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Interview exclusive de Jean-Pierre Jouyet : « Pour une accélération de la Zone Euro vers un authentique fédéralisme économique et social »

, par Jonathan Leveugle

Jean-Pierre Jouyet, Président de l’Autorité des Marchés Financiers [1] et ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes, répond aux questions du Taurillon. Selon lui, la crise de la dette actuelle ne se résoudra que dans une intégration fiscale et budgétaire plus poussée. La politique européenne doit reprendre le dessus sur les marchés et faire preuve d’audace.

Jean-Pierre Jouyet: Président de l'Autorité des Marchés financiers

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Le Taurillon : La crise de la dette empire et les sommets européens se sont succédés pour tenter de la résoudre. Que pensez-vous de la gestion actuelle de la crise par les gouvernements européens ? Le sommet du 26/10 vous avait-il satisfait ?

Jean-Pierre Jouyet : L’Union européenne traverse une crise sans précédent qui revêt une dimension économique affectant la croissance et donc l’emploi et qui souligne les faiblesses et les failles de la gouvernance de l’Europe, et plus encore les lacunes de sa construction et de son intégration. L’Europe n’a aujourd’hui ni gouvernance économique commune, ni structure efficace de coordination des politiques économiques et financières et elle en paye le prix.

Le premier enseignement de la crise est qu’il est nécessaire de renforcer la gouvernance économique pour sauver l’Euro. Il me paraît indispensable de clarifier la gestion de la crise dans trois directions : il faut mettre en place les accords européens notamment sur le renforcement de la capacité d’intervention du Fond européen de stabilité financière ; il faut ensuite mettre en œuvre les outils adoptés au niveau de l’Union visant à coordonner et à rendre plus convergente les politiques européennes ; il faut enfin travailler pour améliorer la gouvernance de la zone Euro et notamment aller vers plus de solidarité fiscale et budgétaire entre les États.

Ce qui compte c’est la crédibilité de la zone euro à mettre en œuvre les moyens pour résorber la crise, à la fois au plan national, en Grèce, en Espagne et en Italie, mais également au plan européen.

L.T : Vous avez critiqué la « dictature des marchés » qui a fait tomber Berlusconi et Papandréou. Pensez vous que nous serions aussi fragiles si les marchés avaient à faire à une Union européenne plus forte, plutôt qu’à des États nationaux séparés ?

J-P.J : Il y a effectivement aujourd’hui un excès de pouvoir des marchés financiers sur les choix politiques. Mais les politiques doivent reprendre la main. Malgré l’ampleur des moyens déployés depuis le début de la crise, l’Union européenne demeure sous la pression des marchés. Mais la crise la met au pied du mur.

L’Union européenne fut-ce au prix d’adaptations institutionnelles doit affirmer une vision plus politique de la régulation financière, remettre les marchés au service de l’économie et l’économie au service de l’homme. L’Europe et au premier chef, la zone euro, doit avoir confiance dans ses atouts, faire preuve d’audace. Sûre d’elle-même, elle aura alors les moyens de faire valoir son modèle et de rester un marché de référence.

Jean Monnet a écrit : « Personne ne peut encore dire aujourd’hui la forme qu’aura l’Europe que nous vivrons demain, car le changement qui naîtra du changement est imprévisible. » J’ose espérer que les changements observés aujourd’hui, engendrés par la crise, sont ceux qui pourront entraîner la mise en place d’un nouveau cadre institutionnel et politique en Europe.

L.T : Quel est le rôle actuel de l’Autorité européenne des marchés financiers ? Pensez vous qu’elle dispose des moyens nécessaires à une action efficace ?

J-P.J : La création de l’Autorité européenne des marchés financiers au début de l’année 2011 est une excellente nouvelle pour la régulation financière. Elle offre de nouvelles perspectives et contrairement à ce que peuvent penser certains sceptiques, cette autorité est plus complémentaire que concurrente des régulateurs nationaux. Elle a également pour mission d’assurer aux intervenants sur les marchés que le cadre législatif européen est décliné de la même manière, sans qu’il y ait d’arbitrages réglementaires possibles entre les États membres.

Depuis sa création, elle n’a cessé de voir ses compétences enrichies et développées. Elle supervise désormais directement les agences de notation et demain les bases de données centrales des marchés dérivés. Elle participera également directement à la supervision des chambres de compensation des produits dérivés, partout en Europe. Elle va également devenir la principale source de la norme financière en Europe grâce à l’édiction de standards techniques communs. Elle dispose enfin, en cas de circonstances exceptionnelles, des pouvoirs d’intervention directs sur les marchés, comme par exemple l’interdiction de certaines ventes à découvert.

Alors que la zone euro connaît des instants difficiles, il est plus que jamais essentiel d’assurer que les transactions en euro sur les marchés financiers fassent l’objet d’une supervision stricte, en lien avec la Banque centrale européenne.

L.T : D’un point de vue plus global, ne pensez vous pas que la zone euro a besoin d’une convergence plus importante de ses politiques fiscales et budgétaires ?

J-P.J : La situation est très préoccupante. On ne peut plus attendre. La Zone Euro a une très grande responsabilité vis-à-vis du reste du monde qui attend qu’elle reprenne en main son avenir. Cette crise de la dette de la Zone Euro nécessite une forte intégration des politiques budgétaires et fiscales ainsi que l’accélération de la Zone Euro vers un authentique fédéralisme économique et social. L’euro a besoin comme toute monnaie d’un gouvernement politique fort.

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