
Où l’on découvrira à quel point il s’agit là d’un système pragmatique et parfaitement « flexible », aux applications multiples, variées et originales : chacune adaptée à son contexte historique et à son milieu spécifique [1].
Le fédéralisme : un système qu’on ne saurait trop recommander aux Européens pour leur permettre de garantir la paix et la démocratie sur leur continent, et pour leur permettre de parfaire leur unité, dans la diversité.
Qu’est-ce que le fédéralisme ?
Rappelons-le : le fédéralisme, ce n’est ni l’extrême centralisation, ni l’extrême décentralisation mais une idée plus subtile et plus complexe. En fait il s’agit de briser l’ « atome » de la souveraineté pour, ensuite, répartir les compétences entre différents niveaux de gouvernement (chacun complémentaire de l’autre, mais chacun indépendant et souverain dans sa sphère de compétence contractuellement reconnue).
Suivant les pays et selon les époques ou les contextes, les réponses à ce problème politique sont extrêmement diverses. En ce sens, il n’existe donc pas un seul modèle - intangible - de fédéralisme. Toute fédération est donc une expérience politico-institutionnelle « historique » unique puisque chaque pays a défini un « équilibre fédéral » différent selon les moments de son histoire et selon les besoins de son temps.
Ainsi, comme l’avait écrit le futur président américain Woodrow Wilson dans son livre « Constitutionnal Government in the United States » (1908) : « la question de l’équilibre entre les États fédérés et l’État fédéral (…) ne peut jamais être résolue par l’opinion d’une seule génération, car il s’agit d’une question de croissance. Chaque étape de notre développement économique et politique lui ajoute une nouvelle dimension et la renouvelle ».
De même, comme l’a ajouté le politologue « germano-américain » Carl J. Friedrich dans son ouvrage intitulé « The trends of Federalism in Theory and Practice » (1968), le fédéralisme est « un processus dynamique dans la recherche d’équilibres variables ». Avec une organisation institutionnelle et un partage des compétences qui évoluent en permanence, selon les besoins et selon les priorités du moment : avec des périodes centralisatrices et des périodes décentralisatrices. On ne saurait donc mieux dire le caractère perpétuellement ouvert de l’expérience fédérale…
Diversité et Nécessité du fédéralisme
Cette évolution fédérale n’est d’ailleurs pas propre au seul Occident, puisqu’elle s’inscrit dans une tendance internationale qui voit - à l’heure actuelle - la multiplication sur l’ensemble du globe de régimes politiques organisés selon les modalités du fédéralisme : en Australie et en Micronésie, au Mexique et au Canada, au Brésil et en Argentine, en Afrique du sud et au Nigeria, en Inde et au Pakistan, en Birmanie et en Malaisie (etc) constituant tout autant d’exemples de fédérations. Il convient donc de parler des « fédéralismes » au pluriel.
« Assurer l’unité dans la diversité, pour la paix », « Répartir les compétences aux niveaux adéquats les plus pertinents », « Responsabiliser les citoyens pour rendre possible un véritable contrôle démocratique des pouvoirs et assurer une meilleure gouvernance, bref : démocratiser la vie politique » telles sont - en résumé - les grandes idées maîtresses du fédéralisme.
Un « projet fédéraliste » qui pourrait même assurer la cohésion - dans la paix et la démocratie - d’espaces aussi divers (mais aujourd’hui régulièrement menacés d’éclatement et d’explosion) que sont aujourd’hui la Russie et la Géorgie du Caucase, la Bosnie-Herzégovine et Chypre, l’Irak et le Yémen, l’Indonésie et les Philippines, la Birmanie et Sri Lanka, Madagascar et la Somalie, le Soudan et l’Ethiopie, ou encore le Nigeria et le Congo (RDC), (etc).
Une « solution fédéraliste » à laquelle on a même pensé dans des pays de vieilles civilisation, ainsi que pour de vieilles nations néanmoins jusque là réputées pour leur « centralisme » historique : telles la Chine [2] ou encore le Japon [3].
Le fédéralisme : une conception originale de l’exercice de la souveraineté qui permet également d’assurer des coopérations continentales (et de rendre possible la paix) là où il n’y avait, jusque là, que des nations rivales et concurrentes, parfois en conflit, souvent en guerre. Comme c’est aujourd’hui - peu ou prou - le cas en Europe.
Le fédéralisme, c’est donc également une nouvelle vision des rapports entre États : un projet de « gouvernance mondiale pacifique » à l’origine de la « Société des nations » (SDN) de l’entre-deux-guerres, puis de l’actuelle « Organisation des Nations Unies » (ONU).
Une nouvelle conception des relations internationales qui prend singulièrement de la valeur à l’heure où l’humanité doit faire face à de nouveau défis environnementaux et écologiques auxquels nos nations - impuissantes lorsque concurrentes et isolées - sont aujourd’hui bien incapables de faire face seules.
C’est vous dire si l’idée a de l’avenir…






