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L’Euro, devise internationale de facto ?

, par Henri Erti , traduit par Sophie Trapitzine

L’ironie du sort a voulu que l’actuelle crise financière mondiale ait eu une conséquence inattendue et sans gravité. Suite au système de Bretton Woods et à la formation d’un nouveau paradigme macroéconomique né de la mondialisation financière, de rudes attaques ont pu être formulées à l’égard du statu quo qui prévaut aujourd’hui.

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Une conséquence inéluctable

Plus précisément, le « privilège exorbitant » dont jouit le dollar n’est plus considéré comme légitime. Il l’est d’autant moins depuis la découverte des négligences économiques des banquiers américains, à la source de l’effondrement financier que l’on connait. En outre, le système monétaire international a évolué vers un système de multidevises, dans lequel de puissantes économies émergentes sont prêtes à concurrencer le dollar en tant que devise internationale de facto.

L’euro grimpe

Dans ce contexte, qu’en est-il de l’euro ? Les exportations de la zone euro, générées essentiellement par l’économie allemande, sont deux fois plus fortes que celles des États-Unis. Par ailleurs, avec le marché commun, qui a permis d’éviter les couts des transactions et des conversions de devises, les États et les entreprises doivent régler leurs transactions en utilisant une devise unique : l’euro. Un tel système permet ainsi d’éliminer les risques de fluctuations de taux de change. Avec la crise financière, alors que les économies émergentes ont accumulé d’importantes réserves pour stabiliser artificiellement la valeur de leur devise, les États membres de la zone euro ont la chance de pouvoir éviter ces risques de fluctuations et de volatilité. Ainsi, étant donné que la demande extérieure d’euro a augmenté grâce à sa solidité potentielle, l’euro est devenu comparable au dollar.

BCE = FED

Pour qu’une réserve de devise soit réellement concurrentielle et crédible, elle a besoin d’une banque centrale solide pour la soutenir. La Réserve fédérale constitue ainsi le bastion du dollar : l’inflation et les taux d’intérêt sont relativement bien contrôlés pour soutenir le système monétaire international. Dans le contexte de crise financière, les investisseurs se sont dès lors lancés dans une course effrénée aux bons du Trésor américains afin de protéger leur monnaie de toute contagion financière. Au même moment, la décision de la BCE (qui a probablement été politiquement mal accueillie) d’acheter les bons d’état auprès des « pestiférés » a témoigné d’une forte résolution de la part de la zone euro de rétablir l’ordre de ses finances publiques. Vraisemblablement, si les marchés avaient abandonné l’idée d’un euro comme réserve de devise internationale stable et sûre, celui-ci ne représenterait pas aujourd’hui 28 % de l’ensemble des réserves monétaires cumulées dans le monde, ou 31 % de l’ensemble des émissions d’obligations mondiales.

L’euro reste pourtant à la traîne

À première vue, on pourrait se demander pourquoi l’euro n’exploite pas pleinement son potentiel économique. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation complexe. La première d’entre elles relève probablement du fait que l’euro est une devise sans État. Aucun gouvernement ne soutient l’euro. Certains États membres le rejettent. On est loin du rêve de l’euro comme devise puissante unanimement « choisie ». L’incapacité à passer au-delà des divergences politiques et de cette façon étroite de voir les choses ainsi que la réticence des États à se partager la charge des plans de sauvetage ont empêché l’euro de rivaliser avec le dollar. Il n’a pu s’imposer comme nouvelle monnaie de réserve mondiale au sein du nouvel ordre international. D’autre part, si un État veut devenir le « banquier du monde », il doit bénéficier d’une croissance économique. Malheureusement, l’Union européenne, tombée dans la récession à la fin de l’année, ne devrait pas renouer avec la croissance avant un certain temps. S’agissant des États-Unis, bien que la croissance de leurs PIB soit aussi faible que celle de l’UE, l’actuelle structure du SOGI leur permet de creuser un déficit quasi illimité dans leurs comptes courants. En effet, les États-Unis, dans la mesure où ils doivent fournir une liquidité stable aux marchés mondiaux, peuvent recourir à cette possibilité. Ce paradoxe est mieux connu sous le nom du « Dilemme de Triffin »

Que faire ?

L’euro devrait un jour prévaloir en tant que devise internationale. Au vu de l’expansion géographique de l’UE, la théorie d’une « zone monétaire optimale » convient mieux à l’euro qu’à tout autre bloc de devise. Dans une zone donnée, plus il y a de pays impliqués, plus le volume d’échanges commerciaux augmentera. Ainsi, si le nombre de devises s’accroit avec l’intégration de nouveaux États, les économies d’échelle découlant d’une devise pourraient générer des bénéfices suffisants, ce qui encouragerait les autres pays à accumuler la même devise pour ajuster leur balance commerciale. Parallèlement, si la zone euro parvient à dégager des réformes institutionnelles adaptées, en donnant par exemple plus de pouvoir à la BCE pour veiller à la rationalité financière de ses membres et accroître la compétitivité du marché commun, cela pourrait vraisemblablement permettre à l’euro de devenir une devise influente au sein du nouvel ordre monétaire international. Mais pour l’heure, le « privilège exorbitant » du dollar reste la règle.

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P.-S.

Les données utilisées dans cet article ont largement été extraites des études de Barry Eichengreen,

Article issu du partenariat avec l’EST

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