
Le but était de réunir des personnalités capables d’analyser les racines profondes de l’euroscepticisme, et surtout de proposer des solutions pour apaiser l’appréhension qui se propage parmi les Européens en ces temps de crise. Catherine Gallou, présidente du groupe de réflexion l’Ami Public, était la modératrice de l’événement.
Les origines de l’euroscepticisme
Les causes profondes de l’euroscepticisme sont nombreuses : les intervenants ont d’abord constaté que le projet initial des Pères fondateurs, celui d’une Europe pacifiée, unifiée et au service du monde, n’a pas toujours été bien porté. Il existe en effet des lacunes considérables, au niveau éducatif, politique et social dans le projet européen. Mais la première cause du fléau eurosceptique, et c’est probablement la plus grave, est le manque d’information. M. de Mesquita da Cunha a insisté sur la fragilité de l’Europe politique : les politiciens nationaux se servent encore de l’Europe, plutôt que de la servir.
En effet, ceux-ci préfèrent créer un « brouillard européen », faisant ainsi de « l’eurocrate » un obscur bouc émissaire, bien utile pour servir leurs propres intérêts. L’intervenant a par ailleurs souligné l’indifférence des intellectuels face à un projet bâti essentiellement sur la raison. Ainsi, l’UE reste mal connue et mal expliquée, il est donc facile de jouer sur les émotions d’une population perplexe devant des institutions compliquées, et de propager une réaction de « non par principe ». Mais la désinformation peut aussi être imputée au système éducatif et aux médias, qui délaissent largement le sujet, ou qui s’y intéressent tout au plus pour le dénigrer. Ainsi, les gens croient par exemple qu’un budget colossal est consacré à l’UE, ou qu’une Europe plus politique équivaudrait à faire taire la voix individuelle de chaque pays pour trouver un consensus.
Un Non par principe
Pourtant la croissance économique européenne a été jusqu’à récemment d’environ +1,5% à +4%, selon les pays. Mais depuis janvier 2008, le commerce international (et européen) est en chute libre pour la première fois depuis longtemps. M. de Mesquita a expliqué comment cette crise financière pourrait engendrer une bouffée d’euroscepticisme : l’élan de la construction de l’UE, fondé sur l’idée que le commerce intracommunautaire amène la prospérité de tous, est désormais remis en cause. Par conséquent, nous sommes exposés au risque d’un repli nationaliste et protectionniste entre les Etats membres, et même d’une « division économique » entre l’Est et l’Ouest. L’intervenant, à travers un discours plutôt alarmiste, a montré comment cette crise pourrait devenir sociale, et qu’elle pourrait aussi se faire sentir au niveau politique. Ainsi, si le marché commun s’effrite sous le coup des égoïsmes nationaux, c’est tout l’édifice européen qui en sera ébranlé.
Quelles solutions contre l’euroscepticisme ?
Les intervenants ont proposé des solutions concrètes pour faire face à l’eurosceptisme. Sylvie Goulard a présenté quatre thèmes qui pourraient changer la perception négative de certains. Le premier consiste à recréer une économie sociale de marché, c’est-à-dire à tempérer le libéralisme économique avec un souci de justice sociale et de régulation. Le deuxième concerne l’environnement, qu’il faut préserver en trouvant des solutions énergétiques alternatives, durables et communes. Elle a aussi insisté sur la nécessité d’une politique étrangère commune. Enfin, l’abolition des frontières dans l’UE facilitant la criminalité, elle a soutenu que les questions de justice et de sécurité ne devraient pas être limitées aux compétences nationales.
Pour Miguel de Mesquita da Cunha, il est essentiel de préserver le marché commun à travers la solidarité économique, en particulier avec les pays de l’Est. Il a démontré l’importance de l’euro pour convaincre les eurosceptiques du bien-fondé de l’UE, mais aussi que la monnaie unique est particulièrement vulnérable à la crise si nous négligeons les pays de l’est hors zone euro. Natascha de Saint-Jean a souligné que la crise représente aussi un levier de changement pour les entreprises. En effet, les entreprises « où il fait bon travailler », celles qui considèrent que l’être humain est au cœur de la création de richesse, semblent mieux résister à la crise, et c’est tangible d’un point de vue économique.
Préserver le marché commun par la solidarité économique
Elle a proposé de transposer ces valeurs de responsabilité sociale et de démarche éthique qui font des salariés heureux à la construction européenne, pour que les citoyens se sentent impliqués et qu’ils aient confiance en ce grand projet.
Enfin, le débat a porté sur l’idée d’un rêve européen. Même si l’Europe mérite d’être donnée et non pas d’être « vendue », elle a de quoi en faire rêver plus d’un : l’UE est un modèle unique de société régie par la raison et non par des rapports de force ; c’est une alliance permanente, où chacun des pays accepte d’être mis en minorité et d’être guidé par la sagesse collective. « Croire en l’Europe, c’est inscrire au plus profond de nos comportements politiques le moyen de ne pas retomber dans l’absolutisme », pour de Mesquita.
Tous ont parlé avec une ferveur qui donnerait peut-être à 500 millions d’européens l’envie de s’engager un peu plus dans ce projet humain.

