
Le bilan des quelques mois passés au gouvernement par les « troupes » du président Victor Iouchtchenko est malheureusement peu brillant quand nous voyons que le parti hier au pouvoir risque, demain, de revenir aux affaires par la porte démocratique.
Et ceci grâce au désenchantement « post-Révolution Orange ».
La crise du gaz, machine à relancer la Révolution Orange ?
Cependant, la querelle opposant aujourd’hui les responsables ukrainiens et russes sur le prix du gaz pourrait permettre au camp orange de repasser au vert.
Nous en avons eu l’exemple avec M. Poutine et la Tchétchénie, M. Bush et l’Irak, M. Clinton et le Kosovo : rien ne vaut une bonne cause nationale face à « l’extérieur » pour ressouder les électeurs autour de leur Président et de son camp : symbole, s’il en est, de la Nation.
Nous pouvons nous demander si les dirigeants ukrainiens n’ont pas tout intérêt à laisser pourrir cette situation… où ils se sont pourtant mis tous seuls.
Rappelons-nous, en effet, que ce sont les dirigeants ukrainiens qui, arrivant au pouvoir, ont alors dénoncé (sous le prétexte de l’indépendance énergétique de l’Ukraine vis-à-vis de son voisin Russe…) les accords sur les importations en gaz faites par ces cousins « russes » éloignés à destination des habitants de Kiev, d’Odessa, de Lwow ou Karkhov qui, politique mise à part, en ont grand besoin.
Les dirigeants russes, en accord avec ceux de Gazprom notamment, en ont alors profité pour remettre à niveau les prix accordés jusque-là à l’Ukraine.
L’Union européenne n’a pas encore d’indépendance énergétique
La crise du gaz rejaillit maintenant sur l’Union européenne.
En effet, à l’ocasion de cette nouvelle ’’guerre du gaz’’, nous voyons ces jours-ci à quel point, en tant qu’Européens, notre indépendance énergétique est aujourd’hui encore mal assurée.
Ainsi, lors de cette dernière semaine, on a vu nombre de pays d’Europe centrale subir le contre-coup de la pénurie en gaz importé de Russie via les gazoducs d’Ukraine : -30% pour l’Autriche, -40% pour la Hongrie, -35% pour la Pologne et -25% pour la Hongrie.
Et juste souligner que, dans dix ou quinze ans, notre actuel approvisionnement en gaz naturel en provenance de la Norvège et des Pays-Bas (environ 30% du total actuel, pour la seule France) se sera tari : l’Union Européenne pouvant alors devenir dépendante d’un approvisionnement extérieur désormais massivement russe (puisqu’à hauteur de 80 %).
Et cela pose donc la question d’un avenir où, pour assurer nos besoins en gaz et en pétrole, nous aurons alors le choix de faire alliance soit avec la Russie autoritaire de Poutine (ou de ses héritiers…), soit avec quelque axe « Turquie-Géorgie-Azerbaïdjan » (soutenu par les Américains).
Une Révolution démocratique achevée ?
Cependant, plutôt que de laisser aujourd’hui les Ukrainiens s’interroger sur le fait de savoir, à l’instar de Gilbert Bécaud, « qui a volé, a volé, a volé, a volé [la révolution] Orange… » autant rappeler le pourquoi du comment des manifestations qui sont parties en octobre-novembre 2004, de Maïdan (la place de l’indépendance) à Kiev : rattacher l’Ukraine au camp de la démocratie.
Car tel est, après tout, le véritable enjeu des élections législatives ukrainiennes de mars prochain (surtout à l’heure où les chancelleries occidentales bruissent de nouvelles rumeurs quant à la prochaine présentation par l’Ukraine, en cette année 2006, d’un dossier de candidature pour adhésion à l’Union européenne…).





