
L’attente des participants à ce dialogue était importante. Que cela soit Chantal D. (adhérente de Sauvons l’Europe Île de France) ou Nathalie H. (simple citoyenne), les personnes dans la salle souhaitaient fait le point sur l’ « actualité européenne », estimant que les médias traditionnels ne leur donnaient pas satisfaction. D’autres comme Claude D. (adhérent CFDT) voulaient savoir ce qu’il en était « au niveau social » en raison de l’actualité sur les services postaux libéralisés.
M. Jean-Pierre Jouyet fêtait ses « retrouvailles » avec cette association qu’il avait co-fondé il y a 2 ans. Après une introduction où il plaçait le couple franco-allemand comme un « moteur toujours important » mais désormais au service des 27 autres partenaires, il a répondu aux questions de la salle sur différents sujets.
Le traité simplifié
Sur le Traité « simplifié », M. Jouyet est confiant. D’après lui, il n’y a plus grand chose à craindre de la Pologne qui, même si elle connaîtra des élections deux jours à peine après le Conseil européen du 19 octobre, n’aurait plus comme réserves que les questions touchant aux avocats généraux à la CJCE et le compromis de Ionina (sur le décompte des voix). Les points à discuter sont plus difficiles avec le Royaume-Uni.
Il a tenu à rassurer quant à la valeur juridique de la Charte des Droits Fondamentaux. Celle-ci aura bien une valeur contraignante (sauf pour le Royaume-Uni). Du côté français, le Gouvernement s’engage à la faire publier au Journal Officiel avant la fin de l’année.
Le Secrétaire d’Etat a confirmé la volonté du Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, de passer par la voie parlementaire pour la ratification. Il devrait y avoir au moins 23 pays sur 27 qui auront ratifié par voie parlementaire au moment de la Présidence française de l’Union, qui espère clore ce dossier institutionnel à ce moment-là. M. Jouyet a insisté sur le fait que tous les partenaires européens « veulent sortir de la querelle institutionnelle qui dure en réalité depuis Maastricht il y a 15 ans ».
La Présidence française du Conseil de l’Union européenne à la mi-2008
Jean-Pierre Jouyet a confirmé les grands chantiers prévus pour la Présidence française : l’environnement, la sécurité énergétique, la protection des Européens. Un protection avec un sens très-très large : l’immigration en fait partie intégrante au même titre que la défense européenne. Il annonce également un « Erasmus + » sur les mêmes bases que les programmes Leonardo et autres. Babette Nieder (Génération Europe 21) ou Gaëtane Ricard Nihoul (Notre Europe) s’interrogent ainsi avec Les Jeunes Européens - France sur les modalités précises de ce plan qui ne doit pas s’ajouter à ceux déjà existant. Dans la salle, Jocelyne P. craignait ainsi qu’on ne fasse que « ré-ajouter un programme, ou alors, il faut dire que les précédants sont inefficaces ».
M. Jouyet : le Service civil européen est une très bonne idéeA la question de Karim-Pierre Maalej (Jeunes Européens - France) sur le fait de savoir si le Service Civil Européen (SCE) pouvait faire partie de cet Erasmus +, M. Jouyet l’a qualifié de « très bonne idée » qui pourrait être portée par la Présidence française.
Pauline Berlioz (Confédération étudiante) s’inquiétait de savoir où nous en étions du Processus de Lisbonne qui doit se terminer en 2010 et qui n’a toujours pas atteint ses objectifs. La question du financement étant liée aux stratégies à mettre en oeuvre pour aboutir à l’Europe de la connaissance, le Secrétaire d’Etat semblait converger vers sa proposition de « Fondation européenne qui capteraient les financements publics et privés qui seraient répartis sur des pôles d’excellence européanisés ».
M. Jouyet a voulu démontrer sa bonne volonté auprès de la Société civile qu’il annonce comme devant participer à la préparation de la Présidence afin de faire une « Europe proche des citoyens », de manière participative ou décentralisée.
Budget et BCE
Les déclarations de Nicolas Sarkozy sur le rôle de la Banque Centrale Européenne (BCE) durant la crise des « Subprimes » avaient créé la polémique. M. Jouyet, à l’aise sur le terrain des finances du fait de sa formation à la Cour des Comptes, a donc tenu à souligner que la France ne souhaitait pas remettre en cause l’indépendance de la BCE, tout en prêchant pour un meilleur dialogue entre celle-ci et les Ministres de l’économie de chaque pays, notamment « sur les mesures qui ont un impact sur la vie quotidienne ». S’il refuse de parler de gouvernance économique (« cela irrite les Allemands ») pour la zone €uro, il appelle à plus de compétences pour l’€urogroupe afin de pouvoir avoir une meilleure coordination avec les monnaies administrées (comme le yuan chinois) avec lesquelles l’€uro est en concurrence.
Sur le budget « à 1% » de l’Europe, le Secrétaire d’Etat espère bien profiter de la révision du budget européen qui interviendra au moment de la Présidence française pour mieux répartir les fonds. Il annonce ainsi clairement qu’ « il ne faudra pas rester immobile sur la question de la PAC ». La France veut ainsi mettre l’accent sur « 3 pôles essentiels » : l’innovation et la recherche, l’éducation et la formation, la politique extérieure et la défense.
S’il n’est pas hostile à mener une réflexion sur le montant du budget que beaucoup considèrent comme par trop limité, il propose en contre-partie d’ « opter pour des évaluations en parallèle des différentes politiques européennes pour convaincre les autres partenaires ». Il plaide aussi pour une meilleure répartition du « fardeau » budgétaire, visant nommémant les Britanniques.
Un dialogue apprécié par la salle
En terme de relations (avec le) publiques, M. Jouyet a réussi sa journée. Antonin L. a aimé « voir qu’il était prêt à parler de tous les sujets et qu’il avait envie de faire avancer l’Europe politique ». « C’est appréciable de voir un Ministre nous rappeler que nous devons nous battre pour demander l’Europe politique alors que tous nos partenaires ne sont pas d’accord avec ça », estime Chrisitine C. venue « pour découvrir l’ancien dir’cab de Jacques Delors à la Commission ».
Il est clair que M. Jouyet a paru à l’aise. Il n’a pas hésité ainsi à marquer ses points de vue personnels comme sur la Turquie (plutôt favorable à son adhésion) ou sur le 9 mai qu’il préférerait voir férié (à la place du 8 mai) et comme un jour de fête entre tous les européens.
S’il estime qu’après le Traité modificatif, il n’est pas encore temps d’une nouvelle Convention, c’est parce qu’il appelle « à ré-inventer d’abord le rêve européen ». Nous vous prenons aux mots M. Jouyet et les Français favorables à l’Europe politique attendent désormais des actes à vos promesses.




