nouveaux publics moins « acquis d’avance », s’ouvrir à nos partenaires européens. Je voudrais que le MEF redevienne la conscience européenne de la France et acquière, par un travail systématique de terrain et de substance, une crédibilité renouvelée.
Est-ce que les hommes et femmes politiques qui sont au Mouvement Européen doivent afficher leur ancrage européen et fédéraliste au sein de leurs partis ?
SG : Tous les membres du Mouvement européen devraient s’attacher, partout où ils se trouvent, à défendre les conceptions qui sont les nôtres.
Les hommes politiques ont à cet égard des responsabilités particulières puisque c’est au sein des partis que se prépare l’action. C’est pourquoi j’ai été choquée de voir que la coopération théoriquement « transpartisane » consistait parfois à se neutraliser mutuellement, à passer des compromis au millimètre, au lieu de favoriser l’éclosion des idées audacieuses. C’est ce que Jean-Louis Bourlanges ancien Président du Mouvement a lui aussi dénoncé dans la lettre qu’il m’a adressée durant la campagne (disponible sur le site www.sylvie-goulard.eu). C’est ce que mon élection va peut-être permettre de changer ; je voudrais que le MEF fasse de nouveau entendre une voix indépendante, dévouée à la promotion d’idées européennes, que chaque parti puisse le cas échéant, se réapproprier mais qui reste au-dessus de la mêlée.
Depuis le rejet du Traité constitutionnel, l’Europe politique semble gelée. Quelle est votre opinion sur cette urgence d’Europe dont nous avons besoin ?
SG : La crise est grave mais l’Europe a les moyens de rebondir, j’en suis convaincue. Nous ne souffrons pas d’un échec de l’Europe mais plutôt d’un manque d’Europe. La méthode communautaire conserve ses vertus ; simplement, elle n’a pas été appliquée correctement ces dernières années ; abandonnée au profit de la PESC qui n’a de commun que le nom ou de la méthode ouverte de coordination, elle demeure nettement supérieure à ces ersatz. Pour moi, l’Europe n’est pas morte…
Naturellement, à 27, ce ne sera pas simple de se mettre d’accord sur un projet commun mais le débat longtemps refoulé ne peut plus être éludé. Déjà sur l’élargissement par exemple, les positions actuelles sont plus raisonnables qu’il y a deux ans. L’idée qu’il faille réformer l’UE avant d’accueillir de nouveaux membres a fait son chemin.
Tentons d’avancer à 27, honnêtement, sans exclure personne ; sinon, avançons à quelques uns, notamment autour de l’euro.
2e partie de cette interview : cliquez ici
Interview réalisée par Fabien Cazenave
- Biographie de Sylvie Goulard :
Formation : École nationale d’administration (promotion 1989) ; diplomée de l’Institut d’études politiques (Paris) et titulaire d’une Licence en droit de l’Université d’Aix-en-Provence (1986).
1989 : direction des affaires juridiques du ministère des affaires étrangères (sur du droit communautaire, du droit international public). Participation à l’équipe française chargée de négocier le Traité de réunification de l’Allemagne (et ayant abouti au traité de Moscou du 12 septembre 1990, dit Traité « 2 + 4 »).
1993-1996 : membre du Conseil d’État (section du contentieux, section sociale).
1996-1999 : chargée de mission au « Centre d’analyse et de prévision » (CAP) du Ministère des affaires étrangères ; en charge des questions européennes, et notamment en charge de la coopération étroite avec le CAP allemand.
1999-2001 : détachée du ministère des affaires étrangères comme chercheur au CERI.
2001-2004 : expert détaché à la Commission européenne, membre à ce titre du Groupe des conseillers politiques du Président de la Commission européenne (alors, Romano Prodi), s’occupant notamment du suivi des travaux la Convention européenne.
2005-2006 : professeur à Science-Po Paris sur la thématique « Puissance et influence dans les relations internationales » (double cursus Science-Po/LSE).
2006 : élue à la présidence du Mouvement européen France.
Ses publications : Le Grand Turc et la République de Venise (Fayard, 2004), préfacé par M. Robert Badinter. Cet ouvrage a été couronné du prix du livre pour l’Europe 2005 et réédité - depuis lors - dans une version augmentée ; il a été traduit en allemand et en grec.




