
Ainsi, sur près de 100 pages les deux auteurs développent, dans une perspective franco-allemande, une stratégie pour l’européanisation du système éducatif en France et en Allemagne.
Comment peut-on créer une vraie conscience européenne ? Comment peut-on garder et encourager la pluralité des langues en Europe afin éviter que cette diversité ne soit remplacée par un anglais standardisé ?
Pourquoi ne pas essayer de résoudre l’actuelle crise de nos systèmes scolaires par une réforme éducative à l’échelle de l’Europe ?
Ainsi, partant de l’hypothèse que l’établissement d’une conscience européenne n’est vraiment possible que par la connaissance des cultures et des langues des autres pays européens, les auteurs proposent une réforme profonde du système scolaire actuel.
Quatre principes de mise en oeuvre pour une école de l’Europe pour tous :
Dès le premier chapitre les auteurs présentent leur projet d’une « école de l’Europe pour tous ». Et ce projet repose sur quatre principes fondamentaux :
Premièrement : rendre possible l’apprentissage de deux langues étrangères avant l’âge de neuf ans. Concrétement, il s’agirait ici de l’apprentissage d’une première langue vivante étrangère à partir de l’âge de sept ans et d’une deuxième langue à partir de huit ans, toutes deux enseignées -autant que possible- par des locuteurs natifs.
Deuxièmement : les auteurs proposent que l’anglais soit obligatoire comme deuxième (au lieu de première) langue étrangère afin d’éviter la domination de l’anglais (mais sans nier son importance dans le monde globalisé…).
Troisièmement : les auteurs demandent qu’au-delà de la cinquième année d’apprentissage, les langues apprises puissent être utilisées pour l’enseignement des autres matières.
Et cela pourrait se concrétiser par l’enseignement des disciplines non linguistiques (DNL) dans des langues étrangères (ainsi que dans le cadre de projets ou d’échanges internationaux…).
Dans ce contexte les auteurs réclament aussi l’établissement d’un « programme Brigitte Sauzay » (baptisé ainsi en hommage à l’ancienne conseillère française du chancelier Schröder) : pour que tout élève puisse participer à un échange individuel de longue durée.
Des cours de civilisation européenne pour mieux nous connaître :
Enfin, quatrième principe à mettre en oeuvre d’après les auteurs : la création d’un cours de civilisation européenne. Un cours qui serait donné non seulement par un professeur étranger mais, surtout, dans sa langue.
Ce cours n’aurait pas seulement pour raison d’être l’enseignement de l’histoire ou des institutions de l’Union Européenne, mais devrait aussi favoriser la connaissance des différentes traditions nationales.
Alors l’enseignement serait plus ouvert à d’autres cultures et pourrait ainsi acquérir une dimension plus sociale. En effet, l’école internationale n’est malheureusement aujourd’hui ouverte qu’à une élite restreinte alors que davantage d’échanges interculturels pourraient aider à une meilleure intégration des immigrants.
Repenser les questions éducatives dans une perspective européenne :
En fait, les auteurs ont ainsi élaboré un projet ambitieux pour faire avancer le sentiment européen dans l’ensemble de la population européenne.
Mais si l’on considère vraiment toute la population européenne, il ne faut néanmoins pas oublier que ce livre a, au départ, été écrit dans une perspective franco-allemande plus que dans une perspective européenne globale.
Bien sur l’axe franco-allemande était (et reste) un moteur pour la construction de l’Europe ; et ce qu’on commence à pratiquer dans nos deux pays pourrait effectivement devenir un modèle pour le reste de l’Europe.
Mais on doit néanmoins pas oublier que la connaissance du grand voisin ne suffit pas. Et qu’il faut aussi bien connaître la culture de pays européens comme la Lituanie, la Grèce ou Malte.
C’est la raison pour laquelle un cours de civilisation européenne doit aussi comporter des informations basiques sur ces (petits) pays.
Un principe cardinal : l’ouverture d’esprit par l’accès à la culture
Si l’on se place enfin dans une perspective plus européenne (et un peu moins franco-allemande…) on notera qu’il est tout de même bien difficile à comprendre pourquoi il serait donc plus important d’apprendre une langue européenne (comme l’allemand ou le français) qu’une autre.
Car le plus important est surtout d’apprendre plus qu’une langue étrangère différente (sinon trois ou quatre). Et ce : le plus tôt possible, et sans nécessairement se préoccuper de savoir qu’elle est donc celle d’entre ces langues qui aura été apprise la première.
Mais à part cette petite critique, on voudra bien admettre que ce livre est une contribution importante en faveur de la création d’une conscience européenne.
Un ouvrage dont la lecture devrait être chaudement recommandée à toute personne travaillant dans l’enseignement et, surtout, à toutes les femmes et hommes politiques réfléchissant sur ces questions.




