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Symboles européens

L’Euro

Quand l’Europe passe entre toutes les mains

, par Nicolas Jean

L’objectif de cet article n’est pas de prendre à nouveau la défense de l’Euro face aux nombreuses contrevérités et mensonges que l’on peut entendre ici ou là. Je voudrais insister ici sur le caractère symbolique que revêt notre monnaie unique.

Auteurs

  • Ancien président des Jeunes Europées - France (2007-2009), actuel trésorier des JE-Bordeaux. Doctorant et moniteur en économie internationale à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV. Président de la Maison de l’Europe Bordeaux-Aquitaine.

Si l’Euro n’est pas encore reconnu comme un symbole officiel de l’Union européenne au côté de la devise, de l’hymne, du drapeau ou du 9 mai, il n’en demeure pas moins le plus beau résultat de l’intégration européenne, et donc quelque part le plus beau symbole.

L’Euro : une décision politique

Revenons quelques années en arrière au moment de la signature du Traité de Maastricht. Mettons de côté les éléments économiques, qui ne plaidaient pas en faveur d’une monnaie unique à l’époque, et concentrons-nous sur la monnaie en tant que représentation de la souveraineté des Etats. Depuis toujours les Etats ont le monopôle de la frappe de leur monnaie, et la monnaie qui « établit un lien entre le passé et l’avenir » d’après Keynes, était, de fait, un ciment entre les générations et contribuait à l’expression d’un fort sentiment d’appartenance citoyenne.

Nous ne pouvons dès lors que saluer le courage politique dont ont fait preuve les dirigeants européens, car s’il est indéniable qu’il s’agit d’un objet économique, la réalisation de l’euro fut avant tout une décision Politique au sens d’une réelle ambition pour l’Europe. Ainsi, au-delà de sa fonction économique, l’euro joue également un rôle de catalyseur entre les Européens. Comment ne pas sentir appartenir à un même ensemble quand 13 pays partagent la même monnaie ?

Une monnaie symbole de l’intégration européenne

Depuis le 1er janvier 2002, l’euro est donc dans les portefeuilles de plus de 300 millions d’Européens, et les candidats sont de plus en plus nombreux. Si on ne peut nier aujourd’hui un intérêt économique à vouloir adopter l’euro pour les pays d’Europe centrale et orientale, il n’en demeure pas moins que c’est une étape encore difficile à franchir, notamment pour la Pologne ou la République Tchèque, qui voient une perte de souveraineté, pour l’instant impensable, dans l’adoption de l’euro. Comment, dès lors qu’on lutte contre toute forme de nationalisme, ne pas voir l’euro comme un symbole fort de l’intégration européenne, synonyme sans aucun doute d’une réelle ambition européenne. Que pensez alors de pays qui refusent l’euro ? Est-ce qu’ils sont à placer au même plan que ceux qui refusent la Charte des droits de l’homme ? On est en droit de se demander si ces pays se considèrent réellement européens.

Parallèlement au symbole qu’il représente, l’euro a sa propre symbolique. C’est en 1995 que les 15 Etats membres de l’Union européenne se mettent d’accord sur son nom.

Une conception très symbolique

Le sigle officiel de l’euro (€) s’inspire de la lettre grecque epsilon (ε), symbolisant le berceau de la civilisation européenne, et évoque la première lettre du mot "Europe". Les deux lignes parallèles représentent la stabilité de l’euro (comme pour les sigles du dollar, de la livre ou encore du yen). Dans la conception de la monnaie fiduciaire, la symbolique a aussi été largement travaillée. Ainsi, les billets, identiques pour tous les pays, présentent une thématique commune dont la symbolique dépasse les frontières nationales ; les pièces, quant à elle, conservent sur l’une de leurs faces un thème propre à chaque pays. Peut-être faut-il voir ici la traduction de toute l’originalité de l’expérience européenne…

Les styles architecturaux européens constituent le fil conducteur de la gamme des billets en euros. A travers l’évocation des périodes et des styles, c’est tout à la fois l’histoire de l’architecture et des techniques et le patrimoine culturel commun des pays de l’Union européenne qu’illustrent les sept coupures de billet. Le caractère communautaire de ce patrimoine est d’autant mieux traduit que les représentations architecturales retenues demeurent des fictions idéalisées ne pouvant être assimilées à un pays particulier. Par ailleurs, les deux thèmes architecturaux figurant sur les faces des billets sont porteurs d’une riche symbolique.

- D’un côté, les porches, portails ou fenêtres peuvent évoquer l’ouverture de l’Europe sur le monde ou son entrée dans une ère nouvelle.
- De l’autre, les ponts peuvent être à la fois le signe d’un lien entre les peuples et celui du passage vers une Europe plus unie dont les frontières politiques ont disparu de la carte figurant sur la même face des billets.

Conclusion

Ainsi, tout dans l’euro a force de symbole. De l’idée originelle de remplacer 15 puis aujourd’hui 27 monnaies nationales, à la symbolique de ses pièces et billets. L’euro est par nature un symbole économique, de plus en plus reconnu et utilisé dans le monde. Mais c’est aussi et surtout un fort symbole politique d’intégration, et c’est de cela dont les gens ont besoin pour pouvoir se reconnaître dans cette nouvelle citoyenneté européenne en train de naître petit à petit dans la conscience des peuples européens. L’euro contribue à ce que chacun de nous se sentent plus européen, et à ce titre il mérite amplement le titre de symbole de l’Europe.

Rappel :

Sur les 27 Etats membres de l’Union Européenne, 13 forment la zone euro : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce (depuis 2002), Italie, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal et Slovénie (depuis 2007). Malte et Chypre adopteront l’euro dès 2008. 3 Etats membres restent en dehors de la zone euro : le Danemark et le Royaume-Uni qui bénéficient d’une dérogation, ainsi que la Suède. Cette situation résulte d’un choix délibéré de la part de ces trois Etats membres.

Les autres membres de l’Union européenne (l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et Chypre) devraient adopter l’euro, cela constitue pour eux une obligation en tant qu’acquis communautaire.

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P.-S.

Illustration : « Euro, la monnaie unique », réalisation par la Commission européenne

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