
Enfin, le 10 janvier 2007, la Commission européenne a exposé ses ambitions pour continuer l’Europe de l’énergie en détaillant ses propositions pour une « nouvelle révolution industrielle ».
Quel enjeu est le plus important ?
Chacun peut constater que les énergies renouvelables et les biocarburants sont un sujet de débat de plus en plus présents, compte tenu du défi que représente l’énergie pour les prochaines décennies : la consommation énergétique mondiale devrait doubler, voire tripler d’ici 2050.
Deux enjeux se posent donc : celui des émissions de CO2 (pollution, réchauffement climatique), et celui de la consommation énergétique (impossible à satisfaire si elle triple). Le développement des énergies renouvelables répondent au 1er enjeu, mais peu au 2e. Nous entendons beaucoup parler des énergies propres… et beaucoup moins de la réduction de la consommation énergétique, qui est une solution pour répondre aux 2 enjeux.
Un sursaut à opérer pour le citoyen
Il semble que ce devrait être l’une des priorités, non seulement de la France, mais de l’Europe et du monde. Au regard de la hausse de la demande d’énergie, il faudrait concentrer les efforts sur la réduction de cette consommation énergétique. Or ceci est loin d’être évident pour la majorité des citoyens. Les résultats de l’Eurobaromètre indiquent que « les citoyens européens sont peu conscients de l’importance de la politique énergétique dans leur vie quotidienne et ne voient pas la nécessité de la recherche sur l’efficacité énergétique » [1] puisqu’ils placent leurs espoirs dans les énergies renouvelables. Seuls 3% des personnes interrogées estiment que la politique énergétique a une influence sur leur vie.
Or les énergies renouvelables ne répondent pas à l’enjeu énorme de la hausse de la demande d’énergie… qui verra sans doute se développer de nouveau les exploitations de charbon. Méfions-nous de rechercher de fausses solutions et de regarder le problème du mauvais côté.
L’enjeu est réel et a amené la Commission européenne à présenter en octobre 2006 « un plan d’action en matière d’efficacité énergétique qui pourrait permettre de réduire la consommation énergétique de l’Europe de 20% d’ici 2020 et de réaliser plus de 100 milliards d’euros d’économies par an si le programme atteint ses objectifs » [2].
Si l’Europe prend le leadership de la réduction de la consommation énergétique, elle contribuera de fait à résoudre la crise environnementale de la planète. Mais ceci ne réglera la question de la crise que vit l’Europe politique, qu’à une condition qui n’est pas mentionnée : celle de l’implication de tous les acteurs, en premier lieu le citoyen. Donc inscrire cet enjeu dans un véritable projet pour l’Homme.
Tant que le citoyen n’est pas lié et impliqué à un projet (lequel actuellement ?) que porte l’Europe, la crise ne pourra pas être résolue. Le lien avec le politique a donc là une importance capitale. L’enjeu est de taille, mais il est stimulant et porte une dynamique, ce qui manque cruellement.
Un facteur de synergies
Allons plus loin. Nous faisons face à plusieurs crises : celle du politique, de l’Europe, de l’état de la planète… ce qui peut amener certains à envisager un avenir moins rose qu’actuellement. Ces crises pourraient-elles être résolues ensemble ? La réduction de la consommation énergétique pourrait-elle être un élément de réponse à ces différentes crises ?
Voyons le jeu de domino que ceci pourrait entraîner :
- Le citoyen verrait sa facture énergétique baisser, ou du moins augmenter moins fortement, car le prix de l’énergie va aussi augmenter.
- Au niveau national, l’accumulation des baisses de consommation d’énergie (chez les citoyens ou les entreprises) aurait au mieux pour conséquence une demande moins grande au niveau français, sinon une hausse plus faible que prévu. L’Etat pourrait donc économiser le coût de la construction de nouvelles structures d’approvisionnement (centrales nucléaires…) et donc éviter certaines dépenses.
- Si sur cette économie faite au niveau national, résultat d’un effort collectif, l’Etat décide d’en ré-affecter une partie à une action bien ciblée dans le domaine du social (réinsertion des chômeurs, lutte contre la pauvreté…), alors le fait de lier l’environnement au social pourrait avoir un effet non négligeable : le citoyen, en plaçant son action individuelle dans une dimension collective, participerait indirectement à la mise en place de solutions sociales.
Ceci peut être idéaliste, mais serait générateur d’une dynamique… d’autant plus si les efforts des citoyens sont valorisés. Ceci donnerait un rôle au citoyen dans l’atteinte des objectifs nationaux et européens, au lieu d’en faire un « assisté civique ».
Nécessité d’une Europe politique
La réduction de la consommation énergétique est également un levier pour redynamiser notre économie. Elle pourrait accélérer la recherche et l’innovation pour développer des solutions et des matériaux moins gourmands en énergie… Ceci pourrait relancer l’économie française, sinon européenne en exportant ces solutions aux autres pays du monde pour réduire leur consommation, et donc leur dépenses.
Cet défi nécessite une Europe organisée, donc politique, pour être mené efficacement, et proposer un cap au reste du monde. De manière parallèle, au niveau environemental, nous voyons bien que le projet Reach n’aurait pas pu être traité à un niveau seulement national. Mais penser globalement nécessite aussi d’agir localement, donc de rassembler et d’impliquer tous les acteurs autour de ce grand projet.
A chaque niveau que ce soit, chaque acteur peut y participer et avoir son rôle : du local à l’européen, en passant par le national. La Nation, comme l’Europe, s’y retrouvent, sans se concurrencer.
Finalement, la réduction de la consommation énergétique rejoindrait cette idée de lier l’environnemental au social et à l’économie. N’est-ce pas cela le développement durable ?




