
Dans cette campagne, ceux qui parlent le plus d’Europe, ce sont les extrêmistes. Où son les autres ? Deux ans après le référendum de 2005, qui parlent le plus d’Europe ? Les anciens partisans du Oui pour rattraper leur retard ? Non ! Au contraire, l’extrême-droite et l’extrême-gauche citent à tout propos l’Europe, principal bouc-émissaire. Le problème est qu’ils ont le champ libre pour dire n’importe quoi sans que personne ne leur dise rien. Mais faudra-t-il encore se réveiller avec une autre gueule de bois pour que nos « élites » réagissent ?
L’Extrême Droite, toujours aussi nationaliste.
Où en est-on depuis le 29 mai 2005 ? Nous voyons les extrêmistes profiter de la volonté d’oublier l’enjeu européen pour déverser leur nationalisme, de gauche ou de droite. L’Europe est oubliée par une partie des candidats (Bayrou, Royal, Sarkozy) qui ne veulent pas faire ressurgir les clivages du oui et du non du référendum français.
Ont-ils tort ou raison électoralement ? Les résultats du 22 avril ne nous promettent pas pour autant que nous aurons forcément deux candidats ayant appelé à voter Oui au 2ème tour. Jean-Marie Le Pen notamment est celui qui a le mieux surfer sur la vague du non. Toujours en course pour refaire le coup du 21 avril 2002, il a cependant atténuer son discours pour parler fréquemment mais de manière moins aggressive d’Europe. Cependant, les propos sont clairs, si nos partenaires ne respectent pas sa volonté (retour des frontières, etc), la France sortirait de l’Europe.
C’est ainsi que tous les candidats de l’extrême droite, ceux qui veulent « sauver la France », se disent européen. Tous. Même Philippe de Villiers. Leur grand thème est de dire qu’il veulent une autre Europe, celle des Nations (libérées bien sûr du Diktat de Bruxelles). Mais tous disent qu’ils veulent rétablir les frontières et imposer leur vision de l’Euro à nos partenaires.
L’Extrême Gauche, toujours aussi peu claire sur son « autre » Europe
L’extrême gauche ausi prétend vouloir une autre Europe. Dire non au « Grand Capital », l’Europe libérale. De manière plus dispercée puisque les collectifs du Non n’ont rien donné, surtout pas une candidature unique à la Présidentielle. Là, on ne définit pas trop l’Europe qu’on veut. Par contre, on accepte pas le principe de démocratie à un niveau européen. Extrait du discours de candidature de José Bové : « Nous n’accepterons pas que la nouvelle politique qui aurait été choisie par notre peuple soit interdite par les décisions européennes. » Le nationalisme de gauche marche toujours bien.
D’autres sont plus clairs : « A cette Europe capitaliste, la Ligue communiste révolutionnaire dit non, mais nous appelons de nos voeux l’union et la mobilisation des travailleurs […] pour construire de véritables Etats Unis Socialistes ». Avec Olivier Besancenot, le discours marxiste qui a toujours été contre la construction européenne est bien en place.
La volonté de ces extrêmes ne correspond pas à notre vision de l’Europe. Ces leaders du non ont donc une vision totalement différente de la notre qui s’inscrit dans la construction européenne dont nous venons de fêter les 50 ans du Traité de Rome. Nous croyons à l’union politique de l’Europe sur le principe de la subsidiarité, cadrée par une Europe fédérale qui nous permettrait de porter nos valeurs dans le monde.
L’après 29 mai : surtout plus de débats sur l’Europe
Lors de l’après-29 mai 2005, nous avions eu l’occasion de voir comment nos responsables politiques qui avaient fait campagne pour le Oui s’étaient empressés après le changement gouvernemental de ne plus parler d’Europe. Ceux pour le Non ne faisaient plus partis de l’actualité. Le collectif du Non de Gauche était perdu dans ses divisions. Car au-delà de l’Europe, c’est bien la lutte pour le leadership antilibéral qui était en jeu. Le sujet ne devient pour eux qu’un label pour démontrer leur légitimité. Aujourd’hui 5 candidats espèraient en profiter. Les sondages les créditents de moins de 10%, moins qu’en 2002.
Après le 29 mai 2005, aura-t-on un nouveau 21 avril 2002 ?
Cette montée des extrêmistes de gauches et de droite n’est unique en Europe. En Allemagne, la fusion de l’extrême gauche du Linkspartei (est allemand) et du WASG (ouest allemand) est prévue pour juin. Au Parlement européen, l’extrême-droite vient de constituer un nouveau parti. Partout, les nationalismes ont le vent en poupe.
Les médias ne jouent pas non plus leur rôle. Quand on regarde le traitement européen dans les médias, on ne peut s’étonner que le souffle du débat européen soit retombé. Le Figaro continue à ne pas mettre en ligne la rubrique « Europe », TF1 n’a toujours pas de correspondant pour Bruxelles, les radios de jeunes n’ont pas fait de couverture à l’occasion du 50aire du Traité de Rome. Au final, les candidats des extrêmes peuvent sortir les plus grandes ânneries sans qu’on leur réponde. Les journalistes ne jouent plus leur rôle de cadre, sûrement de peur d’être accusé de partisanisme.
La société civile et les électeurs attendent qu’on leur parle d’Europe
Alors que faire ? La société civile s’est mobilisée à diverses reprises :
- les Etats Généraux de l’Europe
- l’interpellation co-signée par les Jeunes Européens France, Sauvons l’Europe et d’autres associations
- le Grand Jury Européen réunissant des étudiants des Grandes Ecoles et des Universités. Ce sont des rassemblements qui à chaque fois ont montré à quel point les citoyens ont toujours envie de faire bouger l’Europe à l’heure où celle-ci est bloquée.
Les médias font le même constat que nous en cette fin de campagne : la Présidentielle 2007 n’aura pas mis l’Europe à l’honneur. Quel bêtise de laisser ce sujet aux extrêmistes alors que c’est un vrai sujet clivant entre les différents candidats ! Ceux-ci ont pu continuer à remuer le terreau de la peur. Personne n’a osé lever le drapeau européen comme projet de société. Comment réconcilier les européens du oui et du non si ce n’est en proposant une europe politique et fédérale ?
Car le vrai enjeu de l’Europe aujourd’hui, c’est bien de dire que les opposants aux nationalismes, ce sont les européens. D’ailleurs, ne nous trompons-pas : dans ses discours contre l’Europe, Jean-Marie Le Pen, l’ennemi, c’est non seulement l’Europe, mais aussi le Fédéralisme.
Être l’ennemi de Le Pen, cela ne voudrait-il pas dire que nous sommes dans le vrai après tout ?




