
L’Europe et le football, une longue passion…
Né en Angleterre en 1848, institutionnalisé en France en 1904 par la création de la Fédération internationale de football association (la FIFA qui siège cependant en Suisse, à Zurich depuis 1932), le football européen est synonyme de clubs [1] et de joueurs mythiques [2] mais également de 9 trophées mondiaux. Dont 4 italiens, 3 allemands, 1 français et 1 anglais. Mieux que le Brésil et ses 5 titres !
A l’instar des Jeux Olympiques, le football est capable de rassembler un peuple entier, même dans les moments les plus difficiles. L’occasion de rassembler le peuple européen ?
La dernière coupe du monde de football, un symbole fort
La dernière coupe du monde organisée en Allemagne a été une formidable fête mais aussi un symbole fort, celui d’une revanche sur l’Histoire. La finale France-Italie dans le stade olympique de Berlin, tristement célèbre pour ses Jeux nazis de 1936, a ainsi opposé dans un esprit sportif et festif deux nations cousines autrefois déchirées.
Vu de la France ou de l’Allemagne, le résultat de 2006 peut être perçu comme décevant. Vu de l’Europe, le résultat de cette compétition est un franc succès. Quatre nations européennes ont joué dans le carré final. Le meilleur buteur (l’Allemand Klose), le meilleur gardien (l’Italien Buffon) ainsi que le meilleur joueur du mondial (le Français Zidane) sont tous européens. Que rêver de mieux ?
Sauf que l’équipe d’Europe n’existe pas et que ses supporters sont à peine plus nombreux que le nombre de Commissaires européens. Ceux-ci ne se sont d’ailleurs guère fait la remarque de cette domination européenne durant cette coupe de 2006 et que ce symbole fort pourrait réconcilier les Européens avec une Union dont la construction est mise à mal.
Football et nationalismes
Comme l’écrivait Jean-Pierre Raffarin sur son blog, “le foot c’est l’anti-guerre”. Malheureusement, le football peut aussi être synonyme de nationalismes au mauvais sens du terme. Ou l’ennemi tirailleur d’hier s’est transformé en adversaire.
L’esprit national prime encore trop sur un esprit continental fragile et les mots peuvent rapidement dépasser les pensées dans l’excitation d’un match.
La coupe du monde peut très vite déraper en une guerre des crampons où le moindre incident sur le terrain peut virer au mélodrame. L’affaire du coup de boule de Zidane contre Materazzi durant la finale de 2006 en est une illustration.
Football et continentalisme
Malgré un scepticisme ambiant, l’identité européenne existe. Pourquoi ne pas créer dès lors cette équipe ? Car l’essentiel n’est-il pas d’assister à un beau match ? D’autant plus beau sous ce maillot européen à 9 étoiles (+12).
Par ailleurs, il est un élément auquel on ne pense jamais : le joueur, dont l’histoire personnelle ne peut se résumer à un seul nom de pays. Si l’on pense aux joueurs, à quoi bon continuer à nourrir des dilemmes identitaires désuets ?
On imagine sans peine les sentiments de Klose et Podolski, deux joueurs allemands d’origine polonaise, lorsqu’ils ont du jouer contre leur pays natal. N’aimeraient-ils pas jouer sous un maillot européen ? Où nous mènent donc les équipes nationales ?
Vers une équipe européenne de football ?
L’existence d’une équipe d’Europe de football aujourd’hui risquerait malheureusement d’envenimer l’image déjà dégradée de l’UE. Dans un contexte de méfiance, une réutilisation du football à des fins politiques serait très mal perçue car prononcée par des leaders européens peu convaincus par leurs fonctions et peu convaincants auprès de la population européenne.
Par ailleurs, cette reprise pourrait être jugée comme un déni des nations et utilisée par les partis extrêmistes qui ne manqueraient pas de dénoncer la bureaucratie centralisée de Bruxelles méprisant les identités nationales.
Pour voir un jour peut-être jouer une équipe européenne, l’UE devra d’abord se rapprocher de ses peuples et faire évoluer les mentalités. La question de la sélection des joueurs deviendra alors anecdotique. Les équipes nationales ont encore de beaux jours devant elles.
D’ailleurs, même dans une Europe idéalement fédérale et bien intégrée, ces équipes pourraient très bien perdurer pour nous rappeler justement que la construction européenne s’est faite par les Etats mais aussi pour empêcher les arguments anti-européens cités ci-dessus.
Unie dans la diversité, l’Europe avance quand elle gagne collectivement. Sur ce registre, le football nous fait avancer.




